Annoncé il y a 5 petits mois, Pokopia fait office de nouvel OVNI dans la licence Pokémon : proposer aux joueurs de prendre le contrôle d’un Métamorphe aux traits humanoïdes afin de rebâtir une civilisation, accompagné d’autres Pokémon, suite à la disparition des humains. Une expérience initialement présentée comme une alternative à Animal Crossing… mais qui tient davantage du mélange entre Pokémon, Minecraft et… Dragon Quest Builders 2. Car oui, Koei Tecmo et Omega Force, qui ont déjà aidé Square Enix pour Dragon Quest Builders 2, sont de retour cette fois-ci pour épauler Game Freak sur ce nouveau spin-off !
Test réalisé à partir d'une clé fournie par Nintendo.
Un monde à rebâtir, bloc par bloc
Pokémon Pokopia vous plonge dans le merveilleux monde de Pokémon, où humains et Pokémon coexistent… enfin, coexistaient… Contrairement aux jeux traditionnels où vous incarnez un dresseur novice en quête d’aventure, ici le joueur incarne un Métamorphe, Pokémon de la première génération bien connu pour sa capacité à prendre l’apparence de ses camarades. Les êtres humains, quant à eux, semblent avoir disparu, laissant plusieurs régions cultes de Kanto à l’abandon. C’est une fois réveillé d’un long sommeil que vous ferez la rencontre de Bouldeneu, un curieux Pokémon qui n’avait pas vu âme qui vive depuis un moment et qui vous fait part de ce triste constat. Ensemble, vous aurez une double mission : rebâtir les lieux de vie de vos camarades humains et tenter de savoir ce qui leur est arrivé, et où ils sont partis. Un programme qui sera possible en grande partie grâce aux nombreuses capacités de morphing de Métamorphe, mais pas seulement !
Des capacités qui ne demandent qu’à s’éveiller
Vouloir rebâtir la civilisation, c’est bien beau, mais quand on est un Pokémon qui ne sait que se transformer en ses semblables, qui eux aussi sont aux abonnés absents, ça risque de compliquer la tâche. Heureusement, Bouldeneu, que l’on surnommera affectueusement « professeur » par la suite, sera de bon conseil pour le début de votre aventure. Premier objectif : faire revenir les Pokémon en créant ce qu’on appelle des habitats. Pour ce faire, vous devrez apprendre à utiliser 8 capacités qui seront enseignées par différents Pokémon. Pistolet à eau vous permettra de raviver des zones arides, Feuillage vous fera pousser des zones herbeuses, Éclate-Roc pulvérisera des rochers, Coupe servira à couper du bois, etc. Ce sont ainsi ces capacités qui vont vous permettre de construire des habitats. Attention toutefois, elles ne sont pas illimitées. Chaque utilisation vous fera consommer des PP, représentés par une petite jauge. Pour la remplir, il vous faudra manger des aliments, comme les fruits trouvés sur les arbres, afin de retrouver vos forces. Un choix qui risque de casser le rythme de votre progression, surtout si vous vous lancez dans l’aménagement de zone.
Grâce à Feuillage, vous pourrez faire pousser un carré de hautes herbes, ce qui est considéré comme un habitat et permettra de faire apparaître des Pokémon. Si certaines apparitions sont scriptées par nécessité scénaristique, la plupart du temps elles sont aléatoires et peuvent aussi dépendre de l’heure de la journée et de la météo. Si Métamorphe possédera le Pokédex de son dresseur d’avant les événements actuels, ce dernier affichera une encyclopédie des Pokémon rencontrés, mais aussi un Habitadex, qui recensera l’ensemble des habitats dont vous prendrez connaissance. Pour découvrir de nouveaux habitats, et donc de nouveaux Pokémon, il va vous falloir avancer dans le scénario. Mais autant vous dire que faire des carrés d’herbe, c’est bien, mais qu’il va falloir faire preuve d’un peu plus de créativité.
Minecraft, je te choisis !
Très vite dans le jeu, vous trouverez votre premier établi. Cet outil vous permettra de construire de nouveaux objets en utilisant les ressources trouvées dans la nature. Avec 3 rondins, vous construirez une table. Avec 2 feuilles, vous pourrez fabriquer un lit en paille, etc. Ce sont des dizaines, voire des centaines d’objets qui devront être fabriqués pour pouvoir progresser dans l’histoire et aménager les différentes zones. Ces derniers sont répartis dans différentes catégories : ameublement, objets divers, extérieur, objets utiles, etc. Certains habitats nécessiteront des objets particuliers qui ne peuvent être construits que via l’atelier. Par la suite, vous apprendrez également à utiliser d’autres éléments : l’électricité, la cuisine, une bétonnière… de nouvelles façons d’appréhender le jeu et de vous faire revenir sur vos pas pour améliorer votre lieu de vie.
Le monde de Pokémon Pokopia est divisé en plusieurs zones séparées par des portails que vous ne pourrez franchir qu’après avoir avancé dans le scénario principal. Chacune d’entre elles vous apprendra un élément clé de gameplay. Terrassec, la zone de départ, vous apprendra ainsi les bases de la construction, tandis que Grisemer vous permettra de bâtir vos premiers générateurs d’électricité et d’apprendre à conduire cette énergie grâce à la fabrication de poteaux électriques. Au départ, j’avais très peur d’un système compliqué à appréhender comme celui de la redstone de Minecraft, qui n’était pas suffisamment expliquée. Mais ici, les développeurs ont fait le choix de mettre ces éléments au cœur du scénario, ce qui obligera tout le monde à s’y intéresser à un moment donné.
Si, contrairement à Minecraft, il n’y a aucune menace liée à la faune ambiante, les Pokémon vont se révéler être des alliés particulièrement pratiques durant notre aventure. Ils auront ce qu’on appelle des Spécialités, une ou plusieurs capacités qui vous permettront de vous faciliter la tâche dans de nombreuses situations. Chaque Pokémon peut ainsi posséder 1 ou 2 capacités. Salamèche, par exemple, possède la capacité Combustion, qui vous permettra d’allumer des feux ; Bulbizarre possède Fertilisation, qui vous permet de faire pousser vos plantations plus vite ; et Carapuce, de son côté, possède Arrosage, qui lui permet d’arroser les plantations ambiantes s’il a une bassine d’eau à proximité. Il y a un grand nombre de capacités à découvrir, comme Troc, Recherche, Vol, Animation, Construction, etc., mais nous vous laissons le plaisir de découvrir à quoi servent ces dernières au fur et à mesure de votre avancée.
En plus de cela, vous pourrez aussi profiter des capacités liées au type des Pokémon, qui ne sont pas clairement indiquées dans le Pokédex. Si vous donnez de l’argile à un Pokémon de type Feu, il pourra vous fabriquer des briques. Si vous emmenez un Pokémon Eau devant une zone boueuse, il pourra la nettoyer, etc. Encore une fois, les éléments les plus intéressants sont intégrés au scénario. Mais si vous êtes un peu curieux, que vous fouillez dans le Pokédex et que vous aimez tenter des choses, vous pourriez avoir de bonnes surprises.
Mais pourquoi Minecraft au final ?
S’il est vrai que l’on parle de Minecraft depuis l’annonce initiale du jeu, Pokémon Pokopia n’a au final pas tant de liens avec le jeu de Notch. La seule explication tient au fait que l’univers est présenté sous la forme d’un monde composé de cubes, bien plus pratique, il faut l’admettre, lorsque l’on veut faire de l’aménagement de zone. La deuxième mécanique est bien sûr la récolte des ressources. En tapant, coupant, brûlant, on peut récupérer divers matériaux, qui peuvent ensuite être transformés sur un atelier dédié en ayant suffisamment de ressources. À cela s’ajoute le fait que vous pouvez disposer des blocs qui peuvent influer directement sur l’environnement. Si vous créez une terre fertile à côté d’une source d’eau, la terre sera constamment humide. Si vous crachez de l’eau depuis un point élevé, vous pourrez créer une cascade (et risquer de ruiner votre zone de jeu si la mécanique est mal maîtrisée). Les matériaux que vous récupérerez au cours de votre aventure sont extrêmmeent nombreux, mais vous n'avez pas un inventaire illimité. Vous devrez ainsi penser à vous organiser, et apprendre à organiser rapidement vos affaires en concevant des coffres de rangement de manière optimale, sinon vous aurez toutes les peines du monde à mettre la main sur vos objets quand vous devrez faire des constructions.
Nous parlions de scénario un petit peu plus tôt. Concernant l’aventure en elle-même, elle sera composée d’une multitude de quêtes : construire des habitats, des objets spécifiques, etc. À cela s’ajoutera une autre mécanique de requêtes importantes. Ce sont ces dernières qui vous permettront de mener à bien la première phase de reconstruction de chaque zone et d’évoluer vers la suivante. De nombreuses surprises vous attendent lors de ces requêtes, et ce sera également l’occasion de communiquer avec les nouvelles créatures de cet épisode comme Pikapâle et Ronflex Moussu. Au final, de par cette construction de jeu, on se rapproche davantage d’un titre qui reprend l’essence de Dragon Quest Builders 2. Et cela se ressent d’autant plus que c’est bien Koei Tecmo que l’on retrouve aux manettes de Pokémon Pokopia, après avoir déjà mis la main à la pâte avec Square Enix sur Dragon Quest Builders 2.
Un jeu qui vous demandera du temps et de l’investissement
Nous n’en avons pas spécifiquement parlé jusqu’à présent, mais outre les constructions dites manuelles, vous allez avoir à plusieurs moments des kits de construction à placer pour ériger des éléments spécifiques. Ces derniers se présentent comme une zone de chantier avec une boîte de collecte où vous devrez déposer différents matériaux nécessaires à la construction, mais aussi demander à une équipe de Pokémon prédéfinie par le jeu de venir travailler sur le chantier. Pour ce faire, il suffit simplement de leur demander de vous suivre afin de les emmener sur place. À moins que vous n’ayez pas suffisamment progressé dans le scénario de la zone en cours, le jeu vous dira rarement qu’il vous manque des Pokémon spécifiques pour votre construction. En revanche, plus la construction est imposante, plus le temps d’attente est important. La plupart du temps, les gros éléments vous demanderont de revenir le lendemain. Si vous en êtes à votre 3e ou 4e zone, ce n’est pas grave, car il y a toujours quelque chose à faire. Mais dans les deux premières zones, cela peut être frustrant.
Mais c’est là qu’il y a un point important à prendre en compte. Pokémon Pokopia n’est pas un jeu conçu pour être « rushé » : c’est un jeu qui vous demande certes d’avancer dans le scénario, mais avec une grosse part basée sur l’exploration, la réflexion et bien sûr la reconstruction. Remettre une zone « en état » est facile, mais plancher sur les routes et chemins, choisir quelles maisons construire, créer de nouveaux points d’eau, baliser des zones de craft et rendre tout cela agréable à l’œil, tout cela est important et vous demandera, mine de rien, un temps conséquent. J’ai personnellement mis un peu plus de 30 heures avant d’arriver à la partie finale du scénario principal, mais ce temps aurait pu facilement être doublé, voire triplé, si j’avais pris davantage de temps à peaufiner mes zones.
Un autre point abordé plus tôt est le fameux « où sont les humains ? ». Là aussi, nous avons une part d’explication dans le scénario principal. Mais en fouillant les vieilles bâtisses, pas forcément visibles si l’on se contente du chemin principal, on en apprend davantage sur les raisons de cette disparition, on commence à émettre des hypothèses, et cela renforce cette envie de poursuivre l’exploration de chaque zone de manière plus approfondie. Autre point encore non abordé : la présence de cases brillantes un peu partout dans les zones. En les détruisant, vous pouvez obtenir des objets intéressants comme des CD à donner à DJ Motisma ou à insérer dans un lecteur pour retrouver des musiques iconiques de la licence Pokémon. On peut aussi trouver des capsules temporelles à faire expertiser par le professeur Bouldeneu. Enfin, des zones brillantes apparaîtront aussi dans les herbes et dans l’eau, et il est important de ne pas les louper, car ce sera l’occasion de trouver de nouvelles recettes de fabrication à réaliser dans l’atelier. Il est également possible de récupérer des mimiques, ainsi que des coupes de cheveux et des tenues.
Vivez votre meilleure Poké Vie, seul(e) ou entre amis !
Chaque zone du jeu possédera son propre Centre Pokémon en ruines, équipé d’un PC. C’est sur ces derniers que vous trouverez l’application Poké Vie. Derrière ce nom se cache un projet d’aménagement en collaboration entre humains et Pokémon, qui prend la forme d’une série de petites quêtes (fixes et journalières) à compléter tout au long de votre aventure. En les réalisant, vous gagnerez des points à dépenser dans ce même PC. Cela vous permettra de débloquer de nouvelles recettes de fabrication, mais aussi des objets que vous ne pourriez pas fabriquer vous-même, ou encore des compositions d’habitats que vous n’avez pas encore découvertes. Nous en parlions plus tôt, mais la jauge de PP de Métamorphe peut également être augmentée en achetant des PP Plus dans cette boutique.
Chacune des zones que vous débloquerez proposera un niveau d’habitat. Chaque niveau franchi vous permettra d’obtenir davantage de quêtes et des objets, la plupart du temps en rapport avec la zone en question. Pour augmenter votre niveau d’habitat, il faudra avancer dans le scénario, mais aussi nettoyer les zones, reconstruire routes et chemins et attirer un maximum de Pokémon en construisant de nouveaux habitats. Une fois les Pokémon arrivés, il y a également leur niveau de confort à prendre en considération. Certains souhaiteront de la décoration, d’autres des zones avec une température ou un éclairage spécifique, etc. Un confort optimal = un meilleur niveau d’habitat.
Parmi les zones à explorer, vous découvrirez rapidement une grande zone appelée Ville-Nouvelle. Après l’avoir baptisée, vous comprendrez qu’il s’agit d’une zone sans scénario spécifique, où vous êtes libre de laisser parler votre créativité comme vous le souhaitez. C’est également dans cette zone que vous pourrez jouer en multijoueur via la connexion Internet. Jusqu’à 4 joueurs pourront ainsi participer au développement de la ville, et vous ne serez pas trop de 4, car comme dit plus tôt, développer des infrastructures demande des ressources et du temps… beaucoup de temps. Le petit plus est que vous pourrez demander à vos Pokémon préférés des différentes zones de venir habiter dans cette nouvelle région avec vous, en plus de ceux que vous y découvrirez.
En plus des habitats naturels, vous pourrez aussi construire des maisons, soit en créant des espaces avec 4 murs et une porte, soit en utilisant des kits de construction. La règle pour qu’une maison soit habitable est d’y avoir au moins trois meubles. Point important également : vous pouvez voyager librement entre les zones, à condition de placer un drapeau Métamorphe dans celle vers laquelle vous souhaitez vous rendre. Point négatif concernant les constructions fermées que vous confectionnez manuellement : la caméra peut se montrer assez pénible dans les zones exiguës. Vers la fin du jeu, vous ferez également très souvent la chasse aux matériaux pour progresser. Il sera ainsi important d’apprendre à optimiser votre temps de jeu, faire les demandes d’objets aux Pokémon, etc. Heureusement, pour la collecte de matériaux, vous pourrez aussi compter sur Baudrive, qui vous permettra d’explorer des îles riches en ressources. La seule condition pour les débloquer, à raison d’une visite par jour, est de trouver et d’interagir avec des Poképoupées.
À la fois joli et empreint de nostalgie
Les différentes régions que vous allez visiter sont en fait des lieux bien connus des fans de la franchise, mais arriverez-vous à les reconnaître ? Il faut dire qu’entre l’époque où on les découvrait sur Game Boy et aujourd’hui, les zones ont gagné en volume et s’étalent à présent sur plusieurs niveaux de hauteur. En tout cas, la sensation de nostalgie est bien présente, car un superbe travail a été effectué sur la partie sonore du jeu. Comme dans Animal Crossing, la musique évolue au fil de la journée, et vous pourrez reconnaître, si vous tendez bien l’oreille, des notes issues des musiques iconiques des villes et routes arpentées il y a plusieurs années.
Techniquement parlant, le jeu est très beau. Le style graphique emprunté ne demande pas nécessairement beaucoup de ressources à la console et, contrairement à un Dragon Quest Builders 2 qui pouvait faire souffrir la Nintendo Switch à force de développer son île, ici le jeu est segmenté en plusieurs zones relativement grandes. L’exclusivité Nintendo Switch 2 permet ainsi de profiter au maximum des spécificités de la console. Côté animation, les différents Pokémon rencontrés sont très expressifs. Le fait que l’on soit sur un jeu centré sur les Pokémon (comme les Donjons Mystère) nous permet de les voir communiquer en français dans des dialogues parfois surprenants et/ou amusants, car on ne s’attend pas forcément à certains caractères ou registres de langage. Plusieurs activités sont également proposées par les Pokémon pour nous changer les idées comme des quiz, un jeu de cache-cache, ou un jeu de saut à la corde. Et pour les plus créatifs, le mode photo est également de la partie.
Le seul réel point noir que l’on voit à l’heure actuelle, c’est ce choix de Nintendo / Game Freak / The Pokémon Company de proposer le jeu en format Game Key alors qu’il pèse à peine 10 Go et est vendu au prix (fort) conseillé de 79,99 € dans cette version boîte.


