Inoubliable héros du film Les Aventuriers de l’Arche Perdue de Steven Spielberg suivi de quatre autres films, d’une série télé, de comics, de romans et d’une tonne de goodies, Indy est une icône de la pop culture synonyme d’évasion et d’aventures. Il revient aujourd’hui sur NSW2 grâce a un portage d’Indiana Jones et le Cercle Ancien, un jeu développé par le studio suédois Machine Games et édité par Bethesda Softworks initialement sorti fin 2024 sur PC et Xbox Series. Alors, prêts pour inscrire « I love You » sur vos paupières ?
L’aventure avec un grand I, comme Indy
Si vous ne connaissez pas, Indiana Jones et le Cercle Ancien, sachez qu’il s’agit d’un grand jeu. Là-dessus, il n’y a pas de sujet. Succès critique et public, Indiana Jones et le Cercle Ancien réussi brillamment tout ce que le film de 2023, Indiana Jones et Le Cadran de la Destinée a lamentablement raté, a savoir, s’inscrire dans les pas du film original tout en traçant sa propre route. La question est donc de savoir si cette version Nintendo Switch 2 lui fera honneur- ou pas
Indiana Jones et le Cercle Ancien nous invite a retrouver Indiana Jones, le célèbre professeur-aventurier dans une aventure inédite se déroulant en 1937, entre les événements du premier et du troisième film, alors que la seconde guerre mondiale se profile à l’horizon. Indiana Jones y apparaît tel qu’on l’a découvert et aimé, toujours sous les traits d’Harrison Ford (jeune) mais désormais interprété par un autre acteur,Troy Baker qui livre une superbe interprétation du personnage. Notez qu’en V.F., c'est bien notre Richard Darbois que l'on retrouve, toujours impeccable, même s’il faut reconnaître que l’acteur a vieilli et que parfois, on se demande, si c‘est bien lui qui double Indy, surtout au début...
La première scène du jeu est maline puisqu’elle reprend l’ouverture iconique du premier film avec son temple caché dans la jungle truffé de pièges, ses guides apeurés et lâches, ses fléchettes empoisonnées, sa petite statuette à récupérer en la remplaçant par un sac de sable plus ou moins lesté, et sa boule géante en guise de piège fatal. La séquence est reproduite à la perfection avec des tas de petits détails et des bruitages tout droit sortis du film. On reconnaît même Alfred Molina, alors tout jeune dans le petit rôle de Satipo. Une façon astucieuse de nous remettre instantanément dans l’ambiance et de faire le lien avec le film original.
Indy contre-attaque
Il y a eu cinq films, chacun avec sa propre ambiance et ses péripéties. Indiana Jones et le Cercle Ancien s’inspire clairement du premier opus en y ajoutant quelques inspirations provenant du second, Indiana Jones et le Temple Maudit (notamment avec des péripéties abracadabrantesques dignes du canot pneumatique chutant de l’avion pour dévaler le flanc d'une montagne enneigée). Plutôt que de chercher à moderniser le mythe, et pire, à passer le relais à un autre héros (ou à une autre héroïne) au détriment d’Indiana Jones, comme dans le 5eme film, le jeu cherche simplement à retrouver la magie du film de 1981 en respectant le matériel source tout en osant s’en affranchir pour mieux lui rester fidèle.
Un jour prochain, « grâce » à l’IA, peut-être aurons-nous droit à un nouveau film dans la droite lignée des Aventuriers de l’Arche Perdue avec un Harrison Ford jeune ( accompagné de Marilyn Monroe, Bourvil et Casimir- soyons fou) mais en attendant, le jeu vidéo apparaît comme le média idéal pour rendre hommage aux grandes licences de la fantasy tout en ouvrant de nouvelles perspectives immersives comme avec Alien Isolation pour Alien ou Hogwarts Legacy pour Harry Potter.
Dès les premières secondes du jeu, on se retrouve littéralement aspiré dans le film original de Spielberg. Pour autant, que l’on se rassure, après son introduction, le jeu nous propose une aventure réellement inédite qui nous fait voyager en Italie, en Égypte ou encore en Thaïlande et qui, finalement, contrairement à ce qu’on aurait pu craindre, ne joue pas trop la carte du fan-service. C’est surtout avec des petits détails, parfois insignifiants, des sons (et même des couleurs !) ou des rencontres, que l’on retrouve la magie des films et non à travers des séquences entièrement refaites. Même l'excellente musique du jeu qui reste fidèle à la partition inoubliable de John Williams n’en fait pas trop. Ne vous attendez pas à entendre le fameux thème d’Indiana Jones toutes les deux secondes. De ce côté-là, Machine Games a su brillamment éviter de tomber dans le piège des références à gogo ce qui fait que le jeu se découvre comme une nouvelle œuvre à part entière qui s’inscrit dans la continuité des précédents (ou plutôt des trois premiers).
Sur PC, Xbox Series et PS5, le jeu est, malgré quelques legers soucis, très impressionnant avec des graphismes saisissants de réalisme, des décors foisonnants de détails et une bande son digne d’une superproduction hollywoodienne. Évidemment, sur Switch 2, on s’attend à ce que l’effet Whaou soit un peu moindre...
Les dents de l'amer
Pourtant, comme pour Resident Evil Requiem, Pragmata, Final Fantasy VII Rebirth ou encore Star Wars Outlaws, lancer un tel mastodonte sur une console Nintendo a un côté grisant surtout que la version Switch 2 du titre semble finalement assez proche de celles des autres plateformes. Bon, il faut reconnaître que les premières scènes dans la jungle piquent un (tout petit) peu les yeux. Les ombres frétillent, il y a de l’aliasing dans l’air et les textures lointaines mettent un peu de temps à s’afficher. Il faut dire que la forêt est très dense avec énormément de feuillages, d’ombres et de nombreux petits animaux qui évoluent à droite à gauche. A première vue, il n’y a pas vraiment de compromis, par rapport aux autres versions : c’est exactement le même jeu que sur Xbox Series et PS5 si ce n’est que le framerate est (malheureusement) moins performant et les textures sont un peu moins riches mais sinon les environnements, les personnages et leurs animations semblent être les mêmes.
Pour autant, les quelques petits soucis relevés (qui sont moins marqués dans les séquences en intérieur) ne nuisent en rien à l’immersion. De toute façon, on reste encore dans un jeu classique ou les décors restent des décors. On ne peut pas tout renverser ou prendre n’importe quel objet posé sur une table. Les éléments interactifs sont détourés, ce qui permet en se rapprochant, de les repérer pour les collecter ou s’en servir comme arme ou projectile, ou encore pour résoudre des énigmes.
Notez que le jeu propose plusieurs niveaux de difficulté pour choisir son degré d'action (avec plus ou moins d'ennemis à l'écran, plus ou moins forts) mais aussi son degré d'aventure (pour être plus ou moins guidé et aidé dans les énigmes) et qui devrait permettre à tous les joueurs de s’amuser- même ceux n’aimant pas habituellement les jeux d’action. De toute façon, Indiana Jones et le Cercle Ancien n’est pas à proprement parler un jeu d’action mais plus un jeu d’aventure ou l’exploration et les énigmes priment sur les combats.
Indy player One
Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, le jeu se joue à la première personne (en mettant le joueur dans la peau d'Indy façon FPS) ; un choix surprenant de prime abord mais qui se révèle très original et immersif. Le gameplay se découvre au fur et à mesure avec de nombreuses actions de circonstances à enclencher en fonction des situations. Indy peut évidemment marcher, courir, sauter, se baisser et pour se battre, il utilise principalement ses poings. Il faut alors frapper et parer au bon moment même si, très souvent, il vaudra mieux éviter les combats intempestifs pour ne pas se faire mettre au tapis. Il faut dire que les ennemis vous donneront parfois du fil à retordre, en appelant des renforts ou en saisissant un objet du décors pour vous le balancer au visage ! Par ailleurs lorsque plusieurs ennemis vous tombent dessus, vous pouvez vite vous faire submerger. L’idéal sera donc de jouer la discrétion (et de penser à cacher les corps des ennemis abattus) en faisant marcher ses petites cellules grises plutôt que de foncer dans le tas, et en hésitant pas à se servir des objets à sa disposition (ce qui donnera d'ailleurs des scènes parfois cocasses...) Sinon, Indy peut aussi utiliser son fouet, là encore en fonction des situations : pour passer un précipice, grimper le long d'un mur ou attraper un ennemi.
Pour préserver l’immersion, une partie des menus est intégrée au jeu, avec des cartes que l’on déplie sans mettre l’action en pause et une sacoche qui sert d’inventaire. Il y a des tas de petits détails bien vus qui rend le jeu très agréable en main. Par exemple, lorsqu’on se baisse, un halo violet entoure l’écran ou encore, en inspectant le décor à travers l'objectif de son appareil photo, Indy peut donner de précieux indices. On peut aussi tenir son revolver à l’envers pour donner des coups de crosses- sachant qu'on a peu de munitions et d'occasion de réelement s'en servir.
Le bon Gros Jeu
Le jeu est très bien construit en proposant un rythme soutenu impliquant le joueur, et l’incitant à explorer et à résoudre de nombreux puzzles. Il est, évidemment, très cinématographique avec une aventure scriptée qui n’empêche pas de perdre le joueur dans de grandes zones ouvertes à explorer. L’intrigue est construite avec une succession de rebondissements et d’énigmes et racontée via de très solides cinématiques. Et si ce n’est pas forcément très original, on reste toujours dans le ton légerement absurde des serials des années 30. Par ailleurs, il faut noter que les personnages secondaires ont fait l'objet d'un soin particulier notamment Antonio, Voss, le grand méchant, ou encore Gina, la nouvelle "sidekick" d'Indy; chacun ayant ses traits de caractère, ses petites manies et des tas de petits détails les rendant vivants, avec en prime, une bonne dose d'humour et un très bon doublage.
Sans qu’on s’en rende vraiment compte, on enchaîne des missions très différentes (dans des environnements variés) comme fuir une zone, trouver un artefact ou une personne, déchiffrer une inscription, descendre une rivière, survivre à une attaque groupée, etc. Il y a aussi des séquences d’infiltration plus ou moins réussies et de nombreux puzzles à résoudre. De ce côté là, les énigmes sont plutôt simples dans leur ensemble mais, encore une fois, très variées. Ce que l’on apprécie, c’est qu’il y a parfois plusieurs façons de réussir une mission (en entrant par une fenêtre plutôt qu’une autre, ou en trouvant un uniforme pour se fondre dans le décor...) Ainsi, on n'a jamais l'impression d'être pris par la main d’autant plus que le jeu renferme de nombreuses sous-quêtes notamment grâce à l'appareil photo qui nous permet de prendre divers clichés mais aussi aux nombreuses reliques à dénicher et qui demandent parfois pas mal d’efforts... Grâce à cela, notre exploration est toujours récompensée et Indy peut même dénicher de nouvelles techniques ou augmenter sa barre de vie simplement en farfouillant ou en achetant un guide ! Au pire, sachez qu'il est possible de revenir en arrière très facilement, afin de partir à la recherche des reliques qu’on aurait négligé et, à terme, de se frotter à l’ultime défi « secret » du jeu. A ce niveau là, le jeu est vraiment très riche avec énormément de choses à faire et à trouver, et qu'une fois le jeu terminé, on n'a qu'une envie : y retourner ! Comptez entre 25 et 30 heures de jeu si vous êtes du genre curieux sachant que le jeu vous incite fortement à l’être.


