Nintendo Switch

Bayonetta 3

Test Switch

Bayonetta 3

Par rifraff - Le 26/10 à 07:00

On peut dire que les fans de Bayonetta auront été patients. Près de sept ans séparent la sortie de Bayonetta 3 de l'épisode précédent mais pas besoin de faire sa tête de suspens, l'attente en valait la peine. Bayonetta revient plus classe et déterminée que jamais dans un jeu hyper chorégraphié qui déborde de monstres, de magie et de délires et qui reste une déclaration d'amour au films (et jeux) de genre. Un retour étincelant qui va vous en mettre plein les yeux et les oreilles. Attention, vos pouces vont déguster- et vous allez vous régaler, foi de rifraff.

Ballet de sorcières

Développé par PlatinumGames et édité par SEGA, Bayonetta, premier du nom est un beat them all qui lors de sa sortie en 2010 sur PS3 et Xbox 360 s’est immédiatement distingué de la production vidéoludique d'alors par son univers fantastique grandiloquent et surtout son personnage central, la sculpturale sorcière, Bayonetta.  Cependant, malgré (ou à cause de) sa singularité, PlatinumGames aura toutes les peines du monde à trouver des financements pour développer une suite. C’est ainsi que Nintendo va entrer en scène et sauter sur l’occasion pour offrir à la Wii U en 2014, une exclusivité « Mature » à même de plaire aux « gamers ». Rétrospectivement, Bayonetta 2 est incontestablement l’un des meilleurs jeux de la console au GamePad. On y retrouve tout ce qu’on a adoré dans le premier jeu mais dans une version plus lumineuse et féerique, mais aussi moins « déglingué ». Le jeu corrige en outre les approximations du jeu original avec des séquences mieux agencées et une caméra mieux gérée. Tout le gameplay a été concentré sur Bayonetta et ses techniques et quelque soit les séquences (shoot, courses, plateforme, combat…) le gameplay reste le même. A l’arrivée, si chaque joueur aura son épisode préféré, Bayonetta 2 est une réussite incontestable et le seul vrai défaut qu’on pourrait lui faire, c’est d’être finalement trop proche de l’épisode original.

C'est sans doute conscient de cela, que les développeurs de Bayonetta 3 ont opté cette fois pour une approche différente qui, quelque part, fait la fusion entre le côté "foutraque" du premier et la féerie plus structurée du second.  Avec ce nouvel opus, les développeurs ont décidé d’élever encore le niveau de folie furieuse en imaginant des séquences encore plus démesurées, déjantées et spectaculaires. Ils ont aussi voulu surprendre les joueurs en leur offrant un vrai nouveau jeu qui ne soit pas simplement un Bayonetta 2.5. Ainsi, Bayonetta 3 propose une histoire totalement folle et éclatée qui multiplie les points de vues mais aussi les gameplays. Fini le jeu centré autour de Bayonetta. Le jeu est désormais un patchwork de séquences différentes et variées qui obligent le joueur a constamment changer sa façon de jouer. Ainsi, la forme et le fond du jeu s'accordent vraiment, apportant une cohérence mais aussi un vent de fraîcheur à la licence même si, fatalement, toutes les séquences ne se valent pas et que certains gameplays seront plus difficiles à appréhender que d'autres.

Le balai ivre

Le jeu commence par un combat entre Bayonetta (habillée et coiffée comme dans le premier titre...) et une entité mystérieuse et surpuissante nommée Singularity qui ne vient ni du Ciel ni des Enfers mais qui est la conséquence de la folie des hommes, ce qui est sans doute bien plus abominable encore...  Le combat est rude et l'univers tout entier est menacé... Avant qu'il ne disparaisse, une jeune et intrépide apprentie sorcière, Viola, a le temps d’enclencher un mystérieux mécanisme qui l’envoie dans un univers parallèle chercher de l’aide auprès d’une autre Bayonetta qui n'est pas tout à fait la même, ni tout à fait une autre...  Commence alors une aventure fantastique aux multiples références dans laquelle les personnages défient les lois de la gravité et de l'entendement et pulvérisent les limites de l'imagination.

Si vous connaissez la licence, pas de gros bouleversements toutefois, puisque le jeu reprend grosso modo, le même schéma, en tout cas pour commencer. L'entrée en scène de la nouvelle Bayonetta se permet même de pasticher le début de Bayonetta 2. Une façon astucieuse, d'ailleurs, de bien faire comprendre aux joueurs qu'avec Bayonetta 3 on a passé un cap; que dis-je, une péninsule, même ! Le jeu est en effet encore plus ahurissant que les deux épisodes réunis. Imaginez un monstre titanesque et indescriptible qui réduit en miettes une ville entière alors qu'une myriade de créatures fantastiques tombent du ciel et s'abattent comme un fléau sur la population, et que la vague d'un tsunami s'apprête à engloutir tout le monde, emportant avec elle, voitures, palmiers, immeubles et même un paquebot géant sur lequel Bayonetta fait du surf- vous voyez le délire ? C'est la routine de notre sorcière bien-aimée Si vous cherchez un jeu sobre, autant être prévenu : Bayonetta 3 est complètement bourré ! On ne sait pas ce que les développeurs ont bu mais on veut la même chose. Ca part vraiment dans tout les sens. Ca virevolte, ça "crash", ça clash, ça étincelle, ça fait bim-bam-boum, ça fait pshht et ça fait vroum. C'est sans doute un jeu à éviter pour les épileptiques- sans BLAGUE. D'ailleurs, au départ, c'est tellement too much qu'on a un peu peur que les développeurs n'aient poussé le bouchon trop loin et qu'à force, ce déluge de folie furieuse ne deviennent indigeste. Parfois, l'écran est tellement surchargé de créatures, d'effets et d'étincelles qu'on a du mal à s'y retrouver et à comprendre quoi que ce soit. Heureusement, par la suite, le jeu devient plus lisible. De plus, il garde toujours un ton léger avec un humour paradoxalement très fin, créant un décalage permanent entre la fureur de certaines situations et le calme et l'assurance des personnages. Là où un No More Heroes joue la carte du trash pour le trash (ce qui peut être marrant aussi) avec des scènes violentes qui peuvent parfois être déplaisantes, Bayonetta 3 reste toujours léger. Bayonetta s'amuse et nous amuse, tout simplement.

Perdue dans un vilain monde...

Bayonetta 3 est un jeu d'action-aventure dont la majorité des niveaux sont des zones ouvertes en 3D avec un objectif principal et un tas de défis secondaires. Les zones sont désormais vraiment très vastes et propices à l'exploration. Contrairement aux jeux précédents, ce sont véritablement des zones bac-à-sables dans lesquels on prend plaisir à déambuler et même à y retourner tant elles renferment d'endroits inexplorées avec de nombreux défis à relever. Mais Bayonetta 3 propose aussi des niveaux totalement différents et parfois très surprenants... Evidemment, comme les jeux précédents, le clou du spectacle, c'est le personnage central du jeu : Bayonetta. La sorcière nous fait encore son show et c'est du grand art. On l'écrit à chaque nouveau test mais le personnage de Bayonetta est le personnage féminin ultime. Une femme forte et belle, et sûre d'elle qui n'a besoin de personne et encore moins d'un homme. Un croisement entre Xena, la Guerrière et Emma Peel qui reste toujours très classe et détendue quelque soit la situation. C'est un vrai personnage, dans le sens noble du terme, un fantasme hyper sexualisé autant qu'un précis pour drag queen en mal d'inspiration. Bayonetta est incontestablement une icone sexy qui ne craint pas de montrer ses formes sans jamais pour autant tomber dans les clichés de la femme objet aguicheuse. Elle est surnaturelle et semble indestructible et pourtant, elle n'en reste pas moins très humaine notamment grâce aux développeurs du jeu qui ont su retranscrire tout cela dans sa silhouette, son port de tête, sa démarche, ses mimiques...  Les nombreux dialogues lui donnent aussi une intelligence et une consistance, très éloignées des autres personnages de jeux d'action; renforcées, évidemment par le doublage intégral du jeu. En japonais, c'est toujours Atsuko Tanaka qui interprète la sorcière avec classe et insolence. Par contre, en anglais, c'est Jennifer Hale, une nouvelle actrice qui a été choisi suite à des problèmes avec Hellena Taylor (voir nos news dédiées.) A dire vrai, on aurait pu craindre que ce changement influe sur notre perception du personnage mais bien au contraire, Bayonetta apparait comme revitalisée. Jennifer Hale se montre vraiment à la hauteur en interprétant la sorcière tout en élégance. Son travail est vraiment irréprochable même s'il faut quand même reconnaître qu'il s'inspire énormément de celui d'Hellena Taylor qui avait parfaitement su adapter la voix originale japonaise. Globalement d'ailleurs, tout le cast doublage ne démérite pas et c'est vraiment un plaisir de retrouver Jeanne, Rodin, Lucas ou encore de découvrir, Viola, une punkette gaffeuse et attachante qui apporte une fraicheur inattendue au jeu.

Bayonetta dans tous ses états

Pour en revenir au personnage central, le jeu introduit donc une nouvelle Bayonetta. Alors que dans l'opus précédent, Bayonetta arborait une coupe de cheveux courts encadrée par deux grosses boucles d'oreilles triangulaires et qu'elle portait une tenue assez stricte mais néanmoins (très) moulante en cuir (chevelu) avec d'offensives épaulettes pointues, la "Bayonetta 3" étonne avec une robe haute couture, ou plutôt haute chevelure, entièrement faites de tresses et de nattes. Elle adopte en outre la même coupe de cheveux que la petite Cereza avec deux grosses tresses entourées de rubans, le tout accessoirisé de bijoux et de breloques. Evidemment, la sorcière est toujours perchée sur ses flingues et porte toujours ses lunettes de maîtresse d'école qui tranchent avec l'extravagance de sa tenue. A part ça, la sorcière n'a pas changé et se dirige toujours de la même façon. En fonction de la pression exercée sur le stick, Bayonetta marche ou court et les quatre boutons d'action permettent de sauter, de frapper ou de tirer. En appuyant sur les différents boutons dans un ordre précis, il est possible de multiplier ses attaques ou d'en déclencher d'autres. Comme dans les autres opus, en esquivant au bon moment, le temps s'arrête pour donner un avantage à la sorcière- une technique indispensable pour triompher des ennemis. Si vous avez joué aux opus précédents, vous retrouverez vos marques puisque la base du gameplay est identique notamment les coups et les combos. Mais les développeurs ont apporté pas mal d'améliorations rendant les combats encore plus techniques pour ceux qui s'en donneront la peine sachant qu'à la fin de chaque combat des points sont attribués ainsi qu'une médaille d'or, de platine ou de bronze (invitant à la rejouabilité.) 

Une multitude de gameplay

Désormais, il est aussi possible d'invoquer Madama Butterfly, Gomorrah, Malphas et d'autres démons comme l'araignée Phantasmaraneae pour qu'ils se battent aux côtés de la sorcière ou résolvent des énigmes en utilisant leurs capacités spéciales. Leur apparition est limitée via une jauge qui se vide inexorablement et se remplit ensuite automatiquement (mais lentement) mais lorsqu'ils sont là, faut faire attention car ils prennent souvent tout l'écran et on ne voit plus rien... . Un petit inconvénient sachant que dans ces moments-là, Bayonetta est plus vulnérable même si elle peut (doit) continuer à se battre. Bayonetta peut aussi, dans certains cas, faire un sacrifice et invoquer une forme XXL des démons. On assiste alors à de véritable combats de kaiju et le gameplay du jeu change encore une fois, devenant parfois plus "lourd" avec des créatures impies très difficiles à diriger. Ce ne sont pas forcément, d'ailleurs, les meilleures séquences du jeu mais c'est parfaitement cohérent avec son parti pris qui veut surprendre constamment le joueur.

Dans cet esprit, il n'y a plus une mais plusieurs Bayonetta dont certaines sont jouables et réservent leur lot de surprises- qu'il vaudra mieux découvrir manette en main. Ainsi, tout en gardant les bases des jeux précédents, les développeurs ont réussi malgré tout à se renouveler et a faire un quasi sans faute au niveau du gameplay. Certes, certaines phases demanderont d'être rejouées encore et encore pour être réussies, notamment des phases de plateformes millimétrées ou des séquences "die and retry" justement, mais rien qui ne démoralisera le joueur ou le frustrera (au delà d'une limite raisonnable.) Le gros problème viendra surtout de la visibilité lors de certains combats avec une caméra mal placée qui empêchera de voir l'action et obligera le joueur à jouer "à l'aveugle", en se basant sur les sons (ce qui est tout à fait possible.)

La petite sorcière

Le jeu permet aussi de diriger Jeanne et Viola qui ont chacune leur propre séquences et leur propre gameplay.  Viola se bat au Katana et peut tirer trois fléchettes. Elle est plus speed que Bayonetta et si elle peut esquiver, c'est en contrant qu'elle ralentit le temps; un changement qui oblige forcément le joueur à changer sa façon de jouer. Viola peut aussi utiliser un grappin à la façon de Spiderman pour traverser des gouffres par exemple et invoquer un démon irrésistible, un gros matou de Cheishire nommé Chouchou qui fait autant rire qu'il fait peur.  En définitive, les séquences avec Viola apporte de la variété en forçant le joueur à changer ses habitudes de jeu. Pour autant, elle n'est pas aussi jouissive à diriger que (les) Bayonetta. Le personnage est vraiment très sympa et drôle mais la petite sorcière a encore du chemin à faire avant d'égaler Bayonetta. Quant à Jeanne, comme les autres personnages historiques, on a vraiment plaisir à la retrouver dans une version à la pointe de la mode des sixties. Elle a droit d'ailleurs à une petite aventure bien à elle ou l'infiltration est primordiale; une petite friandise pleine de références qui a même son propre générique...

Une belle exclusivité

Techniquement, le jeu impressionne. Ca cafouille bien de temps en temps mais la plupart  du temps, on en prend plein les yeux. Le game et le level design ont vraiment été bien travaillés sachant que les environnements se découvrent au fil des compétences et des objets acquis et que donc, plus on joue, plus le jeu révèle ses secrets. Les graphismes du jeu impressionnent aussi tout autant avec des décors féeriques et/ou réalistes et des personnages très expressifs. Sur Nintendo Switch, il est rare d'avoir un jeu aussi magnifique aussi bien en mode télé qu'en mode portable et on aurait tord de faire la fine bouche (même s'il est clair que la Switch crache ses tripes et toussote parfois...) Notez que le jeu est classé PEGI 16. Il y a de la violence, un peu de sang (ce qui est nouveau dans la licence) et un zeste d'érotisme mais si vous préférez, vous pouvez saupoudrer le tout de paillettes en chocolat et atténuer le côté sulfureux et sanglant du jeu grâce à un mode spécial.

Battle on, Bayonetta !

Le jeu n'est pas très difficile même si certains "gros combats" sont plus ardus que d'autres mais pour les joueurs en manque de challenge, il est possible d'augmenter la difficulté du jeu. De plus, le titre cache pas mal de défis bien plus difficiles pour les adeptes du "fais moi mal".  A contrario, il est aussi possible d'abaisser le niveau de difficulté en simplifiant le gameplay a sa plus simple expression, de façon à ne se concentrer que sur l'aventure, l'exploration et les puzzles. Bref, logiquement tout le monde devrait pouvoir profiter de Bayonetta 3 et de sa folie furieuse.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce titre explosif notamment sur sa musique épique et fantastique, mais aussi sur son histoire et ses rebondissements, sa fin rocambolesque (probablement la plus dingue (et belle) vue depuis longtemps. Elle va littéralement vous scotcher...) ou encore sur les surprises qui attendent le joueur une fois le jeu terminé la première fois (mais chut, on ne vous a rien dit...) Mais, inutile de tergiverser d'avantage, Bayonetta 3 est abracadabrantesque ! C'est une grosse claque qu'on prend plaisir à recevoir en pleine face; un jeu totalement dingue mais néanmoins très structuré dans son délire. C'est un titre foisonnant qui pétarade de mille feux, entraînant le joueur dans une succession de séquences tantôt spectaculaires et féeriques, tantôt plus calmes et reposantes, souvent drôles, parfois effrayantes et dramatiques... C'est un jeu très graphique voire même très cinématographique mais qui n'oublie jamais qu'il reste avant tout un jeu vidéo. Cela reste un pur kiff de diriger Bayonetta, qu'elle mette la fessée à une ribambelle de monstres, qu'elle danse sur l'épaule d'une géante ou qu'elle chevauche un obus comme si elle faisait un rodéo ou encore qu'elle déambule tout simplement dans les rues de Tokyo.  Le titre déborde en outre de séquences surréalistes et démesurées allant au delà de tout ce qu'on a vu jusqu'à présent et qui feraient presque passer l'épisode 2 pour un épisode des bisounours.

Retrouvez le barème des notes des tests de Nintendo-Master 

9.5
Bayonetta 3, c'est Bayonetta puissance 10 000 ! Le jeu est un grand huit impressionnant qui entraîne les joueurs dans un tourbillon de délires et de séquences démesurées d'anthologie. Superbement réalisé et bourré d'humour et de second degré, le jeu est une vraie pochette surprise qui saura contenter tous les joueurs dont les plus exigeants malgré quelques problèmes de caméra.

  • Bayonetta, évidemment
  • Magnifique
  • Totalement délirant
  • Des personnages hauts en couleur
  • Des séquences d'anthologie
  • Un humour dévastateur
  • Une réalisation époustouflante
  • Une durée de vie conséquente
  • Un final inoubliable
  • B.O ensorcelante
  • Chouchou est fascinant
  • Jennifer Hale entre dans la légende
  • Problème de caméra
  • Et de lisibilité lors de certains combats
  • Le gameplay de Viola, moins pertinent