Nintendo Switch

Gamedec

Test Switch

Gamedec

Par Miki-Daisuki - Le 11/07 à 13:00

Le cyberpunk n’a pas fini d’alimenter nos histoires. Représentation généralement pessimiste du futur nourrie des désillusions d’un avenir que l’on imagine alors dominé par les technologies, ce sous-genre de la science-fiction a connu diverses représentations dans la pop culture, dont le jeu-vidéo n’a pas fait exception. C’est dans cet univers peu réjouissant que nous invite le studio polonais Anshar Studios, qui adapte avec Gamedec la série de roman éponyme encore inédit en France.

Futur dystopique  

Vu des fenêtres de ce rayonnant appartement perdu dans les gratte-ciel de la Haute ville, la vie n’a semble-t-il jamais été aussi simple. Pourtant, il ne fait pas si bon vivre en ce XXIIème siècle. Car dans les rues de Varsovie City, des plus huppées aux moins fréquentables, l’ultra modernisme fait des ravages. Pour les enrayer, sont apparus les Gamedecs, détectives privés spécialistes de ces mondes virtuels où se sont jetés à corps perdus les âmes qui manquent de tout et celles qui ne manquent de rien. Mais dans ces univers où tout ou presque est permis, la réalité a-t-elle seulement encore un sens ?

En choisissant pour toile de fond l’univers très particulier du cyberpunk, les développeurs instaurent dès le début une atmosphère empreinte de pessimisme, de violence et de culture de l’entre-soi poussé à son paroxysme qui met régulièrement à rude épreuve le joueur qui tiens à conserver ses principes jusqu’au bout de l’histoire. Face à cette galerie de personnages pour la plupart vicié jusqu’à la moelle, est-il encore seulement possible de rester fidèle à ses valeurs ?  Ce sont toutes ces questions qui conditionnent le scénario de Gamedec, RPG textuel qui a largement misé sur son écriture pour convaincre. Il ne faut donc pas craindre les centaines de lignes de texte aux tournures parfois très alambiquées pour apprécier pleinement le jeu, qui se permet tout de même quelques traits d’humour bien placés et des références à de célèbres jeux vidéo dans ses dialogues pour adoucir un scénario empreint de thématiques très lourdes comme le meurtre, le viol ou la misère humaine. Le fil conducteur qui relie les différentes enquêtes est bien réel, donnant à cette douzaine d’heures de jeu un intérêt qui se trouve malheureusement amoindrie dans une dernière partie quelque peu précipitée et qui pourra laisser perplexe.

Elémentaire, mon cher Gamedec !

A peine avez-vous défini les grandes lignes du personnage que vous souhaitez incarner que vos obligations vous rattrape : un de vos clients a besoin de votre aide pour sortir son fils du pétrin. En réalité, vous venez de poser le pied dans un engrenage infernal qui touche toute la dimension de l’immatériel. La notion de réalité étant particulièrement centrale dans Gamedec, vos enquêtes vous amèneront à alterner entre le  «Realium», le monde réel, et son pendant virtuel, le « Virtualium », accessible par la voie d’un casque d’où il est normalement possible de se déconnecter à tout moment.  Pour résoudre les cas que vous aurez à traiter, il faudra classiquement mener l’enquête  en interagissant avec votre environnement et en interrogeant les personnages. Et si certains vous informerons par le biais d’un simple échange, d’autres devront être convaincu par vos intentions. Il vous faudra donc s’adapter à la personnalité de ces témoins-clés en choisissant les lignes de dialogues adéquates, stratégie dont vous pouvez vérifier l’efficacité grâce à une barre de conversation où des cadenas sont disséminés. Brisez-les tous, et vous obtiendrez sans doute l’information qu’il vous manquait. Quitte pour cela à mentir, tricher ou trahir d’autres personnages. A la manière des jeux Sherlock Holmes, il faudra ensuite réaliser des déductions afin de répondre aux différentes questions du jeu, indispensables pour faire avancer l’enquête. Il conviendra alors d’avoir en sa possession suffisamment d’indices avant de confirmer ses hypothèses, le jeu éprouvant un certain plaisir à vous lancer sur de mauvaises pistes. A vous de choisir de quelle manière vous souhaitez les obtenir.

Car dans Gamedec, chaque choix, de par sa nature (pacifique, prudente, bienveillante, musclée..) permet d’obtenir des points échangeables contre une nouvelle «profession », génératrice de nouvelles possibilités de dialogues et de compétences lorsque vous interagissez avec des éléments du décor, comme le hacking par exemple. Adopter une attitude totalement agressive ou bienveillante nous fermera donc les portes des compétences affiliées à l’une ou l’autre des attitudes, ce qui incite fortement le joueur à varier ses interactions avec des PNJ dont on peut toujours douter de leur nature d’ennemis ou d’alliés.

Mais si Gamedec est bien avant tout un jeu d’enquête qui enchainent les problématiques à résoudre, les développeurs ont intégré une certaine dynamique dans ces investigations en intégrant des phases tournées vers l’action comme des duels au tour par tour ou encore la traque de bugs.. En outre, le jeu a poussé son concept de mise en abime jusqu’au bout à l’image de cette enquête se déroulant dans un jeu de simulation de ranch, où il faudra aller faire pousser ses potirons pour gagner de l’argent et des niveaux et ainsi accéder à certains lieux stratégiques. De quoi varier à chaque fois un gameplay qui peut vite devenir répétitif dans ce genre d’environnements restreints où les allers-retours sont monnaie courante. Enfin, les développeurs ont misé sur une prise en compte des choix faits par le joueur « sans jamais nous juger ». Il faut entendre par cette affirmation que quelle que soit votre approche ou vos décisions, elles ne seront jamais un obstacle à la continuation de l’histoire. Une idée qui s’entend, mais qui nuit grandement à la sensation de contrôle sur le monde qui nous est présenté.

Voyage au bout du jeu vidéo

L’utilisation de la 3D isométrique, classiquement utilisée dans les RPG occidentaux, fonctionne très bien dans un jeu qui n’a pas lésiné sur les moyens pour offrir une variété de décors qui fait honneur au riche univers de Gamedec. Des bas-fonds d’une vertigineuse ville en perdition au saloon animé d’une simulation de gestion de ferme en passant par l’apparente quiétude de jardins asiatiques, Gamedec fait voyager le joueur dans des environnements vivants qui ont tous une histoire à raconter, un passif à cacher et des personnage parfois aux lisières de l’absurdes à présenter. Le tout contribue à rendre l’ensemble parfaitement cohérent, dans la mesure où le fait de basculer entre le monde réel et le monde virtuel démontre que les deux ne sont pas si différents, au point de se demander si l’on ne pourrait pas s’y méprendre. Du côté des points négatifs, l’on peut regretter que les environnements ne soient pas plus étendus, et que les problèmes de textures notamment des végétations et des sols ne soient pas toujours à la hauteur du reste, qui s’en sort plutôt bien sur cette version Switch.

Retrouvez le barème des notes des tests de Nintendo-Master 

8.5
A la fois satire d’une société qui a fui ses problèmes dans une réalité alternative où elle réitère toutes ses erreurs, et réflexion sur la nature même du jeu vidéo, Anshar studios réalise avec Gamedec une mise en abime totalement réussie et cohérente grâce à une maîtrise des codes vidéo ludiques couplée à une mise en scène dynamique et une liberté d’approche qui rend chaque enquêteur aussi unique que celui qui le crée. Une très bonne surprise à réserver à un public averti du fait des thèmes abordés et aux amateurs d’enquêtes et de scénario bien ficelé, si l’on fait fi d’une dernière partie de jeu un peu moins inspirée.

  • Une écriture soignée et intelligente
  • Une superbe DA
  • Des enquêtes rythmées
  • Des mises en abimes très réussies
  • Des passages un peu longuets et pas toujours très compréhensibles
  • Manque d’impact de nos choix sur l'histoire
  • Une dernière partie un peu précipitée