Reliquat d’une époque qui a vu fleurir des dizaines de versions « Super », « Turbo », « Director’s Cut », « Ultimate » ou encore « Special Edition », bien avant l’essor du contenu téléchargeable, Nihon Falcom s’est décidé à nous gratifier d’une version améliorée de son pourtant déjà excellent Ys X: Nordics. L’occasion, au passage, de profiter du gain de puissance de la Nintendo Switch 2 pour proposer des graphismes plus fins et un framerate amélioré. Alors, cette version Proud est-elle l’édition définitive de Ys X: Nordics ?
Retour en mer, sans vague
Sorti en 2023 au Japon, puis en 2024 en Occident, Ys X: Proud Nordics suit, comme chaque épisode principal, les aventures d’Adol Christin. Situé entre Ys II et Ys IV (si jamais cette chronologie insensée vous intrigue), le jeu nous met en route vers Celceta aux côtés du docteur Flair et de Dogi. Mais puisque Falcom se refuse à laisser Adol voyager sans encombre, le navire censé les mener à destination est attaqué par un bâtiment norman, peuple librement inspiré de la culture viking.
Après quelques péripéties, Adol se retrouve lié physiquement à Karja, la fille du chef des Normans, par un mystérieux lien de mana. Et comme si cela ne suffisait pas, le village de Carnac, où nos héros ont accosté, est pillé par une meute de monstres appelés Griegers, qui enlèvent tous les villageois. Voilà donc Adol et Karja partis à leur poursuite pour libérer les captifs.
Le prétexte est tout trouvé pour explorer le golfe d’Obélia à bord d’un navire qui n’est plus de première jeunesse, et visiter les nombreuses îles qui jalonnent la mer. On se déplace donc dans un bateau qui, réalisme oblige, ne file pas comme une Formule 1 et doit composer avec le vent pour avancer efficacement. Au début, la lenteur peut frustrer tant elle tranche avec le reste du jeu. Mais elle s’inscrit dans une logique d’amélioration progressive du navire, indispensable aussi bien pour l’exploration que pour les combats navals, sur lesquels nous reviendrons.
Le bateau sert également de hub central. L’équipage, d’abord restreint, s’étoffe au fil des rencontres. On peut y acheter des consommables, améliorer le navire ou encore cultiver des légumes. Et en plus de leur utilité, les membres de l’équipage commentent volontiers vos traversées, ce qui ne manquera pas de briser la monotonie des déplacements maritimes, particulièrement lents en début de partie.
Un système de combat plus mordant
De quoi contraster avec le système de combat d’Ys X, fidèle à la veine dynamique des épisodes récents. On évolue dans des environnements plus ou moins ouverts (plutôt moins), pour affronter des vagues de monstres sur des pistes au synthé bien énervé. On retrouve les attaques classiques, le cooldown pour les utilisations de compétences, l’esquive et la garde, dans la continuité de Ys Seven. Une base solide, qui a déjà fait ses preuves et offre tout le dynamisme qui fait la réputation de la série.
Contrairement aux précédents épisodes, qui vous faisaient combattre aux côtés de plusieurs alliés à l’intelligence artificielle discutable, la coopération est ici au cœur du système de combat. Adol étant lié à Karja par un lien de mana, cette contrainte scénaristique devient une véritable force ludique.
Plutôt que de jongler entre une multitude de personnages, on alterne uniquement entre Adol et Karja, tout en pouvant basculer entre deux styles de combat distincts.
Le premier, le mode Solo, reprend une formule plus classique, centrée sur l’esquive. Le personnage non contrôlé est dirigé par l’IA, et chacun peut utiliser ses compétences propres. Le second, le mode Duo, permet de contrôler Adol et Karja simultanément grâce à une nouvelle palette de mouvements. Les déplacements y sont plus lents, mais la garde gagne en efficacité. Chaque coup encaissé en défense fait progressivement grimper un multiplicateur de vengeance. L’idée est simple : absorber les assauts pour mieux riposter. Le chiffre affiché correspond ainsi au bonus de dégâts appliqué à la prochaine compétence déclenchée en mode Duo, transformant la défense en véritable arme offensive.
Le mode Duo remplit donc une double fonction : absorber les assauts ennemis pour mieux contre-attaquer dans la foulée avec des frappes dévastatrices. Il devient rapidement essentiel d’alterner entre les modes Solo et Duo en plein affrontement, en s’adaptant aux situations et aux patterns adverses. Certaines attaques, signalées par une aura rouge, peuvent d’ailleurs être parées en mode Duo pour déstabiliser l’ennemi, ouvrant une large fenêtre durant laquelle vous pourrez lui infliger un maximum de dégâts.
Loin d’être un simple gadget, le combat en duo enrichit véritablement la formule traditionnelle de la série. La mécanique s’intègre naturellement à un système déjà bien rodé, si bien que le passage d’un mode à l’autre devient vite instinctif. Après quelques combats, le réflexe de switcher s’impose de lui-même, tant l’équilibre entre mobilité et puissance défensive se révèle satisfaisant.
À terre, le cap se resserre
En revanche, on peut noter une légère régression par rapport aux épisodes précédents en ce qui concerne l’exploration terrestre. Si les phases en mer mettent en avant un vrai sentiment de liberté, les séquences à pied se montrent plus balisées. Les îles accessibles prennent davantage la forme d’une succession de mini-donjons que de véritables zones ouvertes.
Pour compenser, les développeurs ont introduit de nombreuses compétences baptisées “actions mana”. Le mana se décline sous plusieurs formes : grappin pour atteindre des hauteurs, vision spéciale rappelant le monocle de vérité d’Ocarina of Time, ou encore planche de glisse magique. Sur le papier, les possibilités semblent vastes (il ne manquerait presque plus qu’il fasse le café!). Dans les faits, ces capacités restent strictement encadrées par le level design. Là où Ys IX misait sur une grande liberté de mouvement grâce aux transformations monstrum, Ys X: Proud Nordics adopte une approche plus dirigiste. Un choix assumé et cohérent avec sa structure, qui fonctionne plutôt bien, mais qui pourra laisser une légère frustration chez ceux qui espéraient une ouverture équivalente sur terre et en mer.
En mer, le dépaysement est immédiat. Mais ne vous laissez pas tromper par l’horizon : les eaux du golfe sont loin d’être paisibles. Les Griegers, déjà responsables du chaos sur la terre ferme, écument également les flots. L’occasion, cette fois, de faire parler la poudre.
Au fil de la navigation, on peut croiser ces vaisseaux ennemis de manière impromptue, ou choisir une approche plus offensive en tentant de reprendre des forts tombés sous leur contrôle. Dans les deux cas, les affrontements prennent la forme de combats en arène, seul contre plusieurs navires adverses. Les canons constituent l’armement de base, mais l’arsenal s’étoffe progressivement grâce aux améliorations apportées à votre bâtiment.
Si les premières escarmouches évoquent davantage les manœuvres d'un porte-avion que de véritables batailles épiques, les affrontements gagnent rapidement en intensité, jusqu’à devenir de véritables joutes explosives à grand renfort d’armes plus spectaculaires. Comme pour l’exploration maritime, il faut laisser le système prendre son envol, mais une fois lancé, le combat naval se révèle particulièrement efficace.
Et contrairement à ce que son moteur un peu daté pourrait laisser penser, Ys X: Proud Nordics séduit toujours par sa direction artistique soignée et son univers librement inspiré des mythes normands et nordiques. Cette ambiance mystique, propre à Nihon Falcom, fait une nouvelle fois mouche et confère à l’ensemble une identité forte qui honore la série.
Définitif… pour qui ?
Mais venons-en au cœur du sujet : que vaut réellement cette version Proud ? Lors de la sortie initiale, Falcom avait présenté la version Switch comme support principal de développement. Pourtant, entre résolution en berne, image floue, distance d’affichage limitée et éclairage perfectible, ce n’était pas forcément la meilleure vitrine du jeu.
La version Proud, exclusive à la Nintendo Switch 2, corrige le tir avec deux modes d’affichage. Le mode Qualité propose une résolution 4K et vise les 60 images par seconde, avec des éclairages améliorés. Le mode Performance, lui, monte jusqu’à 120 images par seconde au prix de quelques concessions visuelles. Dans les deux cas, la fluidité est irréprochable et le rendu nettement plus propre que sur la Switch première du nom. Qu’on soit sensible aux considérations techniques ou non, le confort visuel fait un bond en avant, faisant de cette édition une excellente porte d’entrée.
Pour ceux que la technique laisse indifférents, la version Proud ajoute également du contenu inédit. La principale nouveauté est l’île d’Öland, une zone plus ouverte que le reste de l’aventure, invitant à y revenir régulièrement pour en explorer tous les recoins. Elle introduit une nouvelle action, le Mana Hold, qui permet de déplacer des éléments du décor. Sur le papier, l’idée est intéressante ; en pratique, la manipulation se montre assez laborieuse, la visée manquant de précision et les objets se bloquant facilement dans l’environnement. De plus, son utilisation reste presque exclusivement cantonnée à cette île, ce qui en limite la portée.
Sur le plan narratif, le constat est similaire. Les nouveaux personnages liés à cette zone sont attachants, mais leur intégration à l’intrigue principale manque de naturel, donnant au scénario additionnel un léger parfum d’appendice. Le reste des ajouts (courses de planche à mana, colisée) constitue des respirations sympathiques dans l’aventure, sans pour autant bouleverser l’expérience. Même chose pour les symboles dorés répartis sur la carte du monde, qui permettent de débloquer de nouveaux courants marins: ça simplifie la tâche, mais ça relève plus du gadget qu’autre chose.

