En 2026, Granblue Fantasy revient sur le devant de la scène. Alors que personne n'imaginait vraiment voir cette immense licence cross-média débarquer un jour sur une console Nintendo, la Switch 2 accueille finalement plusieurs épisodes de la franchise, à commencer par Granblue Fantasy Versus: Rising, mais surtout celui qui nous intéresse aujourd'hui : Granblue Fantasy: Relink - Endless Ragnarok. De quoi se demander si 2026 ne marque pas le véritable retour en grâce de la licence.
Le jeu qui ne voulait pas sortir du hangar
Retour en 2014. À une époque où le jeu mobile attire autant les joueurs que les investisseurs, les vétérans de l'industrie japonaise multiplient les nouveaux projets, avec des fortunes diverses. C'est dans ce contexte que Cygames, alors principalement connu pour The Idolmaster Cinderella Girls, s'entoure de deux grands noms du RPG japonais : le directeur artistique Hideo Minaba, déjà connu pour son travail sur Final Fantasy VI, et le compositeur Nobuo Uematsu. Cette association va donner naissance à Granblue Fantasy, un RPG free-to-play destiné au marché mobile.
Longtemps réservé au Japon, bien qu'une option permettant de jouer en anglais soit disponible depuis plusieurs années, le titre principal ne franchit officiellement les frontières occidentales que douze ans plus tard, en 2026, avec une sortie sur Steam uniquement. Les joueurs occidentaux n'ont toutefois pas attendu cette date pour découvrir l'univers de la série. Désireux d'élargir son public, Cygames a progressivement décliné sa licence sous différentes formes : une adaptation en anime en 2017, puis un jeu de combat en 2D confié à Arc System Works en 2020. Son directeur créatif, Tetsuya Fukuhara, expliquait d'ailleurs que ce projet avait été pensé pour séduire davantage le public occidental. Enfin, la franchise s'est aventurée sur le terrain de l'action-RPG avec Granblue Fantasy: Relink, sorti en 2024.
Si ce dernier est arrivé bien après les autres productions dérivées, c'est parce que son développement a connu de nombreux rebondissements. Annoncé dès 2016 comme une collaboration avec PlatinumGames, le projet devait initialement sortir en 2018. Après plusieurs reports, PlatinumGames quitte finalement le développement, remplacé par les équipes internes de Cygames Osaka, avant que le jeu ne voie finalement le jour en 2024. Cette version Switch 2 que nous découvrons aujourd'hui est donc l'aboutissement d'un projet dont les premières bases remontent probablement à plus de dix ans.
Le Grandcypher ne fait pas de tourisme narratif
Avec un tel historique, un casting de développeurs prestigieux et l'empreinte laissée par PlatinumGames sur le projet, les attentes étaient forcément élevées. Dès les premières minutes, on retrouve d'ailleurs cette philosophie propre au studio : une introduction particulièrement nerveuse qui préfère propulser immédiatement le joueur au cœur de l'action plutôt que de s'attarder sur de longues explications.
Ce choix a toutefois une contrepartie. Relink ne prend jamais vraiment le temps de présenter ses nombreux personnages, partant du principe que le joueur connaît déjà l'univers. Un parti pris qui sert efficacement le rythme, mais qui risque de dérouter les nouveaux venus. Ceux qui découvrent totalement la licence auront donc intérêt à jeter un œil au jeu mobile ou, plus simplement, à la première saison de l'anime, qui pose les bases de l'histoire et présente l'équipage dont nous suivons les aventures.
Cela étant dit, commencer directement avec Relink reste tout à fait envisageable. Le scénario se montre suffisamment autonome pour être apprécié sans connaissances préalables, les références aux événements passés demeurant finalement assez rares. Libre à chacun de choisir la porte d'entrée qui lui convient le mieux.
L'aventure débute alors que l'équipage du Grandcypher poursuit son voyage vers Estalucia, une île légendaire où le protagoniste espère enfin retrouver son père. Mais une traversée paisible n'aurait évidemment rien d'une aventure. Lorsque des créatures volantes prennent d'assaut le vaisseau, Lyria invoque Bahamut afin de repousser les assaillants. L'opération tourne cependant au désastre : l'invocation échappe à tout contrôle et se retourne contre ses alliés. Projetés par-dessus bord, le héros et Lyria échouent sur le continent de Zegagrande.
Le temps de réparer le Grandcypher, l'équipage fait la connaissance de Rolan, un homme à tout faire qui les entraîne rapidement dans une mission d'assistance auprès d'un village voisin. Ce qui semblait n'être qu'un simple coup de main prend toutefois une ampleur inattendue : les créatures originelles qui peuplent la région deviennent anormalement agressives, poussant nos héros à enquêter sur les causes de ce dérèglement.
Le scénario enchaîne alors les quêtes qui conduisent le joueur aux quatre coins de Zegagrande. Derrière ce nom difficile à prononcer se cache un continent qui surprend par la variété de ses paysages, alternant déserts arides, montagnes enneigées, forêts luxuriantes et autres décors typiques de la fantasy. Au fil de l'aventure, Relink introduit également plusieurs personnages inédits, tous portés par un character design particulièrement réussi. Cygames soigne clairement l'un des points forts historiques de la licence : son casting.
Cette volonté se retrouve dans la quantité impressionnante de dialogues doublés, les nombreuses interactions entre les membres de l'équipage durant les missions, mais aussi dans les Épisodes Destin. Débloqués progressivement au fil de la progression, ces derniers permettent d'abord de découvrir le passé de chaque personnage avant de proposer une courte intrigue centrée sur son développement personnel. L'idée est excellente et renforce naturellement l'attachement que l'on peut éprouver pour son équipe.
Le revers de la médaille, c'est que ces séquences reposent presque exclusivement sur de longues scènes de dialogue illustrées. Si elles bénéficient d'un doublage de qualité, elles interrompent brutalement le rythme d'un jeu qui, le reste du temps, ne laisse pratiquement aucun temps mort. Les consulter au fur et à mesure de leur déblocage peut ainsi casser quelque peu la dynamique de l'aventure.
Le cœur bat en combo
Mais le véritable cœur de Granblue Fantasy: Relink - Endless Ragnarok réside ailleurs : dans son système de combat. Malgré son univers heroic fantasy et les origines résolument tour par tour de la licence sur mobile, Relink est avant tout un jeu d'action, dont l'ADN évoque davantage le beat them all que l'action-RPG traditionnel.
Les bases sont volontairement accessibles. Chaque personnage dispose de deux types d'attaques pouvant être enchaînées librement, complétés par plusieurs compétences soumises à un temps de recharge. À cela s'ajoutent les incontournables esquives et parades, dont la maîtrise permet, après avoir débloqué les compétences adéquates, d'effectuer des esquives ou gardes parfaites offrant une brève fenêtre d'invincibilité.
Cette base déjà très solide est enrichie par les Arts Célestes, hérités du jeu mobile. Une fois leur jauge remplie, ils déclenchent une attaque particulièrement puissante. Mieux encore, si les quatre membres de l'équipe synchronisent leurs Arts Célestes, ils déclenchent un Chain Burst, une attaque combinée capable de faire fondre la barre de vie des ennemis les plus coriaces.
Il serait bien trop long d’énumérer tous les sous-systèmes présents dans le jeu, qui viennent rajouter une couche de stagger entre deux mécaniques basées sur la jauge de « lien », mais toute cette galaxie de sous-systèmes contribuent à donner un peps inégalable au jeu.
Les affrontements deviennent rapidement de véritables feux d'artifice. Les explosions s'enchaînent, les attaques spéciales fusent de toutes parts et vos points de vie font constamment le yo-yo. Selon la situation, un boss peut perdre à peine quelques pourcents de sa jauge en une minute... avant de voir la moitié de sa vie disparaître en quelques secondes grâce à un enchaînement parfaitement exécuté.
Le plus impressionnant reste sans doute la lisibilité de l'ensemble. Malgré une pluie quasi permanente de particules, de rayons lumineux et d'effets spéciaux, le jeu parvient toujours à communiquer clairement les informations importantes. Les attaques ennemies sont parfaitement télégraphiées, les zones de danger restent faciles à identifier et chaque animation conserve une excellente lisibilité. Rarement un jeu aussi spectaculaire aura réussi à rester aussi confortable à lire en pleine action.
Ajoutez à cela des affrontements réguliers contre des boss gigantesques, parfois vingt fois plus imposants que votre groupe, et vous obtenez sans doute l'une des propositions les plus convaincantes du beat them all en 3D de ces dernières années.
Tout n'est cependant pas irréprochable. Le principal défaut du système de combat provient de son verrouillage de cible particulièrement capricieux. Changer d'adversaire demande souvent plusieurs tentatives avant d'obtenir le résultat souhaité, un problème qui devient particulièrement visible lorsque de nombreux ennemis sont présents à l'écran ou lors des affrontements contre certains boss possédant plusieurs parties ciblables. Dans ces situations, la solution la plus fiable consiste souvent à désactiver complètement le verrouillage avant de sélectionner manuellement une nouvelle cible, une manipulation peu élégante qui casse inutilement le rythme de l'action.
Action-RPG, mais surtout action
Depuis le début de ce test, il a beaucoup été question d'action et de beat them all, et relativement peu de la dimension RPG pourtant mise en avant dans la communication autour du jeu. Ce n'est pas un hasard. Malgré son étiquette d'action-RPG, Granblue Fantasy: Relink - Endless Ragnarok accorde finalement une place assez limitée aux mécaniques traditionnellement associées au genre.
L'exploration, tout d'abord, reste extrêmement encadrée. Il n'y a pas de vaste monde à parcourir ni de zones regorgeant de secrets. La majorité des niveaux se traversent de manière très linéaire, tandis que les quelques espaces plus ouverts ne récompensent généralement la curiosité du joueur que par quelques matériaux supplémentaires.
Le même constat s'applique à la progression de l'équipement qui se limite à la personnalisation de l’arme, qu'il est possible d'améliorer progressivement grâce aux ressources récoltées au cours de l'aventure. Le système reste simple et efficace, sans jamais chercher à noyer le joueur sous des dizaines de statistiques ou d'objets à comparer. Les sceaux apportent bien une légère couche de personnalisation en permettant d'obtenir divers bonus passifs ou améliorations de caractéristiques, mais leur impact demeure relativement limité durant la campagne principale.
Et c'est sans doute ce qui fait la force du jeu. Là où d'autres productions auraient multiplié les fonctionnalités au risque de ralentir le rythme, Relink préfère rester concentré sur l'essentiel : ses combats. Cette approche lui permet de maintenir un excellent dynamisme du début à la fin. Les amateurs de RPG très orientés statistiques ou optimisation risquent certes de rester sur leur faim, mais ce choix de conception sert admirablement l'expérience proposée.
Trop de jeu après le jeu
Cette philosophie se retrouve également dans la durée de vie. Là encore, Relink se rapproche davantage d'un beat them all que d'un RPG traditionnel. Comptez environ quinze heures pour atteindre le générique de fin, une durée parfaitement adaptée au rythme du jeu. L'aventure avance sans temps mort notable et ne s'étire jamais artificiellement, même si l'accumulation de rebondissements dans le dernier tiers du scénario finit par diminuer l’impact de la fin.
Pour autant, voir apparaître les crédits ne marque que le début du véritable contenu endgame. Ceux qui rangeraient leur manette à ce moment-là passeraient à côté d'une part importante de l'expérience. Le jeu propose en effet un large catalogue de missions secondaires qui invitent à revisiter les différentes régions de Zegagrande. Ces quêtes peuvent être accomplies seul, accompagné de l'intelligence artificielle, ou en coopération locale ou en ligne.
L'expérience multijoueur s'avère particulièrement agréable, même si le chaos permanent des affrontements a tendance à nous faire oublier la présence de joueurs « humains » à nos côtés. Avec plusieurs dizaines de missions réparties entre chasse aux monstres, affrontements de boss, défense de positions ou encore escortes, le contenu ne manque pas de variété.
Surtout, ces activités constituent le meilleur moyen de développer son équipe. Car si l'aventure débute avec un groupe relativement restreint, de nombreux combattants supplémentaires peuvent être recrutés grâce aux cartes de personnages obtenues au fil de la progression.
Et c'est précisément là que Relink révèle une autre de ses grandes qualités. Là où beaucoup de jeux du genre se contentent de proposer des variantes mineures autour d'un même gameplay, chaque personnage dispose ici de mécaniques véritablement uniques. Ferry peut ainsi invoquer différents types d'esprits pour renforcer ses attaques, tandis que Beatrix s'appuie sur un système de buffs temporaires qu'il faut gérer efficacement au combat. D'autres héros introduisent leurs propres jauges, ressources ou enchaînements spécifiques, au point que changer de personnage donne souvent l'impression de découvrir une nouvelle façon de jouer.
Cette richesse transforme progressivement la progression en véritable collectionnite. On ne cherche plus seulement à terminer les missions ou à améliorer son équipe principale, mais aussi à expérimenter chaque personnage, à développer ses compétences et à explorer toutes les subtilités de son arbre de progression. Une excellente manière de prolonger l'aventure bien après la fin de l'histoire principale.
Et ce n'est pas encore terminé. Une fois les crédits passés, Granblue Fantasy: Relink propose un chapitre d'épilogue qui prolonge l'aventure pendant quelques heures, avant de laisser place au véritable argument de cette nouvelle édition : le scénario inédit Endless Ragnarok, qui lui donne son sous-titre.
L'accès à ce nouveau contenu n'a cependant rien d'immédiat. Pour le débloquer, il faut d'abord venir à bout des missions de rang Chaotique, le plus haut niveau de difficulté du jeu. Autrement dit, il s'agit de la toute dernière étape du contenu, après de nombreuses heures passées à écumer les missions secondaires et à renforcer son équipe.
Une fois cette condition remplie, Endless Ragnarok offre un nouvel arc scénaristique qui approfondit quelque peu le lore de Granblue Fantasy: Relink. L'écriture reste dans la continuité du jeu principal, avec de nouveaux alliés et antagonistes toujours aussi réussis, et le scénario se suit avec plaisir. On ressort pourtant de cette extension avec un léger goût d'inachevé. Les environnements et les ennemis réutilisent certaines ressources du jeu de base et, malgré quelques révélations et combats de boss intéressants (notamment contre certaines têtes bien connuues de la licence), ce nouveau chapitre ressemble davantage à un prolongement destiné aux joueurs les plus investis qu'à une véritable extension venant renouveler l'expérience.
Le principal frein reste surtout son mode de déblocage. Exiger autant d'heures de contenu avant d'accéder à cette histoire risque de décourager une grande partie des joueurs, qui auront probablement déjà eu leur dose de Relink avant d'y parvenir. Les fans y trouveront sans doute leur compte, mais pour le reste du public, l'effort demandé paraît disproportionné au regard de la récompense.
À noter toutefois que les nouveaux personnages introduits dans Endless Ragnarok peuvent être recrutés dès le début de l'aventure. Un choix appréciable pour enrichir rapidement son équipe, même si cela revient forcément à se priver d'une bonne partie du contexte narratif qui les entoure.
Une finition qui déraille
Avec son système de combat particulièrement nerveux, son contenu gargantuesque (peut-être même un peu trop généreux par moments) et son rythme constamment soutenu, Granblue Fantasy: Relink - Endless Ragnarok a de sérieux arguments à faire valoir. Malheureusement, cette belle impression est ternie par une réalisation technique loin d'être irréprochable.
Impossible de ne pas remarquer le manque de netteté de l'image. Malgré le passage à la Switch 2, le rendu apparaît étonnamment flou, avec un aliasing marqué et un effet de bavure omniprésent, y compris en mode téléviseur. Ce serait déjà regrettable en soi, mais le constat devient plus difficile à accepter lorsque l'on constate que les performances ne suivent pas davantage. Alors que le jeu se limite à 30 images par seconde, les baisses de fluidité restent fréquentes et viennent régulièrement perturber les affrontements. Un défaut d'autant plus dommageable qu'il touche un titre dont l'action repose précisément sur la précision des commandes.
C'est d'autant plus frustrant que le reste de la direction artistique se montre particulièrement inspiré. Les environnements affichent de superbes compositions, riches en couleurs et en détails, tandis que les animations témoignent d'un soin évident (il suffit de voir la place qui leur est consacrée dans les crédits pour s'en convaincre). La bande originale, composée par Tsutomu Narita, connu notamment pour avoir arrangé les compositions de Nobuo Uematsu sur Final Fantasy XIV, s'inscrit dans la même dynamique. Reprenant plusieurs thèmes emblématiques du jeu mobile tout en proposant de nouvelles compositions, elle accompagne parfaitement l'aventure.
Reste ce sentiment tenace qu'une meilleure optimisation aurait permis à cette version Switch 2 de pleinement rendre justice aux nombreuses qualités du jeu.

