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Ys Memoire: Revelations in Celceta

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Ys Memoire: Revelations in Celceta

Par Thatgunman - Le 28/04 à 08:20

Après Ys Memoire: The Oath in Felghana — qui était déjà le portage du remake de Ys III (attention, il faut suivre) — c’est désormais Ys: Memories of Celceta qui s’offre une nouvelle version sur Nintendo Switch, sous le nom de Ys Memoire: Revelations in Celceta. Un an après sa sortie japonaise, Marvelous nous propose cette édition présentée comme la version canonique de Ys IV, console permettant au passage de parcourir une large portion de la saga. Mais près de quinze ans après sa sortie initiale, et plus de cinq ans après son remaster sur PC, peut-on enfin parler de version définitive de Ys IV ?

Trois jeux pour un seul trône

Car Ys IV, c’est avant tout une histoire compliquée. À l’époque, Falcom, déjà réputé pour multiplier les versions de ses jeux, décide de confier cet épisode à des studios externes. D’un côté, Tonkin House développe Ys IV: Mask of the Sun sur Super Nintendo (qui bénéficiera plus tard d’un remake sur PlayStation 2 par Arc System Works). De l’autre, Hudson Soft s’occupe de Ys IV: Dawn of Ys sur PC Engine CD-ROM². Deux jeux très différents, qui ne partagent finalement que leur bande-son et les grandes lignes du scénario, la narration étant, elle, totalement distincte.

Pendant longtemps (disons, jusqu’à il y a une quinzaine d’années) la version PC Engine faisait figure de référence. Là où l’itération Super Nintendo souffrait d’un rythme poussif et d’un grinding laborieux, Dawn of Ys brillait par ses cinématiques soignées, sa bande-son remarquable, son rythme mieux maîtrisé et un gameplay globalement plus équilibré.

Mais Falcom a fini par trancher. Avec Ys: Memories of Celceta, l’éditeur impose enfin sa vision officielle de Ys IV. S’appuyant sur les bases posées par Ys Seven, cette version se veut une réinterprétation complète des jeux d’origine (à tel point qu’il devient parfois difficile d’en reconnaître les racines). Exit le système de “bump combat” hérité des deux premiers épisodes : place à un gameplay plus moderne, qui s’est depuis imposé comme le standard de la série, jusqu’à Ys X.

Une formule bien rodée, toujours efficace

Un action-RPG ultra-dynamique : difficile de mieux résumer la formule. Le joueur peut bien sûr attaquer de manière classique, mais aussi déclencher des compétences plus puissantes, qui consomment une jauge dédiée. Celle-ci se recharge en frappant les ennemis ou en réussissant des esquives au bon moment. Car oui, l’esquive joue un rôle central : parfaitement timée, elle ralentit brièvement le temps et ouvre une fenêtre idéale pour déchaîner les attaques.

La formule est désormais bien connue (la majorité de la série ayant largement adopté ces mécaniques) mais elle reste redoutablement efficace. Les déplacements sont rapides, très rapides même, et les affrontements s’enchaînent avec une fluidité exemplaire, qu’il s’agisse des ennemis de base ou des boss. Le jeu n’est pas forcément difficile (les habitués trouveront sans doute le mode normal beaucoup trop clément), mais le rythme ne faiblit jamais.

D’une certaine manière, Ys: Memories of Celceta parvient à retranscrire l’essence des Ys IV originaux, où les combats reposaient sur le fameux système de « bump » (foncer sur les ennemis suffisait alors à attaquer). Ici, cette nervosité se retrouve dans des affrontements où tout peut basculer très vite : votre barre de vie descend à grande vitesse… mais celle des ennemis aussi. Résultat : on ne s’ennuie jamais, et la moindre inattention peut se payer cher face à des ennemis capables de vous balayer en quelques secondes.

Côté cadre, le jeu nous entraîne sur une vaste île, située quelque part entre les événements de Ys X et Ys III (si tant est que l’on parvienne à s’y retrouver dans cette fichue chronologie). On y incarne un Adol amnésique, échoué à Casnan, dans la région de Celceta. En quête de ses souvenirs, il s’aventure dans des terres encore largement inexplorées. Et pour joindre l’utile à l’agréable (surtout pour le joueur, car Adol, lui, va clairement en baver) le gouverneur local lui confie une mission supplémentaire : cartographier la région. Une excuse parfaite pour partir à l’aventure et découvrir des environnements aussi magnifiques qu’hostiles.

Le goût de l’aventure (pas celui du détour)

La carte se révèle d’ailleurs assez vaste. Même si l’exploration prend souvent la forme de couloirs sinueux, quelques embranchements viennent aérer la progression, sans oublier certaines zones accessibles uniquement après avoir obtenu des améliorations spécifiques. On ne se sent donc jamais réellement à l’étroit.

Le système de téléportation, en revanche, laisse plus perplexe. S’il est possible de se déplacer rapidement, cela ne fonctionne qu’à l’intérieur d’une même « zone ». Pour retourner au village de départ, il faudra donc parfois parcourir une portion du chemin à pied afin d’atteindre la bonne zone avant de pouvoir se téléporter. Un choix assez étrange, d’autant que les points de passage entre zones sont généralement proches et que, une fois les coffres récupérés, il reste peu d’intérêt à revisiter les lieux. Certes, un objet finit par lever cette restriction et permet de voyager librement sur toute la carte… mais il arrive tard, alors qu’il ne reste plus que quelques quêtes secondaires à accomplir, aux deux tiers de l’aventure.

Hormis ces allers-retours désagréables, la progression se fait à un rythme très soutenu. Pour une vingtaine d’heures de jeu, le scénario et les donjon sont sacrément condensés, et de toute manière, il n’y a pas vraiment de quoi se sustenter sur le contenu annexe. Certaines quêtes secondaires sont sympathiques (comme celles qui vous demandent d’éliminer un certain nombre d’ennemi en ayant un handicap), mais la plupart se résument à des quêtes Fedex. C’est clairement un parti pris, mais on a bien trop souvent tendance à foncer vers la suite de l’aventure sans vraiment prendre le temps de s’occuper de ce contenu annexe.

Il en va de même pour tout le système de craft et d’amélioration d’équipement, qui ne devient réellement pertinent qu’à des niveaux de difficulté plus élevés, tant l’aventure se montre peu exigeante en mode normal. Ys Memoire: Revelations in Celceta s’apparente ainsi à un véritable roller coaster : une fois lancé, difficile de s’arrêter. Les environnements s’enchaînent avec inspiration (ruines mystérieuses, paysages naturels dépaysants) le tout porté par une intrigue centrée sur les souvenirs d’Adol, une civilisation disparue et une terre encore pleine de secrets. Peu bavard, le jeu mise avant tout sur son rythme et son exploration, et sur ces aspects, il fait mouche.

Comme un coup de polish sur une carrosserie cabossée

Reste alors une question : Ys: Memories of Celceta n’ayant pas pris une ride, qu’est-ce qui justifie ce changement de nom en Ys Memoire: Revelations in Celceta ? La réponse est, malheureusement, assez maigre. On note bien l’ajout d’une bande-son réorchestrée (excellente au demeurant), même si celle d’origine était déjà de grande qualité, avec la possibilité appréciable de basculer à tout moment entre les deux versions. Mais en dehors de cela… pas grand-chose.

Aucune véritable amélioration graphique n’est à signaler. À sa sortie sur PlayStation Vita, le jeu avait déjà été critiqué pour une technique datée, proche de celle de la PSP, et cette nouvelle version ne corrige pas vraiment le tir. La résolution est certes plus élevée, mais c’était déjà le cas du précédent remasters sortis quelques années plus tôt. Plus surprenant encore : certains défauts persistent. Les effets sonores manquent parfois de justesse (certains bruits de pas sont particulièrement cheap, et une fois qu’on les remarque, difficile de les ignorer), et le mixage audio reste inégal, malgré la présence d’une bande-son retravaillée.

On regrette également l’impossibilité de passer certaines animations, pourtant devenue une fonctionnalité standard dans de nombreux remasters des jeux Falcom. Dans certains donjons, ces séquences cassent clairement le rythme. Et comme pour enfoncer le clou, cette version fait toujours l’impasse sur une localisation française. Certes, la série Ys n’est pas la plus verbeuse, mais le travail réalisé par NIS America sur les épisodes récents a largement contribué à élargir son public en Occident. Ici, le changement d’éditeur se fait sentir, et l’absence de traduction française apparaît d’autant plus regrettable que le jeu capitalise justement sur la popularité récente de la licence en occident.

Au final, difficile de ne pas avoir l’impression d’être face à une copie quasi conforme de la version originale. Les ajouts sont trop mineurs pour justifier un nouveau titre, et l’ensemble manque clairement d’ambition.

6
Pour autant, si vous n’avez jamais essayé ce remake de Ys IV, vous pouvez vous lancer sans hésiter. Certes, le jeu n’a pratiquement pas évolué depuis son dernier portage il y a plusieurs années, mais sa base reste solide. Proposé à un tarif relativement abordable (environ 30 €), il constitue une bonne porte d’entrée. On ne peut toutefois s’empêcher de regretter le manque d’efforts pour une ressortie plus de dix ans après l’original : quelques améliorations bien senties, notamment une localisation française, auraient suffi à transformer ce portage paresseux en véritable version de référence.

  • Un rythme effréné du début à la fin
  • On ne se lasse toujours pas de ce système de combat
  • Deux excellentes bandes-sons
  • 20 heures de jeu bien remplies
  • Réédition extrêmement paresseuse
  • De nombreuses longueurs encore palpables
  • Toujours pas de localisation en français