Il y a des retours qu’on n’attend plus vraiment. Pas par lassitude, mais parce que le temps a fait son œuvre. Prince of Persia fait partie de ces licences mythiques que l’on associe à une époque, à des souvenirs précis, à une certaine idée du jeu d’action et de plateforme. Depuis Les Sables du Temps, la série a connu des tentatives de réinvention, parfois intéressantes, parfois oubliables, avant de disparaître presque complètement du paysage. Pour mieux revenir avec un épisode en deux dimensions il y a quelques années ? Non mieux, deux épisodes en deux dimensions dont une réinvention. The Rogue Prince of Persia ne cherche pourtant pas à ressusciter la formule d’hier. Ubisoft et Evil Empire (les papas de Dead Cells) prennent un virage radical, assumé, en s’inscrivant clairement dans la mouvance roguelite moderne. Une approche qui peut surprendre, voire inquiéter, tant le genre est aujourd’hui saturé de propositions. Mais très vite, une évidence s’impose manette en main, ce Prince of Persia version roguelite n’est pas une greffe artificielle. Il semble au contraire renouer, presque naturellement, avec ce que la série a toujours été au fond.
Test réalisé à partir d'une version fournie par l'éditeur.
Le retour du Prince
Il suffit de quelques minutes pour comprendre ce que cherche à faire The Rogue Prince of Persia. Le jeu ne tourne pas autour du pot et affiche immédiatement ses intentions. C’est du Prince of Persia d'époque passé au filtre du roguelite moderne, avec une filiation évidente avec Dead Cells. La comparaison est inévitable, assumée, presque revendiquée. Et étonnamment, elle fonctionne bien mieux qu’on aurait pu l’imaginer. On pourrait résumer l’expérience comme un spin-off très contenu, presque un laboratoire, mais ce serait réducteur. Ce Rogue Prince of Persia ressemble surtout à une évidence tardive. Quand on y réfléchit, le tout premier Prince of Persia était déjà un jeu punitif, basé sur l’apprentissage, la répétition et l’échec. Le voir revenir aujourd’hui sous cette forme n’a finalement rien de choquant, au contraire, on se demande même pourquoi personne ne l’a tenté plus tôt.
Dès les premières minutes, l’ambiance frappe juste. On est clairement dans un Prince of Persia, sans ambiguïté. Les décors, l’univers, la Perse fantasmée, tout évoque la licence, mais avec une modernité évidente. Le jeu donne l’impression d’un Prince of Persia tel qu’il devrait exister aujourd’hui si la série n’avait pas disparu aussi longtemps et si The Lost Crown avait donné lieu à une suite (on croise encore les doigts). Ce second retour aux sources se ressent jusque dans la philosophie même de cette nouvelle expérience. Mourir fait partie intégrante de l’expérience. On recommence, on apprend, on progresse. Là où Les Sables du Temps utilisaient le retour dans le temps comme mécanique centrale, ici, la mort joue ce rôle. C’est simple, logique, et étonnamment cohérent avec l’ADN de la série.
Un gameplay nerveux et extrêmement fluide
Manette en main, le jeu est un vrai plaisir. Le Prince est agile, rapide, presque insaisissable. On retrouve tout ce qui fait l’essence de Prince of Persia, l’escalade sur les murs, les déplacements verticaux, la sensation de danse permanente entre les ennemis. À cela s’ajoute une nervosité héritée directement de Dead Cells. Le dash est central, tout comme l’escalade. Le jeu joue constamment sur cette dualité. D’un côté, le combat frontal, rapide, précis. De l’autre, le mouvement, la verticalité, la possibilité de passer au-dessus des ennemis, de les contourner, de les surprendre. Le level design exploite intelligemment cette complémentarité et propose des niveaux très lisibles, mais jamais plats. Les boucles de gameplay sont volontairement courtes. Une run complète peut techniquement se boucler en moins d’une heure, parfois bien moins quand on maîtrise le jeu. Il vous faudra cependant en jouer plusieurs pour atteindre la fin du jeu et de ses actes. Ici, il n'est pas question de réussir du premier coup. C'est même là l'essence du jeu. Chaque zone se traverse rapidement, chaque boss arrive sans faire traîner inutilement les choses. Comparé à Hades, le rythme est encore plus condensé. Cela donne une expérience très agréable, particulièrement adaptée aux sessions courtes.
La progression est classique pour un roguelite, mais bien dosée. L’or récupéré pendant une run sert sur le moment, tandis que les ressources violettes permettent de débloquer de nouveaux éléments entre les tentatives. Armes, médaillons, améliorations permanentes, tout se débloque progressivement sans jamais donner l’impression de traîner en longueur. Les arbres de compétences restent volontairement limités. Ils modifient légèrement la façon de jouer, offrent quelques sécurités supplémentaires, comme les refus de la mort, mais rien n’est obligatoire. Il est tout à fait possible de s’en passer pour augmenter les récompenses, ce qui permet d’adapter l’expérience à son niveau et à ses envies. Les armes sont nombreuses, mais le jeu ne force jamais à les utiliser toutes. On trouve rapidement ses préférées et on s’y tient. Contrairement à Dead Cells, l’intérêt n’est pas tant dans la maîtrise de tout l’arsenal que dans le plaisir immédiat procuré par une arme qui nous correspond et que l'on cherchera à retrouver au fil des runs.
Une expérience magnifique mais maîtrisée et courte
C’est sans doute là que le jeu divise le plus. The Rogue Prince of Persia est une expérience relativement courte. Comptez une dizaine à une quinzaine d’heures pour en faire le tour. De mon côté, j’y ai passé environ treize heures, sans jamais avoir l’impression de perdre mon temps. Le revers de la médaille, c’est le manque de variété sur la durée. Le nombre de boss est limité et l’on se retrouve assez vite à affronter les mêmes ennemis. The Rogue Prince of Persia n’est clairement pas un roguelite pensé pour s’étaler sur des dizaines d’heures. Il privilégie l’efficacité et le plaisir immédiat, au prix d’une rejouabilité plus limitée que les références du genre. Visuellement, le jeu est superbe. La direction artistique fonctionne immédiatement et donne envie d’explorer chaque zone. L’ambiance musicale accompagne parfaitement l’action sans jamais prendre le dessus. C’est cohérent, maîtrisé, et très agréable à parcourir. Techniquement, rien à signaler. Le jeu est fluide, réactif, et parfaitement à l’aise sur Nintendo Switch 2, avec une image nette et stable. Aucun problème notable de performance n’est venu gâcher l’expérience.

