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Paper Mario : La Porte Millénaire

Test Switch

Paper Mario : La Porte Millénaire

Par rifraff - Le 21/05 à 16:11

L’année dernière, Nintendo nous a permis de (re)découvrir la première incursion de Mario dans le monde du RPG avec le remake / remaster de Super Mario RPG, un classique de la Super Nintendo considéré par beaucoup comme l’ancêtre de Paper Mario. Alors que la Nintendo Switch est entrée dans sa huitième année, Nintendo continue de revisiter son catalogue tout en nous faisant réviser nos classiques avec Paper Mario : la Porte Millénaire, une version « améliorée » du deuxième épisode sorti il y a tout juste 20 ans sur GameCube.

Test de Paper Mario : La Porte Millénaire sur Nintendo Switch réalisé à partir d'un exemplaire de jeu remis par l'éditeur

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Paper Mario est une série culte de Nintendo qui dès son premier épisode a imposé sa singularité tant dans la forme que dans le fond

A l’aube de l’an 2000, alors que toutes les grosses licences des jeux vidéo passaient de la 2D à la 3D, avec Paper Mario on découvrait un nouveau jeu en 3D pas tout à fait comme les autres puisque ses héros y faisaient de la résistance en restant en 2D,  comme si c’était leur nature et que dans un jeu 2D comme dans un jeu 3D, Mario et ses amis restaient plats.

Il y avait vraiment un côté « envers du décor » dans les premiers titres, et particulièrement dans Paper Mario : La Porte Millénaire, renforcé par le fait que le jeu impliquait de nombreux PNJ, alliés ou ennemis, issus d’anciens titres comme s’ils étaient déguisés et interprétaient des rôles. Ce n’est d‘ailleurs pas pour rien que Paper Mario : La Porte Millénaire commence par une ouverture de rideau et qu’à chaque combat, le jeu bascule sur une scène de théâtre devant un public.

Super Mario fait son RPG

Mais le plus beau, c’est que le décalage entre les environnements en 3D et les personnages en 2D n’était pas simplement une trouvaille esthétique (depuis reprise maintes et maintes fois). Il était parfaitement raccord avec le ton des jeux (décalé, forcément) qui tout en mixant les codes des RPG traditionnels et les éléments mignonets du Marioverse multipliait les situations, les allusions et les gags moins « bon enfant » qu’à l’accoutumée.

A ce moment-là, le côté fait entièrement en papier et en carton n’était pas vraiment mis en avant et ce n’est qu’au fil des épisodes, grâce  aux consoles de plus en plus puissantes que, le monde de Paper Mario a fini par ressembler à un pop-up  animé comme si tout était fait en papier, du plus gros au plus petit élément du décor en passant par les personnages.

Un changement de forme, jouant moins sur le décalage 2D / 3D, coïncidant avec une évolution du fond (moins décalé, forcément), plus axé sur l’action-aventure et développant un humour beaucoup plus enfantin lorgnant sur l’absurde.

A partir de là (après l’opus Wii) les fans se sont déchirés entre ceux regrettant l’esprit des premiers opus avec leur côté RPG assumé et ceux s’amusant tout simplement dans ces univers de plus en plus spectaculairement extraordinaires.

C'est dans les vieux plats...

En proposant un remaster (ou remake ?) de Paper Mario : La Porte Millénaire sur Nintendo Switch, Nintendo permet donc aujourd’hui aux nouvelles générations (et aux retardataires) de juger sur pièces et aux vieux de la vieille de se confronter à leur souvenir, au risque de les abîmer.

L’aventure commence lorsque Mario reçoit un message de la princesse Peach, l’invitant à la rejoindre dans la ville du Port-Lacanaîe afin de l’aider à trouver un « trésor légendaire ». Seulement, sur place, la princesse est introuvable… Se pourrait-il qu’elle ait été encore enlevée ? La réponse à cette question est forcément liée au trésor. Si Mario réussit à mettre la main dessus, il devrait la retrouver. Mais avant cela, Mario va devoir récupérer les 7 Gemmes Etoiles, seul moyen de déverrouiller « La Porte Millénaire » donnant accès au trésor…

C’est ainsi que Mario va se retrouver entraîné dans une folle aventure bourrée de rebondissements et de péripéties, le menant aux quatre coins du royaume à la rencontre de personnages tantôt concasses, tantôt terrifiants. Heureusement sur sa route, notre bon vieux Mario pourra compter sur l’aide de partenaires surprenants aux capacités diverses qui se joindront à lui et lui permettront de venir à bout de tous les pièges et ennemis.

Mama-gnifique

Paper Mario : La Porte Millénaire est un jeu bourré de surprises et éminemment bien construit avec une vraie marge de progression permettant à tous les joueurs de le prendre en main très facilement. Par rapport au jeu original, il n’y a pas vraiment de changement. Mario répond toujours à la perfection quel que soit la situation. Paper Mario : La Porte Millénaire est en effet un jeu très riche qui multiplie les séquences de jeu différentes (action, plateforme, puzzle, combats au tour par tour, jeu d‘arcade, séquences avec Peach ou Bowser...), toutes parfaitement intégrées à la narration. On note, malgré tout quelques petits changements bienvenus comme la possibilité de changer de partenaires à la volée sans avoir à passer par le menu, une salle de tuyaux spéciale pour retourner plus facilement dans les mondes déjà visités, une galerie d'artworks,  une aide au combat et un système d’indices améliorés.

Evidemment, le plus gros changement saute aux yeux dès la première seconde. Paper Mario : La Porte Millénaire est vraiment magnifique. Bien qu’on retrouve tous les éléments du jeu original, les graphismes ont été entièrement refaits de façon à ce que tout semble fabriqué en carton et en papier. Pour autant, contrairement à un jeu comme Paper Mario : Color Splash, les textures gardent un côté cartoon et ne cherchent pas le réalisme. On reste plus proche d’un dessin animé que d’un film en stop-motion.

Entièrement refait

L’animation est d’ailleurs quasi-parfaite et digne d’un long métrage. Les sprites des personnages (qui sont moins gros que sur GameCube, 16/9eme oblige) ont aussi fait l’objet d’une refonte intégrale. Tous les personnages sont toujours en 2D (sauf les boss) mais ne sont plus « plats » comme un celluloïd mais donnent l'impression d'être en carton dont l’épaisseur fait office d’effet cel-shading. Par ailleurs, les membres des personnages sont indépendants de leur corps, comme reliés par des attaches-parisiennes invisibles. C'est subtil mais ça leur donne véritablement du "corps" et même du relief. A ce propos, l’effet de perspective est bien mieux rendu dans ce nouveau titre. On sent vraiment les volumes et le contraste avec la platitude des personnages est bien plus percutant. C’est une vraie réussite surtout que techniquement le jeu assure et en met plein la vue quel que soit le nombre d'éléments à l'écran (et, parfois, ça crépite de partout!), et malgré un framerate qui plafonne à 30Fps. Les développeurs ont vraiment sublimé le matériel de base ce qui fait qu’on est sans cesse surpris et émerveillé par les différentes séquences, et cela même lorsqu’on connaît bien le jeu de base.

20 ans après sa sortie initiale, la direction artistique du jeu reste de toute façon toujours aussi inspirée mélangeant de nombreuses influences et références avec un nouvel imaginaire surprenant, sans que cela soit indigeste. Il n’y avait vraiment rien à changer.

Notons tout de même que la musique a été remaniée et des morceaux légèrement changés avec aussi de nouveaux bruitages- sachant qu'un badge nous permet de jouer avec le score original.

C’est toujours un vrai plaisir de reconnaître parmi les PNJ ; le bestiaire habituel des jeux Mario (comme les Koopa Troopa, les Bob-omb, les Maskass ou encore les Goomba) mais déguisés et parfois dans de vrais rôles.  Cela change des Toad colorés des derniers titres ! C’est amusant aussi de reconnaître des personnages de Super Mario Sunshine, un autre jeu GameCube de la même époque. A côté de ça, le jeu n’hésite pas à créer des personnages originaux et inédits dans le Marioverse, aussi bien en figurants qu’en seconds rôles comme la souris Carmina ou encore le personnage de Viviane de l’Etrange Trio, tout droit sorti d’un carnet de croquis de Tim Burton.

 

Une construction savante

On débute l’aventure à Port-Lacanaïe, une grande zone constituée de plusieurs quartiers qui fait office de HUB central et permet d’accéder aux différents mondes du jeu. Tous les mondes ne sont cependant pas accessibles dès le départ. Ils se dévoilent les uns après les autres au fil de l’intrigue et des huit chapitres qui constituent le jeu. A chaque chapitre, sa nouvelle zone à visiter avec sa thématique, ses problématiques, ses nouveaux personnages et son boss de fin.

A terme l’univers de jeu est comme un petit monde bac à sable dans lequel on peut passer d’un monde à l’autre grâce à des tuyaux verts ou grâce aux capacités de ses acolytes. Dans le jeu original, il pouvait parfois être fastidieux de retourner dans les mondes visités et si on ne peut toujours pas se téléporter, la nouvelle salle des tuyaux se révèlent vraiment très utile, tout comme les indices pour éviter de fastidieux allers-retours. Il est cependant toujours possible de se perdre et de galérer pour trouver un endroit précis... On se surprendra aussi a râler à cause de missions impliquants divers allers-retours qui nous rappellent qu'en 20 ans, les jeux vidéo ont beaucoup changé et qu'on a sans doute pris l'habitude de quelques facilités.

Au départ, quand Mario arrive à Port-Lacanaïe, il est seul mais très vite, il rencontre son premier acolyte, l’étudiante Goomélie aux coups de tête redoutables et qui sait tout sur tout. Par la suite, Mario rencontre Koopek qui veut venger la mort de son père ou encore la plantureuse Cumulia qui ne manque pas de… souffle. A partir de là, c’est un duo qu’on dirige sachant qu’on peut changer d’acolyte à n’importe quel moment pour profiter de ses capacités comme envoyer une carapace pour actionner un mécanisme lointain avec Koopek ou dévoiler une entrée cachée avec Cumulia.

Il s’agira donc pour le joueur d’explorer l’univers en utilisant la bonne capacité du bon acolyte au bon moment afin d’ouvrir de nouveaux passages, de découvrir des secrets ou encore de mettre la main sur les différents items et bonus du jeu.

Un jeu complet, riche et varié

Paper Mario : La Porte Millénaire est un titre très riche qui regorge de choses à faire, de sous-quêtes à accepter et d’items à trouver, certains obligatoires, d’autres facultatifs comme des soleils ou des fragments d’étoiles et des badges octroyant différents boosts. 

La partie exploration / aventure est évidemment très importante mais elle est régulièrement ponctuée de combats. On sait que depuis le premier opus chaque épisode essaie d’innover à ce niveau-là avec plus ou moins de bonheur. C'est un réel plaisir de retrouver le système de combat de Paper Mario : La Porte Millénaire qui est simple mais dynamique et toujours redoutablement efficace.

A chaque rencontre avec un ennemi (que l’on peut généralement éviter), le jeu bascule en mode combat. On est projeté alors sur une scène de théâtre qui reproduit le décor dans lequel on se trouve façon pop-up.

Mario et l’un de ses partenaires se retrouvent alors face aux ennemis pour des combats au tour par tour. Mario (comme ses amis) peut utiliser ses techniques de base (coup de marteau ou saut) ou encore un coup spécial nécessitant d’appuyer sur le bouton action au bon moment ou d’orienter le stick dans une certaine direction. Il peut aussi se servir d’items comme la fleur de feu, l’éclair, le champignon de vie, etc. En fonction de son niveau et de sa progression, chaque personnage a un certain nombre de points Cœur (la vie) et de points Fleurs  (pour les attaques spéciales) et tout l’intérêt des combats va consister à utiliser les bonnes techniques et les bons personnages sur les bons ennemis, de façon à engranger des pièces mais aussi des points d'expérience pour monter de niveaux. Ainsi, plus on joue, plus nos personnages deviennent forts et accumulent des items..

La formule est connue mais d’une certaine façon, on peut dire qu’elle atteint ici son apogée tant tout est parfaitement imbriquée dans l’aventure, obligeant à s’améliorer et à régulièrement bien se préparer si on ne veut pas que le plus petit combat dure en longueur. C'est bien simple comme dans tout bon RPG, plus on joue, plus on prend plaisir à jouer, augmentant ses capacités, récupérant des badges et des items aux effets de plus en plus dévastateurs (et amusants).

Parmi les petits détails sympas, les combats se font en public et à chaque action réalisée correctement, une jauge se remplit permettant une fois remplie de déclencher des techniques spéciales sachant que la salle peut se vider et les spectateur agir sur le combat en bien ou en mal, avec même parfois un décor qui nous tombe dessus !

Un humour pour petits et grands

Paper Mario : La Porte Millénaire est vraiment un jeu superbement réalisé avec des personnages hauts en couleur qui ont parfois des histoires assez inattendues. De ce côté-là, Paper Mario : La Porte Millénaire n'a pas usurpé sa réputation. Entre des histoires d'amour contrariées, un ordinateur amoureux (façon Electric Dreams, le film culte indépendant des années 90), des allusions coquines, un couple en crise, des histoires de deuil, d'acceptation de l'autre, une actrice plantureuse mettant en avant ses atouts, une aventure parallèle délirante de Luigi et même une problématique de transidentité ! Le titre fourmille d'intrigues et de dialogues savoureux, très loin des univers Mario habituels.

Il est rare de jouer à un jeu aussi drôle. L'humour est  vraiment partout : dans les dialogues, les situations, les rencontres et même dans les petits détails dans le décor. C'est tout simplement irrésistible ! Paper Mario : La Porte Millénaire est un jeu qui ne s'essouffle jamais. Jusqu'à la fin, le titre se renouvelle et surprend, jouant avec notre connaissance du Marioverse et les attendus.  Que vous connaissiez ou pas le jeu original, Paper Mario : La Porte Millénaire est une petite pépite à ne pas laisser passer.

Retrouvez le barème des notes des tests de Nintendo-Master 

 

9.5
Paper Mario : La Porte Millénaire est un chef d'œuvre totalement magnifié sur Nintendo Switch qui devient la version de référence. Eminemment bien construit et bourré d'un humour inattendu avec des personnages attachants et inoubliables, le jeu s'impose plus que jamais comme le meilleur Paper Mario disponible à ce jour

  • Visuellement magnifique
  • Une mécanique savante
  • Mise en scène percutante
  • Des situations variées
  • Des personnages inoubliables
  • De l'humour inattendu
  • Des allers-retours d'un autre temps
  • Une seule sous-quête à la fois
  • Toujours un peu difficile de se repérer malgré tout