Nintendo Switch

Spiritfarer

Test Switch

Spiritfarer

Par Rubix_Man - Le 12/09 à 10:00

Il faut le reconnaître, et bien que les médias en parlent souvent à tort, le jeu vidéo est bien souvent un milieu où la violence, si minime soit-elle, domine. Entendez par là qu’il faut dans la plupart des cas éliminer des ennemis, de manière plus ou moins réaliste, de Mario écrasant des Goomba à Call Of Duty en tuant des soldats. En ces temps si particuliers, le studio Thunder Lotus arrive à point nommé pour apporter beaucoup de douceur et de bienveillance dans l’univers majestueux de Spiritfarer.

Un C.D.I. bien étrange

Alors que vous vous éveillez doucement à bord d’une barque, voici que devant vous se dresse un imposant personnage encapuchonné portant le nom de Charon, qui de sa voix caverneuse vous emmène avec lui tandis que vous naviguez doucement sur un lac rouge sang. Vous êtes Stella, et cette personne devant vous est votre prédécesseur. Son rôle, qui est dorénavant le vôtre, est d’accompagner les âmes lors de leurs derniers instants afin qu’ils puissent reposer en paix. Sans beaucoup plus d’explications, Charon disparaît alors, une fois arrivé à l’Everdoor , le seul endroit où les âmes s’en vont pour toujours. Sans avoir rien demandé à qui que ce soit, vous voilà donc Spiritfarer, une “passeuse d’âme”.

Si Thunder Lotus marque autant de prime abord, c’est bien par son thème si inattendu: traiter de la mort, la mort en elle-même, le fait de perdre quelqu’un qu’on aime, n’est ni un sujet facile ni un sujet commun et encore moins souvent traité dans le monde du jeu vidéo. Occire des inconnus en pagaille, oui, pas de problème, mais quid de la séparation d’avec les gens qu’on a aimés? Quid du fait d’accorder de l’importance à ceux qui nous entourent, de s’inquiéter de leur sort, leurs préoccupations, leur bonheur? C’est ce que Spiritfarer propose, c’est ce que Spiritfarer est: un jeu où la bienveillance prime, où l’abnégation vous fait faire de votre mieux afin de, simplement, faire du bien aux esprits que vous accompagnerez tout le long de votre périple et ce jusqu’à leurs derniers instants.
Cela peut peut-être sembler paradoxal, mais Spiritfarer, malgré son sujet sensible et supposément assez triste est en fait un titre regorgeant de vie. De par sa direction artistique magnifique tant du point de vue visuel que sonore, se dégage du titre énormément de fougue, de joie, de vivacité intense; tout semble enchanter Stella et le personnage ne peut que nous entraîner avec lui dans son émerveillement pour les choses qui l’entourent. Nous parlerons du gameplay très bientôt, mais les tempêtes orageuses ont toujours quelque chose de spectaculaire, et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Jusqu’aux bruitages qui s’avèrent d’une qualité rare. Les différents esprits que vous accompagnerez auront tous l’apparence d’animaux anthropomorphiques, Stella étant le seul personnage humain du jeu. Chacun d’entre eux aura sa personnalité, un rapport particulier, unique avec Stella, et vous apprendrez à les connaître à mesure que les jours se succèderont. Orgueilleux, enfantins, tendres ou volontaires, les esprits dont vous aurez à vous occuper n’en sont pas moins tous attachants, même si parfois quelque peu clichés.

Passeur d’âme, un job à temps plein

Prévenu dès le départ, vous comprendrez bien assez vite que la vie d’un Spiritfarer ne manque pas d’activités. A bord de votre bateau vous aurez à charge de vous occuper du bien être de vos passagers. Concrètement, le jeu se présente comme un étrange mélange de plates-formes, d’exploration, d’aventure ou encore de simulation de vie. Votre personnage peut sauter dans tous les sens mais aussi débloquer de nouvelles compétences afin d’explorer de nouveaux endroits dans les îles que vous découvrirez. Double saut, vol plané ne sont que quelques exemples des multiples améliorations dont Stella pourra profiter.

Avant de parler de l’exploration des îles il nous faut revenir sur le principal lieu où vous passerez vos journées. Le bateau est en fait une sorte de grand hôtel, un havre de paix sur lequel il vous sera demandé de construire divers bâtiments, tels que des habitations adaptées à vos hôtes ou des structures plus utilitaires, comme des cuisines, des fonderies ou des potagers. Tous nécessitent un minimum d’implication de votre part et sont autant de mini-jeux assez variés qui sauront vous récompenser en fonction de la bonne réussite de vos actions. Bien entendu, chacune de ces structures aura son utilité et modifiera les matériaux bruts récoltés sur les nombreuses îles découvertes au cours de votre voyage. Des îles, il y en a beaucoup. Variées, celles-ci peuvent se présenter sous la forme de prairies solitaires ou de grandes cités, de petits villages ou d’usines pleines d’ouvriers. La carte du monde est plutôt bien construite et a l’avantage de donner rapidement des informations sur les matériaux disponibles sur chaque île, ce qui est bien pratique lorsque l’on cherche quelque chose en particulier.

L’aventure est loin de s’en tenir à s’occuper des esprits à bord de votre bateau et d’alterner bateau-ile ad vitam æternam puisque Spiritfarer regorge de missions annexes à vous proposer. Celles-ci s’immiscent sans peine au milieu de ce que l’on pourrait considérer comme étant la quête principale, si bien qu’il est malheureusement bien difficile de savoir quoi faire exactement. Il n’est pas rare de se disperser un peu trop, ce qui a pour effet de donner au joueur une certaine impression de stagnation dans l’aventure. Spiritfarer laisse beaucoup de liberté au joueur et ne donne pas vraiment de directive, le menu des missions ne donnant pas ou peu d’échelle de valeur permettant de considérer l’importance des quêtes.

Jusqu’aux derniers instants

Dans l’ensemble Spiritfarer est une grande réussite. Malgré son budget apparemment raisonnable, on sent que les développeurs ont mis tous leurs efforts afin d’apporter une aventure inoubliable et unique, une preuve de plus que le jeu vidéo est un art à part entière qu’il faut considérer sérieusement. L’implication demandée au joueur afin d’apporter la sérénité aux âmes défuntes renforce nos rapports avec les personnages rencontrés, la possibilité de leur faire à tous un câlin étant un message particulièrement puissant et d’une douceur profonde. Sachant dès le début qu’il faudra voir partir définitivement chacun des esprits à un moment où à un autre, Spiritfarer nous amène à reconsidérer nos rapports avec nos semblables. Nous sommes tous voués à partir un jour et il est bon d’essayer de se mettre à la place des autres, de porter un oeil attentif sur les besoins, les passions ou les motivations de nos proches.
Spiritfarer vous donnera bien du temps pour digérer tous ces sentiments, car l’aventure principale est vraiment longue. Comptez au moins 25 heures pour voir les crédits de fin, et encore, en fonçant. A côté de ça, comme mentionné plus haut, de nombreuses quêtes annexes vous attendent, qui apporteront encore un peu plus de diversité à un jeu déjà bien rempli, de par ses mini-jeux variés, ses styles confondus avec beaucoup de maîtrise (malgré quelque légers ratés, comme les parcours en bateau un peu trop longs) et son gameplay fluide et agréable à prendre en main.

8
Il est bien possible que l’on parle encore longtemps de Spiritfarer. Parler d’un sujet aussi sensible que celui de la mort avec autant de douceur, de tact, et, paradoxalement, de gaité, nécessitait beaucoup d’attention et de réflexion au préalable de la part du studio Thunder Lotus. Il en ressort une aventure absolument grandiose, dotée d’une direction artistique incroyable, des animations d’une grande qualité et une bande-son parfaitement adaptée. Difficile de ne pas être touché par cette oeuvre d’une profonde sensibilité, d'une qualité magistrale , qui montre que le monde du jeu vidéo a encore beaucoup de choses à nous dire, et beaucoup d’atouts pour nous surprendre.

  • Une grande qualité d'écriture sur un sujet tabou
  • De l'animation dessinée "à la main" d'une qualité rare
  • Une super bande-son aliée à de superbes effets sonores
  • Un gameplay varié et intuitif
  • Une durée de vie généreuse (25-35h)
  • Il est possible de se disperser un peu trop
  • Parfois un tantinet répétitif