Des fois, on ne sait pas à quel point on est chanceux. C’est vrai quoi, après deux épisodes incroyables de Hadès, on est un peu habitués à cette excellence. Arrive Realm of Ink, un jeu dont la faute principale est bien de ne pas pouvoir échapper à la comparaison avec son illustre modèle. Un changement de décor est-il suffisant pour faire oublier ce qui cloche ?
Test réalisé sur une version fournie par l’éditeur
Un Hadès-light, sauce soja s’il vous plaît !
Dans Realm of Ink, vous incarnez une guerrière lancée dans un monde de peinture japonaise à la recherche de… euuuh… bah de vengeance contre un dieu renard visiblement ? Mais en même temps, une renarde vous aide, et d’autres personnages qui vous connaissent, mais vous ne les connaissez pas. L’histoire n’est claire ni développée, et si le fait de vous plonger « in medias res » (dans le feu de l’action) est intéressant, les fans de Hadès, qui iront sans trop de mal chatouiller un boss de fin très obscur, vont se demander ce qui se passe. En fait, on peut carrément dire que la narration est sacrifiée et qu’on ne pige trop rien. Mais nous y reviendrons.
Realm of Ink est un jeu d’action rogue-like en vue isométrique qui s’inspire très largement des titres de SuperGiant games. Vous allez traverser des niveaux qui sont autant d’arènes de combats dans lesquels vous allez trouver des boost aléatoires qui vont de plus en plus vous donner l’ascendant sur vous ennemis. Mais afin de se distinguer, Realm of Ink mise sur quelques différences, la première étant un changement total d’atmosphère et de mythologie. Exit la Grèce antique, bienvenue dans l’univers des Yokais et du folklore Japonais, un univers riche et bien intéressant, mais plutôt mal exploité.
En effet si Hadès sait construire son monde et ses PNJs avec soin et subtilité, Realm of Ink nous les jette à la figure sans sommation, et ils n’auront pas tant le droit à du développement qu’à des dialogues répétitifs, et un caractère figé et caricatural, même pour l’héroïne, dont les répliques en jeu peuvent causer des grincements de dents de 6 sur l’échelle de la gênance. Les autres personnages se contenteront d’être des fonctions et des clichés sans vraiment d’importance, entre la cuisinière à gros nichons qui ne veut pas qu’on touche à ses pâtisseries généreuses, la kami amatrice de thé, le marchand pernicieux ou la très mystérieuse kitsune qui vous aide sans aucun but secondaire derrière la tête, oh ça non madame.
J’ai rendu mon brouillon, monsieur, c’est pas grave ?
En fait, le pire pour Realm est bien d’arriver après Hadès. Et si l’histoire et l’écriture pâlissent beaucoup, le gameplay, lui aussi, reste bien en deçà de son modèle. Au revoir les boosts divers, bonjours seulement deux choix d’upgrade à garder ou échanger. Alors oui, ces upgrades changent votre compagnon chien et vous donnent un Ulti différent en fonction des combinaisons d’éléments, mais c’est très pauvre, et souvent, on va juste détruire ce qu’on trouve une fois un style fétiche trouvé. Des équipement et potions permettent de gonfler vos stats et vos passifs, mais ils marchent mal, ou pas du tout, ou sont tellement discrets qu’ils sont indétectables, surtout en fin de partie quand des « combos » de compétences devraient être possibles mais ne s’activent pas. Résultat, il y a peu de choix et de rejouabilité.
Niveau sensations de gameplay, c’est là aussi assez pauvre, avec une attaque faible qui repousse les ennemis et qu’on va spammer comme un fou, et une attaque forte qui peut changer selon le « skin » de personnage incarné (chose à débloquer un peu plus tard). Ces attaques peuvent également être améliorées, mais souffrent des mêmes défauts que les autres améliorations et ne s’activent pas, ou sont négligeables. Vous pourrez esquiver deux fois de suite, ce qui limite grandement votre mobilité (pas que le jeu soit difficile) et également appeler votre toutou à la rescousse pour une attaque ultime une fois une jauge chargée.
Durant votre exploration, vous aurez à chaque niveau le choix dans le butin de votre prochaine salle, ainsi que la possibilité d’aller dans deux salles spéciales plus difficiles pour des meilleures récompenses. Deux boss vous barreront la route à chaque niveau, et eux aussi ont des dialogues génériques et pas vraiment d’intérêt. Si vous mourrez, vous aurez accès à un hub avec moult choses à débloquer au fur et à mesure, comme un arbre de compétences, des skins qui changent vos attaques, des améliorations pour votre chien et d'autres joyeusetés qui rendront l’expérience plus facile, et certaines plus plaisante pour certains. Ces systèmes entremêlés ont le mérite d’être complets et de vous permettre de vraiment personnaliser votre jouabilité, donc voici un bon point. Par contre, pas question d’avoir des dialogues importants qui racontent une histoire au fur et à mesure de votre progression, faut pas abuser.
Realm of Ink propose de bonnes idées graphiques, comme des jolis personnages dessinés façon calligraphie, et une esthétique très aquarelle un peu fade, mais appréciable. Beaucoup de personnages ont été pensées pour être des bonasses nucléaires, et les animations subtiles de leur poitrine qui rebondit prouvent qu’un certain public est visé. Les personnages masculins ne sont pas en reste, avec un certain côté husbando. Mais pourquoi pas, après tout ? En tout cas, le jeu respecte son esthétique et son thème tout du long. Non, ce qui gêne, c’est la réalisation : il n’y a aucun effet « wow », rien qui impressionne, c’est tout juste fonctionnel. Et que dire des cinématiques de début de niveau qui sont très mal codées et s’affichent en 180p ? De même, sur Switch 2, la framerate ne dépasse jamais les 30, et elle descend clairement de temps en temps autour de 20. Ouch !

