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Tactics Ogre: Reborn

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Tactics Ogre: Reborn

Par Thatgunman - Le 11/11 à 10:45

Pour beaucoup, Final Fantasy Tactics est certainement le Tactical RPG emblématique de la décennie 90, mais ce monument de Squaresoft doit sa réalisation à une équipe un peu particulière. Yasumi Matsuno, Hiroshi Minagawa et Akihiko Yoshida sont en effet des transfuges de Quest, une entreprise désormais détenue par Square Enix a qui l’on doit la série des Ogre, et notamment le deuxième épisode de la série, Tactics Ogre: Let Us Cling Together. D’abord sorti sur Super Nintendo, puis porté sur Saturn et PlayStation, Tactics Ogre a fini par atterrir sur PlayStation Portable, sous la forme d’un remake. C’est ce remake qui sert de base au bien nommé Tactics Ogre Reborn, portage Nintendo Switch nous permettant de profiter de ce classique pour la première fois en français.

Une interprétation (presque) nouvelle pour un monument du Tactical RPG

Les événements de Tactics Ogre se déroulent dans le royaume de Valeria. Cet archipel s’entre-déchira le jour où son roi, Dolgare, mourut sans héritier, laissant le royaume en proie à la guerre civile entre ses différentes factions : le royaume de Bakram, soutenu par l’empire de Lodis ; le royaume de Galgastan dirigé par le hiérophante Balbatos ; et les Walister dirigés par le duc Ronwey. Galgastan va rapidement prendre l’avantage et dominer la majeure partie de Valeria. Les Walisters, contraint à se réfugier sur les îles du sud-est, organisent une résistance pour venir à bout des Galgastan qui les oppriment. On compte notamment parmi eux, un petit groupe constitué de Denam Pavel, sa sœur Catiua et leur ami Vyce Bozeck. Nos trois compères, en s’attaquant à des mercenaires issus de Xenobia (l’un des théâtres des événements d'Ogre Battle) qu’ils avaient confondu avec les chevalier noirs ayant kidnappé le père de Denam, vont s'embarquer dans la reconquête de Valeria pour unifier à nouveau le pays.

Résumer en quelques lignes le scénario d’un jeu de la série Ogre est une tâche bien ardue, car l’univers qui y est dépeint est marqué par des enjeux géopolitiques pas toujours explicites. Retenir les noms des royaumes, des personnages et des lieux-dits demande une concentration de tous les instants, mais cela permet au jeu de développer une intrigue riche. En suivant l’évolution des personnages, les ralliements et les trahisons, on est face à un scénario complexe et passionnant. Quand on sait que Yasumi Matsuno s’est inspiré de conflits réels (notamment ceux entre l’Azerbaidjan et l’Arménie, ainsi qu’à la guerre de Yougoslavie), on comprend la justesse des propos de Tactics Ogre sur la guerre et sur les conflits ethniques. Ces deux thèmes sont soigneusement évités par la majeure partie de l’industrie, et c’est d’autant plus étonnant que de les voir aussi bien abordés dans un jeu vidéo datant de 1995.

La tactique en pratique

Tactics Ogre nous met très rapidement dans le bain : on a d’abord droit à un questionnaire qui influe sur les statistiques de Denam, puis on nous enseigne les rudiments du système de combat. Tactics Ogre est un Tactical RPG, dans lequel on affronte une série d’ennemis tous disposés sur un terrain quadrillé. On peut déplacer l’unité que l’on a sélectionné, attaquer ou utiliser des objets, et lancer des sorts en puisant dans la barre de magie. Chaque attaque, chaque arme a une portée différente: ainsi, les archers attaqueront à plusieurs cases de distances, mais pas à bout portant, tandis que les armes au corps-à-corps, comme les dagues/épées et les lances attaqueront à portée d’une ou deux cases. Le terrain, la météo ainsi que la classe du personnage influencent également la portée et la mobilité d’une unité. Enfin, l'ordre du tour est dicté par les statistiques de vitesse et d’agilité de l’unité. Voilà pour les bases, mais ce n’est pas tout ! Il faut rajouter à cela l’équipement, que l’on peut choisir avant une bataille. On peut confier à chaque personnage un nombre limité de consommables, des équipements traditionnels (armes, armure, etc.), mais aussi des magies et des capacités. Chaque unité dispose de plusieurs emplacements pour des capacités passives ou à activer en combat contre quelques points de magie. Sur le papier, le système de combat a de quoi donner le tournis tellement il fourmille de subtilités, mais tout est expliqué graduellement. Même sans l’aide du tutoriel, l’interface clarifie la plupart des actions visuellement ou par un bandeau de texte déroulant en haut à gauche de l’écran.

Par ailleurs, on remercie Square Enix d’avoir conservé la disposition de l’écran de la version PlayStation Portable. Les textes et l’action restent parfaitement lisibles en mode portable. Il est d’ailleurs possible de faire basculer l’écran d’une vue isométrique (par défaut) à une vue de dessus. Les terrains comprenant généralement des dénivelés plus ou moins importants, cette option est la bienvenue. Elle sera aussi utile pour éviter de blesser par inadvertance vos alliés. En effet, la trajectoire de vos attaques à distance devra éviter les membres de votre équipe, sous peine de leur infliger des dégâts. Ça ne semble rien dit comme ça, mais ce genre de détail pousse à bien calculer chaque mouvement, pour ne pas créer d’embouteillages sur la carte. En général, les combats sont plutôt serrés, l’intelligence artificielle cherchera toujours à vous prendre en tenaille et à positionner ses unités de manière à éliminer les unités magiques en premier. Aucun passage en force n'est possible, il faudra bien réfléchir et planifier vos attaques. Les combats sont bien rythmés, les options en termes d’actions sont très nombreuses et permettent de faire face à la plupart des situations en s'organisant un minimum, bref, on tient ici un système de combat bien huilé.

Une fois arrivé sur la carte du monde, on peut choisir l’ordre de certaines missions, mais surtout organiser ses déplacements. Chaque déplacement équivaut à un jour passé, et à chaque jour sa météo, ce qui joue sur votre habilité à vous déplacer en combat. Le but est bien évidemment de conquérir chaque recoin de la carte tout en suivant l’intrigue. Vous pourrez vous déplacer dans des villes, qui, si vous les délivrez, vous permettront d’accéder à leur magasin. Ces magasins servent à recruter de nouvelles unités ou à acheter de l’équipement. Sachant que les villes sont éloignées les unes des autres, il faudra parfois faire des allers-retours entre le théâtre des opérations et le magasin pour se ravitailler. Les déplacements sur la carte ne sont donc pas à prendre à la légère, puisque la météo peut largement jouer sur l’issue de votre combat. Malgré un genre qui mise beaucoup sur son scénario, Tactics Ogre prend la peine de vous faire participer régulièrement. Finalement, on ne reste passif que peu souvent, même durant les dialogues, qui donnent la possibilité de choisir des options de dialogue afin d'influencer le cours du scénario.  Plusieurs fins sont d'ailleurs accessibles en fonction des choix que vous avez faits pendant votre partie.

Des visuels décevants

Pour ce portage, Square Enix a décidé d’offrir un petit lifting à Tactics Ogre, mais le rendu n’est pas vraiment convaincant. On conserve bien évidemment les illustrations pour le profil des personnages durant les dialogues, mais toute la partie en pixel-art pour les personnages et les décors a été refaite. La résolution a été grossièrement multipliée par deux, ce qui lisse un peu les sprites, à la manière d’une option “lisser les pixels” sur les ressorties de jeux rétro. C’est dommage, car le rendu des graphismes originaux était réussi, et ne nécessitait pas forcément de ravalement de façade (notamment sur les décors). La direction artistique conserve malgré tout, un charme indéniable.

Comment évoquer Tactics Ogre sans mentionner la formidable bande son. Il faut dire qu’avec une référence à la chanson culte de Queen dans son titre, on peut s’attendre à du sérieux. C'est le duo de choc Iwata/Sakimoto, ayant déjà opéré sur le premier Ogre Battle: the March of the Black Queen (titre faisant lui aussi référence à une célèbre chanson de Queen) qui signe la bande son. Les deux compositeurs s’étaient déjà fait remarquer pour la composition de musiques pseudo-orchestrales dans la décennie 90, repoussant ainsi les limites des processeurs sonores de l’époque. Les compositions étaient magnifiques sur Super Nintendo, elles le sont tout autant sur ce remake. Les musiques sont plus longues et totalement réorchestrées, sans pour autant dénaturer les originales. On constate non seulement la capacité de Masaru Iwata et Hitoshi Sakimoto à réinventer leurs compositions, mais aussi la prouesse que fut la bande son de la version Super Nintendo, qui avait réussi le tour de force de simuler tout un orchestre malgré les limitations techniques de l'époque.

 

9
Tactics Ogre : Let Us Cling Together a toujours gardé un statut de jeu culte auprès des amateurs de tactical RPG. Un scénario haletant, un gameplay qui prend le temps de révéler sa profondeur tout au long du jeu et des musiques magnifiques. On retrouve tous ces éléments dans Tactics Ogre : Reborn, embellis par des retouches d’interface et des options d’accessibilité. On regrettera juste la partie graphique, et notamment les sprites des personnages et les décors, qui détériorent légèrement l’image. Tactics Ogre : Reborn est sans nul doute l’édition définitive de Tactics Ogre, et démontre que ce jeu a su traverser les âges sans perdre de sa superbe.

  • Un scénario béton, abordant des thématiques qu'on a pas l'habitude de voir dans le jeu vidéo
  • Des musiques d'anthologie, parfaitement remasterisées
  • Le système de combat fourmillant de subtilités
  • La localisation française
  • Les amélioration réalisées sur l'accessibilité
  • La partie graphique altérée par un aspect "pixel-art lissé"