Nintendo Switch

Decline's Drops

Test Switch

Decline's Drops

Par babidu - Il y a 14 heures

Il y a des jeux que l’on ne découvre pas tout à fait comme les autres. Decline’s Drops en fait partie, parce que derrière Moulin aux Bulles se cache Marc Chartron, que les anciens lecteurs de Nintendo-Master connaissent peut-être sous le pseudo Rubix_Man. Ancien testeur de la maison, il a quitté l’équipe il y a bientôt six ans pour se lancer dans le développement indépendant. Cinq ans de travail, en grande partie en solitaire et en autodidacte, pour accoucher d’un jeu qui débarque enfin sur Nintendo Switch. Autant dire qu’on l’attendait avec un œil particulier. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il n’a pas à rougir du résultat.

Test réalisé à partir d'une clé fournie par le développeur.

Une petite surprise qui tape plus fort que prévu

Derrière ses couleurs vives, ses décors dessinés à la main et son héroïne en forme de poupée de bois, Decline’s Drops cache une vraie exigence. Ce n’est pas seulement un platformer 2D de plus sur l’eShop. C’est un jeu d’action qui a du caractère, une identité nette, et suffisamment de cœur pour marquer. On y incarne Globule, une petite créature décidée à se venger après la destruction de son potager par Eternal Corp. Le point de départ est simple, presque absurde, mais il donne immédiatement le ton. Derrière la légèreté apparente, chaque monde est une satire discrète de notre époque, de la pollution à la surconsommation en passant par l’exploitation animale, sans jamais tomber dans le discours moralisateur. L’univers fonctionne parce qu’il ne cherche pas à singer autre chose. Il a sa couleur, son rythme, ses obsessions.

Un charme artisanal qui fonctionne

Visuellement, le jeu marque vite des points. Les environnements dessinés à la main ont du charme, les décors sont variés, les animations ont de la personnalité et l’ensemble donne souvent envie de voir ce que le monde suivant va proposer. Tout n’est pas toujours parfaitement lisible, et certains éléments se détachent moins bien qu’on l’aurait souhaité, mais la direction artistique reste l’une des grandes forces du titre. Sur Nintendo Switch, surtout en mode portable, Decline’s Drops trouve naturellement sa place. Mais le vrai bon point, celui qui fait tenir l’aventure, c’est le gameplay. Decline’s Drops a un très bon feeling. Les déplacements répondent bien, les sauts sont agréables, les coups ont du poids. Le système de combat s’inspire directement de Super Smash Bros., transposé dans une aventure solo : Globule enchaîne coups de poing classiques, attaques aériennes, capacités spéciales pour projeter ses adversaires, jusqu’au Super Punch et au GLOVE, une frappe surpuissante réservée aux situations critiques. Le tout forme un ensemble lisible, plaisant à manier, et plus riche qu’il n’y paraît dans ses premières minutes.

Plus dur que son apparence ne le laisse croire

La difficulté participe aussi à cette surprise. Decline’s Drops est plus dur qu’il n’en a l’air. Sa direction artistique laisse imaginer une aventure assez confortable, presque tranquille, mais le jeu demande parfois de l’attention, de la précision et une certaine patience. Certains passages de plateforme sont plus exigeants que prévu, quelques combats peuvent vite punir les erreurs. Les boss, eux, sont une bonne surprise : tendus sans être frustrants, ils demandent une petite phase de lecture avant de se laisser dompter, et restent parmi les moments les plus mémorables du jeu. Ce contraste entre l’apparence douce du titre et sa vraie robustesse joue clairement en sa faveur.

Le level design suit cette même logique. Les niveaux proposent des détours, des embranchements, des secrets, des retours. Dans les bons moments, c’est une qualité. Les mondes ont une vraie personnalité visuelle, mais aussi une vraie structure. On explore, on cherche, on hésite. Le problème, c’est que cette générosité peut aussi devenir un défaut. Certains niveaux sont un peu trop labyrinthiques pour leur propre bien. Il arrive de perdre le fil, de ne plus savoir exactement où aller, ou de traverser plusieurs fois les mêmes zones sans que le jeu nous guide avec assez de clarté.

Quand la générosité devient répétition

La répétition se fait également sentir à mesure que l’aventure avance. Le bestiaire manque de renouvellement, et même si les sensations de combat restent bonnes, on finit parfois par affronter les mêmes menaces avec les mêmes réponses. Le troisième monde, autour du pétrole, illustre assez bien cette limite : ses niveaux se ressemblent trop entre eux, l’ambiance visuelle ne varie pas assez, et l’ensemble aurait davantage eu sa place en monde intermédiaire qu’en monde à part entière. Condensé en deux ou trois niveaux de transition, il aurait eu bien plus d’impact. Sur Nintendo Switch, le portage fait correctement le travail. L’expérience reste agréable aussi bien en mode portable que sur téléviseur, et le jeu ne donne pas l’impression d’avoir été adapté à la va-vite. La bande-son de Modal Module accompagne sans jamais s’imposer, soutenant l’atmosphère sans chercher à voler la vedette aux visuels.

Un premier jeu qui mérite le respect

Au fond, Decline’s Drops donne surtout envie d’être regardé avec justesse. Ce n’est pas un indispensable de la Nintendo Switch, ni un grand classique caché. Mais ce n’est pas non plus un petit jeu mignon de plus. Il a de vraies qualités de gameplay, un bon sens du rythme dans ses meilleurs moments, une direction artistique attachante et un challenge plus présent que prévu. Moulin aux Bulles signe un premier jeu dont Marc Chartron peut être fier, et nous, on est contents de le dire.

7.5
Decline’s Drops est une bonne petite surprise indépendante. Son univers dessiné à la main a du charme, son gameplay offre de vraies bonnes sensations et son niveau de difficulté donne plus de relief à l’aventure que son apparence ne le laisse penser. Le jeu souffre toutefois d’un bestiaire répétitif, de quelques niveaux trop labyrinthiques et d’un troisième monde qui aurait mérité d’être traité comme un intermède plutôt qu’un monde complet. Pas un indispensable, donc, mais un titre correctement porté sur Nintendo Switch qui mérite clairement le coup d’œil pour les amateurs de plateforme 2D avec un peu de castagne.

  • Un très bon feeling manette en main
  • Un système de combat inspiré de Super Smash Bros. plus riche qu’il n’y paraît
  • Une direction artistique dessinée à la main pleine de charme
  • Des boss tendus et plutôt mémorables
  • Un challenge plus présent que prévu
  • Un portage Nintendo Switch très très propre
  • Un projet très personnel et ça se ressent
  • Quelques surprises en seconde moitié d'aventure...
  • Un bestiaire trop répétitif
  • Certains niveaux trop labyrinthiques
  • Les niveaux du pétrole, trop long pour ce qu’il propose
  • Quelques passages moins lisibles que d'autres
  • Parfois trop exigeants (les goûts et les couleurs...)