Il y a des produits que l’on attend. Et puis il y a ceux que l’on pensait ne jamais revoir. Lorsque Nintendo m’a annoncé l’envoi du Virtual Boy version 2026, j’ai d’abord souri. Pas par ironie. Par curiosité. Parce que derrière cette machine rouge se cache à la fois le plus grand échec industriel de la firme… et l’un de ses objets les plus fascinants.
On parle ici d’un hardware jamais sorti officiellement en Europe, d’une technologie arrivée trop tôt, d’une tentative de 3D qui a marqué l’histoire davantage par son inconfort que par ses ventes. Alors pourquoi le ressortir aujourd’hui ? Et surtout, pourquoi à 80 euros, adossé à un abonnement Nintendo Switch Online ?
La réponse tient peut-être en un mot : curiosité.
Le fantôme rouge de 1995
Le Virtual Boy original n’était pas un échec injuste. C’était une catastrophe logique. Une technologie ambitieuse, mal positionnée, mal expliquée, arrivée trop tôt… et enterrée presque aussi vite qu’elle était apparue.
En Europe, il n’a même jamais vraiment existé. Pour beaucoup d’entre nous, il relevait du mythe. On en voyait des photos dans les magazines, parfois une unité importée dans une boutique spécialisée mais on ne le croisait jamais chez un ami. Il appartenait davantage à l’imaginaire qu’au salon.
Le voir revenir aujourd’hui n’a rien d’un acte courageux. Ce n’est pas une réhabilitation héroïque. C’est un clin d’œil assumé. Une façon pour Nintendo de reconnaître un faux pas devenu objet culte.
En 2026, la firme peut se permettre ce genre de geste. La marque est solide, le public mature et l’échec d’hier est devenu la curiosité d’aujourd’hui.
Ce que le Virtual Boy n’a jamais eu le temps d’être en 1995, il l’est enfin : une pièce de collection assumée.
Un objet premium… vraiment
À l’ouverture du colis, j’ai compris que Nintendo n’avait pas traité ça comme une simple blague nostalgique.
Le packaging est soigné. Le plastique est dense, bien laqué, sans jeu ni craquement. Ce n’est pas un gadget approximatif. L’objet a une vraie présence. Posé sur une étagère, il attire immédiatement l’œil avec son allure rétro-futuriste assumée. On pourrait presque le laisser dans son carton tant l’ensemble est réussi.
Une fois monté, l’ensemble inspire confiance. Même en se trompant de sens avec le pied, oui, ça arrive, rien de dramatique : ça fonctionne quand même. Glisser sa Nintendo Switch 2 à l’intérieur est étonnamment rassurant. Le maintien est ferme, stable et l’ajustement se fait sans appréhension.
Mais il faut garder en tête ce que l’on achète : un support. Il n’y a pas d’écran intégré, pas de technologie embarquée. Toute l’intelligence vient de la console que l’on insère dedans.
80 euros pour un bel objet bien fini ? C’est un sacré budget. On comprend où passe l’argent mais on ne peut pas faire semblant : pour ce que c’est, la somme reste élevée. À 50 euros, la question ne se poserait pas vraiment. À 80, elle mérite d’être discutée.
Il faut néanmoins préciser un point important : le modèle testé ici est la version premium et non la déclinaison en carton proposée autour de 20 euros. Cette alternative plus accessible existe et elle remplit la même fonction.
La version à 80 euros s’adresse clairement aux collectionneurs, à ceux qui veulent un objet durable, esthétique, presque décoratif. La version carton, elle, répond davantage à la curiosité ponctuelle. Le choix dépend donc moins de la fonctionnalité que de la relation que l’on entretient avec l’objet.
Quinze minutes de magie rouge
La première chose qui surprend, c’est que ça fonctionne. La 3D du Virtual Boy, en 2026, marche toujours. Elle ne rivalise évidemment pas avec l’écran d’une New Nintendo 3DS mais elle provoque ce même petit déclic que l’on ressent lorsque la profondeur s’active pour la première fois. Ce moment où l’œil comprend que l’image ne triche pas. Et oui, c’est bluffant.
Red Alarm, en particulier, m’a réellement marqué. Son univers filaire en trois dimensions conserve une force étrange. Il y a quelque chose d’expérimental qui dépasse la simple curiosité historique. Wario Land reste solide et efficace, tandis que The Mansion of East Mouse, avec son ambiance plus sombre, m’a parlé d’une manière plus personnelle. Le rouge n’est pas l’ennemi que l’on caricature souvent. Il est nécessaire. Il fait partie de l’identité même de la machine. On s’y habitue même bien plus vite qu’on ne le pense.
En revanche, au bout d’un quart d’heure, j’ai commencé à sentir un léger mal de tête, mo ncerveau n'était plus d'accord. Rien d’insupportable mais suffisant pour comprendre que ce n’est pas un appareil fait pour des sessions longues. J’ai tenté trente minutes une fois. Cela suffisait largement. L’effet “waouh” est réel. Mais il fonctionne par petites doses.
On y revient volontiers pour montrer l’expérience à un ami, pour partager cette curiosité rouge. On y joue moins pour s’immerger pendant deux heures. Et finalement, c’est cohérent avec ce que le Virtual Boy a toujours été.
L’ombre de l’abonnement
C’est là que mon enthousiasme se heurte à quelque chose de plus terre-à-terre.
Payer 80 euros pour un accessoire, puis devoir rester abonné à Nintendo Switch Online pour accéder aux jeux, me dérange. Pas un peu. Vraiment.
On ne parle pas d’un bonus cosmétique. On parle de l’accès au contenu principal. Sans abonnement, l’objet ne sert à rien. Et pour un produit déjà très niche, l’obligation de maintenir un abonnement en plus du prix d’achat complique inutilement les choses.
Un code inclus dans la boîte aurait eu du sens. Un accès permanent lié à l’achat aurait été cohérent avec la dimension patrimoniale du produit. Là, on reste dans une logique de service continu. Je comprends la stratégie. Je ne l’approuve pas. Et oui, cela pèse forcément dans la note.
Un regard vers le passé, pas vers l’avenir
En 2026, le Virtual Boy ne change rien. Il ne redéfinit pas la manière de jouer. Il ne corrige pas un problème moderne. Il ne répond à aucun besoin technologique. Et pourtant, il existe. Ce qu’il apporte, ce n’est pas une innovation. C’est un souvenir concret d’une époque où Nintendo expérimentait sans filet. Une période où l’idée de profondeur valait plus que le confort, où l’on tentait des choses étranges, parfois trop tôt, parfois maladroitement.
Je suis rassuré que la firme ne prenne plus aujourd’hui ce genre de risques à chaque nouvelle sortie. Mais en même temps, je ne peux pas m’empêcher de regretter un peu cette audace brute. Cette capacité à sortir une machine improbable juste pour voir si ça marche.
Le Virtual Boy version 2026 n’est pas un objet du futur. C’est un fragment du passé. Un bel objet rétro-futuriste, attachant, bien fini. Un produit pour adultes passionnés, curieux, peut-être collectionneurs. Pas pour les enfants. Pas pour jouer des heures. Si l’on enlève la nostalgie, il reste une expérience courte, limitée… mais sincèrement intéressante.

