Il y a des jeux qu'on relance pour vérifier qu'ils tiennent encore debout. Et il y a Xenoblade Chronicles, qu'on relance en pensant connaître son affaire, avant de se reprendre la Plaine de Gaur en pleine figure.
Ce n'est pas qu'une grande zone ouverte, c'est une promesse : un monde immense perché sur le corps d'un titan, avec ses falaises, ses monstres bien trop puissants pour nous, ses horizons qui ont toujours l'air de cacher quelque chose. Quinze ans après la Wii, le choc devrait s'être émoussé. On a connu depuis des mondes plus beaux, des moteurs plus modernes, des séquences plus spectaculaires. Et pourtant, quand la musique s'élève et que la Jambe de Bionis s'ouvre devant soi, ça marche encore. Pas parce qu'il ressemble encore à nos souvenirs. Parce que, manette en main, il a toujours quelque chose à dire.
Sur Nintendo Switch 2, Xenoblade Chronicles ne cherche donc pas à redevenir un jeu neuf. Il cherche plutôt à redevenir facile à aimer. Et c'est peut-être exactement ce qu'il lui fallait en 2026.
Un monde qu'on escalade plus qu'on ne le traverse
Tout repose sur cette idée de monde et elle n'a pas faibli. Bionis et Mechonis ne sont pas deux noms jetés là pour décorer une cinématique : deux corps gigantesques, deux continents à la fois vivants et morts, le socle réel de l'aventure. On ne lit pas une carte, on escalade un géant, on grimpe, on dévale, on découvre les morceaux d'un être colossal.
C'est là que Xenoblade garde une force rare. La Plaine de Gaur demeure un moment fondateur et le monstre de niveau 90 qui s'y promène, celui qui te pulvérise en deux secondes si tu l'approches d'un peu trop près, te rappelle que ce monde n'a jamais été réglé à ta taille. Il est resté impitoyable. Le Marais de Satorl, lui, garde de nuit cette beauté presque irréelle, portée par l'un des plus beaux thèmes de la bande-son. Même en terrain connu, même quand la première découverte a perdu de son tranchant, la sensation de grandeur tient et donne envie de pousser plus loin pour voir ce qu'il y a derrière la crête.
Le jeu n'a pas été pensé hier, ça se sent. Certaines zones sont vastes, parfois trop et la progression garde une logique d'un autre temps. À côté d'un Final Fantasy VII Rebirth, sa façon d'agencer ses espaces, ses quêtes et son rythme paraît plus archaïque. Mais l'ossature tient, parce que les distances racontent encore quelque chose : on ne va pas simplement d'un point A à un point B, on traverse un corps immense qui nous dépasse.
Un mystère qui donne envie d'avancer
Ce qui pousse à avancer, ce n'est pas que la balade : c'est le mystère. Xenoblade démarre comme un récit de vengeance, l'attaque de la Colonie 9, la menace des Mékons, puis se dérobe. Le jeu adore poser des questions, déplacer ses enjeux, laisser entendre que ce monde cache une vérité plus large que prévu.
Le premier affrontement contre le Facia, dans la mine, cristallise tout ça. D'un coup, l'ennemi cesse d'être une simple machine à découper : il y a là une présence, une étrangeté, une menace plus intime. Le jeu bascule et l'on comprend que l'aventure ne se limitera pas à suivre un fil héroïque bien balisé. Derrière les Mékons, derrière Monado, derrière Bionis lui-même, il y a déjà autre chose qui gratte.
L'écriture a ses ratés. Des dialogues trahissent leur âge, certains personnages forcent le trait et les passages Nopons cassent franchement le rythme, surtout quand leur humour vient se poser au milieu d'un élan beaucoup plus grave. Mais l'envie de comprendre reste intacte. On veut savoir, on veut avancer et pour un JRPG, il n'y a clairement pas de meilleur moteur.
Un système plus riche qu'on ne le joue
Le combat, lui, reste à part. Ni action-RPG pur, ni tour par tour classique : les personnages frappent en automatique et c'est au joueur de déclencher ses arts, de se placer, d'anticiper les visions, de garder la main sur une bataille qui vire vite au chaos.
Quand tout s'emboîte, c'est une petite mécanique vivante et ça crève l'écran dans les combats de boss. À chaque fois, le même petit théâtre : une vision t'annonce le coup fatal quelques secondes avant qu'il tombe, tu vois l'un des tiens sur le point d'y passer et tu dégaines le bon art de Shulk juste à temps pour encaisser à sa place. Quand le coup passe à côté, on voit tout ce que ce système a dans le ventre. Mais ce n'est pas toujours aussi prenant. Il arrive qu'on lance un combat, qu'on enchaîne ses arts par réflexe et qu'on regarde la chose se dérouler sans y être vraiment.
Le jeu n'aide pas à se renouveler. Shulk est si central, si commode, si naturel à prendre en main qu'on finit par s'y accrocher par confort, rarement le choix le plus excitant, mais celui vers lequel tout nous oriente. Il y a pourtant beaucoup plus à tirer du système dès qu'on accepte de changer ses habitudes, de laisser Shulk de côté et de regarder autrement les rôles du groupe.
Ce que la Switch 2 change vraiment
Ce que la Switch 2 apporte tient moins du grand spectacle que du confort immédiat : le voyage devient plus doux, plus lisible, plus naturel. Sur téléviseur, le passage à 60 images par seconde change tout : l'image gagne en fluidité, les combats en lisibilité et le plaisir est immédiat. On s'y fait en quelques minutes et revenir en arrière deviendrait pénible.
Tout n'est pas parfait pour autant. Les chutes de framerate sont là, repérables dans les grandes zones, en plein combat, parfois en simple déplacement et jusque dans les décors chargés comme la ville futuriste. Elles ne ruinent jamais l'expérience, mais elles empêchent cette version Switch 2 d'être totalement irréprochable.
L'autre apport, c'est l'Ether Slide et impossible de le ranger au rayon gadgets. Une fois débloqué, on ne le lâche plus : il allège les déplacements, gomme la lourdeur de certaines traversées, redonne au rythme quelque chose de naturel. Pour une toute première partie, on peut vouloir arpenter ce monde à pied, sentir les distances, jauger l'échelle. Mais pour y rejouer aujourd'hui, l'Ether Slide est presque indispensable. Le retirer serait un crime contre le confort. Mention spéciale au grand prix Nopon qui ajoute un mode course totalement bonus et qui est un plaisir à prendre en main. Un ajout sympathique à un jeu déjà gargantuesque !
Un vieux jeu, mieux accompagné
Cette version ne transforme pas Xenoblade Chronicles en JRPG moderne. Les longueurs sont toujours là, les quêtes annexes n'ont pas changé de nature et certaines animations rappellent immédiatement ses origines Wii. On sent encore le jeu d'époque sous la carrosserie de la Definitive Edition.
Et ce n'est pas un problème. Xenoblade n'avait pas besoin qu'on le remplace, seulement qu'on le rende plus fluide, plus léger, plus agréable à traverser. C'est exactement ce que fait cette mouture : elle accompagne le jeu, elle ne le trahit pas. Pour qui le découvre, c'est sans doute la meilleure porte d'entrée. Pour qui le connaît, une façon très plaisante de vérifier que sa réputation tient toujours. Le jeu a vieilli, c'est vrai. Il n'a rien perdu de son souffle.

