C'était en 2003 au Japon et l'année suivante dans le reste du monde, que Pokémon Colosseum a créé une petite effervescence dans les rangs des fans de Nintendo, et plus précisément chez les fans de Pokémon. En effet, si le soft ne pouvait se targuer d'être le premier jeu Pokémon en 3D (Pokémon Snap et Pokémon Stadium sur Nintendo 64 bonjour), il était tout de même le premier opus de la série à proposer une véritable aventure, qui plus est originale, en trois dimensions. De là, les fans se sont tout de suite imaginés une simple transition des épisodes Pokémon classiques en vue de dessus en 3D mais il n'en était rien. Ou du moins, pas totalement.
Une nouvelle région
Par où commencer ... Pokémon Colosseum est si différent de ses homologues portables et, on ne va pas se mentir, c'est en premier lieu ce qui fait son charme. Vous contrôlerez Wes (Michael, en version française) dont le nom peut être modifié à votre guise, accompagné de Rui (Emilie, en français) dont le nom peut aussi être modifié. C'est la première originalité du soft : être accompagné en permanence d'un personnage (outre Pikachu dans la version jaune pour les puristes), enlevant cet aspect d'aventure solitaire habituelle. Ça dépendra des joueurs mais, certains aimeront et d'autres n'aimeront pas, surtout quand on veut faire demi-tour dans un escalier et que cette jeune fille ne fait rien d'autre que nous gêner. Cela rajoute certains charmes mais en enlève d'autres. Disons que même si l'aspect de loup solitaire contrant les grands méchants disparaît, on a cet avantage d'avoir ce personnage qui parle à notre place, qui traduit les paroles du héros, à l'instar des partenaires de Link dans les différents opus de la saga Zelda. Mais si Rui est là, c'est avant tout pour autre chose, qui constituera la plus grosse originalité du soft, qui contribuera à l'ambiance si différente qu'a Pokémon Colosseum par rapport aux autres épisodes.
Une atmosphère très différente
On va le répéter sans cesse mais le tour de force de Pokémon Colosseum, ce n'est pas tant les graphismes somptueux pour l'époque, voir ses Pokémon 3D avec toutes les ombres, les animations d'attaques et tout le reste bien réalisé, non. Le vrai charme de Colosseum c'est son atmosphère beaucoup plus sombre, cette ambiance plus mature qui y règne par rapport à ce qu'on avait pu avoir dans les Pokémon précédents. C'est simple : on contrôle tout d'abord un personnage qui faisait partie de la Team Snatch auparavant, une équipe de brigands volant les Pokémon, parcourant le monde de Rhode (où se déroule l'intrigue du jeu) bourré d'endroits peu fréquentables, rempli de voyous et d'environnements délabrés. Sans oublier le but principal du jeu : voler les Pokémon obscurs, des Pokémon qu'on a volé à des dresseurs, auparavant normaux, mais transformés en machine de combat attaquant même les dresseurs eux-mêmes. Le jeu est donc, en effet, plus mature et c'est en partie ça qui fait son charme. Pour en revenir à Rui, c'est elle qui vous permettra de voir l'aura nébuleuse/sombre des Pokémon obscurs, habituellement invisible à l'oeil nu. Elle a ce don et vous, vous aurez le Snatcheur, une machine qu'on porte sur le bras vous permettant de transformer n'importe quelle Poké Ball en Snatch Ball, une Poké Ball permettant de voler des Pokémon en plein combat contre un dresseur. Oui, encore une nouvelle grosse nouveauté mais ne vous emballez pas, Madame Rui vous hurlera dessus si vous tentez de soustraire des Pokémon normaux et non obscurs. Dommage, on aurait tant aimé voler ce petit Psykokwak tout mignon du colisée de Phenacit et puis lui faire plein de câlinous pendant des heu.. Oups.
Plus on est de fous, plus on rit(olu)
Le but du jeu est donc de parcourir la région de Rhode pour récupérer ces Pokémon dont la conscience a été artificiellement fermée afin d'être transformés en machine de guerre. Ce sera à vous de les capturer, d'ouvrir leur conscience en les faisant combattre ou en les mettant dans votre équipe de Pokémon actuelle. Autre chose de bien, c'est le fait que beaucoup de personnages tenteront de vous barrer la route et pas un seul groupe antagoniste. On a effectivement la Team Snatch qui veut récupérer le snatcheur mais également les Cypher ou Groupe Ombre, principaux ennemis du jeu qui sont à l'origine de la machiavélique entreprise des Pokémon Obscurs. Encore quelque chose d'original, oui. Puisqu'on parle de la région de Rhode, sachez qu'à l'instar des épisodes classiques, on a un environnement global respecté (ici désertique) mais avec quelques points, quelques villes dont les environnements diffèrent (bien qu'on doivent reconnaitre que la diversité est moins évidente que dans les épisodes classiques). Il s'agit surtout d'environnements urbains. Pas d'environnements enneigés par exemple ou autre mais c'est aussi ça qui fait que cet opus est si différent des épisodes habituels. En d'autres termes, c'est un mal pour un bien.
Attrapez-les tous ? Bah non pas vraiment en fait
Pour en revenir aux Pokémon, il ne s'agira pas vraiment des les attraper ici mais bien de les voler puisque vous êtes un bad boy. C'est la première partie. Le deuxième objectif, c'est de transformer ces Pokémon mauvais en Pokémon normaux en ouvrant leur conscience comme dit précédemment. C'est ce qui fait aussi l'une des originalités principales du jeu : ouvrir leur conscience, représentée par une jauge violette qu'il faudra vider en envoyant vos Pokémon en combat, en vous promenant avec eux, en les massant avec des parfums ou en les laissant à la pension. La technique la plus efficace reste d'utiliser Charge Noire, l'attaque exclusive aux Pokémon obscurs ayant la particularité de ne jamais être peu efficace ni très efficace. En l'utilisant, votre Pokémon obscur pourrait être amené à passer en "Mode Hyper", un état dans lequel il devient fou et n'écoute rien, hormis quand vous lui dites d'attaquer avec Charge Noire. A partir de là, vous pourrez utiliser la nouvelle fonction "Appeler" remplaçant l'habituel "Prendre la fuite" pour le calmer et ainsi, vous rapprocher de lui et ouvrir sa conscience. La fonction "Appeler" permet aussi de réveiller un Pokémon endormit. Pour le reste, on retrouve la maniabilité simple d'un Pokémon : on se déplace et c'est tout. On voyage de villes en villes avec une grosse bécane et un héros plus sombre (ayant appartenu à une Team qui vole les Pokémon) et surtout, plus âgé que d'habitude (les sources estiment que Wes a environ 18 ans alors que les héros habituels ont aux alentours de 8 ans).
C'est aussi beau qu'un Voltali
Côté graphismes, inutile de dire que le jeu est très beau pour l'époque mais ce qui rend la chose plus appréciable, c'est qu'il s'agit du premier Pokémon en 3D non rétro. Voir tous ces Pokémon modélisés en 3D moderne, avec toutes ces animations et surtout, pour la première fois les Pokémon de la troisième génération comme ça, c'était des éléments qui constituaient un émerveillement pour les fans, surtout qu'il s'agissait bel et bien d'un épisode proposant une véritable aventure. Bien qu'on trouve certains effets légers, d'autres restent très agréables comme l'eau ou la légère poussière s'envolant au vent dans le désert. Le jeu reste très fluide, même dans les phases de combat. Le seul petit hic se situe au niveau de l'animation des personnages qui semblent se déplacer avec le nimbus 2000 de Harry où nous savons. Plus sérieusement, on a véritablement l'impression que les personnages sont raides en permanence, accroissant cette impression lancinante qu'on a en jeu, pouvant amener certains joueurs à le trouver haletant sur la durée.
Un côté un peu répétitif
Et j'enchaîne justement avec le côté répétitif. L'un des principaux défauts du jeu, c'est qu'il ne nous tient pas en haleine sur certains passages. A pluisieurs reprises le joueur est amené à enchainer tout un lot de nombreux combats, déjà longs, et à faire des allers-retours jusqu'à la machine de soin pour continuer. Vous l'aurez compris, pour certains, les machines de soin sont véritablement mal placées, rendant le jeu plus difficile, certes, mais plus ennuyeux à certains moments. Ça donne réellement un côté répétitif au jeu. Heureusement que le fait de faire des combats doubles sauve la mise. Oui, autre originalité, c'est que tous les combats sont en 2 VS 2 ce qui, pour l'époque, était tout nouveau (déjà paru dans Saphir et Rubis mais à très légères petites doses) amplifiant ainsi la stratégie à adopter face aux adversaires qui, l'air de rien, vous donneront parfois du fil à retordre en usant de tactiques bien adaptées au 2 VS 2. Les joueurs se souviennent tous des attaques Attraction et des Onde-Folie de Vénus ou du combo Abri/Séisme de Dakim. Simples exemples.
Des personnages d'un nouveau genre pour la série
Le chara design, quant à lui, est assez énorme. Bien sûr, comme dans les précédents épisodes, on retrouve de nombreux dresseurs identiques mais, les personnages importants ont tellement une tête unique et lunaire qu'on ne peut qu'apprécier leur apparence. Rien qu'à voir le héros ou encore, les différents Admins antagonistes, on se dit que Pokémon Colosseum a son chara design bien à lui. Et en parlant de caractéristiques propres à cet opus, on peut aussi parler des musiques. Tout en ayant une "Pokémon touch", les musiques des combats sont bien différentes, beaucoup plus dynamiques, plus puissantes et aussi variées que celles des épisodes classiques (et donc aussi paradoxalement légèrement répétitives). Là où les musiques se distinguent nettement de celle des épisodes portables, c'est hors combat. On retrouve des sons et des rythmes jamais entendus auparavant dans la franchise amplifiant ainsi l'atmosphère sombre et plus sérieuse du jeu. Paradoxalement, les musiques des combats sont beaucoup trop répétitives sur certains passages (notamment le Mont Bataille où vous devez enchaîner des dizaines de combats sans pause). Cela fait écho aux passages répétitifs cités précédemment. Le tout assemblé peut vraiment ennuyer de nombreux joueurs à certains moments du jeu.
Plusieurs heures d'amusement oui mais ...
La durée de vie est honorable puisque le jeu se compose du mode Aventure mais aussi d'autres modes solo ou multijoueurs où il y a possibilité, pour vous et vos amis, de jouer les uns contre les autres avec le câble reliant votre Game Boy Advance à votre GameCube, pour les faire combattre en 3D via les version Rubis et Saphir. Mais en soit, l'aventure du jeu est assez longue, bien qu'on constate que la durée de vie d'un épisode portable classique soit beaucoup plus longue et pour cause, l'un des gros défauts signalés par les fans, c'est le fait qu'il n'y ait pas de Pokémon sauvages et c'est vrai, le fait de n'attraper qu'une quarantaine de Pokémon sur 360 (à l'époque) est assez frustrant. Vous ne pourrez en effet qu'attraper des Pokémon lors de combats normaux. Oubliez le rêve des hautes herbes en trois dimensions dans lesquelles on peut attraper des Pokémon sauvages. Ce n'est qu'un détail, mais un gros moins par rapport aux épisodes classiques empêchant indéniablement une hypothétique durée de vie bien plus longue avec des Pokémon sauvages à la pelle. Bien sûr, attraper tous les Pokémon obscurs peut sembler être plus facile à faire vu qu'ils ne sont présents qu'au nombre de 49 mais ouvrir leur conscience et les faire évoluer pour réellement tous les avoir reste un gros challenge. Sans oublier l'aventure principale qui met tout de même plus d'un vingtaine d'heures à être faite en ligne droite. Vous aurez de nombreuses autres choses à faire comme aller au Mont Bataille où vous devrez battre 100 dresseurs, les différents colisées à remporter et surtout, plusieurs heures d'aventures supplémentaires après avoir fini le jeu. Plutôt sympa non ?
En conclusion
Pokémon Colosseum est un très bon jeu, un opus Pokémon plus mature, plus sombre et surtout, plus original avec quelques mécaniques modifiées comme la totalité des combats en deux contre deux, ce vol de Pokémon en plein combat, ce personnage qui nous accompagne tout au long de l'aventure ou encore, le but d'ouvrir la conscience d'un Pokémon transformé en machine de combat. Quelques défauts subsistent comme une durée de vie largement raccourcie par le fait de n'avoir que 40 Pokémon exactement à avoir contre, eh bien, tout simplement 360 dans Saphir et Rubis dû au fait qu'il n'y a pas de Pokémon sauvages dans Colosseum. Le soft a toutefois cet avantage de se concentrer véritablement et intégralement sur des combats contre d'autres dresseurs permettant d'accroître la difficulté face à, parfois, des dresseurs usant de stratégies très bien adaptées au combat en double (bon ne vous emballez pas non plus ça reste des IA) Egalement, malgré quelques effets assez légers, les graphismes sont globalement réussis et la maniabilité, c'est du Pokémon, rien de bien compliqué. Genius Sonority a fait du bon travail, preuve en est avec l'arrivée de la suite directe de Pokémon Colosseum l'année suivante : Pokémon X.D.

