Nintendo Switch

Mundaun

Test Switch

Mundaun

Par C-Ptique - Le 04/06 à 00:01

Lorsqu’on pense à un jeu ou à une œuvre d’horreur, on pense plus souvent à un manoir hanté ou à un cimetière abandonné, rarement aux alpes suisses. C’est ce pari original qu’a souhaité relever Michel Ziegler avec Mundaun, un titre qui lui a pris 7 ans pour être développé mais qui a su se distinguer par sa patte graphique et par ses dialogues entièrement en romanche, une langue régionale suisse parlée uniquement dans le canton des Grisons. En effet, la ville de Mundaun existe réellement dans cette région. Le jeu fait-il une bonne publicité aux grisonnais ?

Là-haut sur la montagne, l’était un beau chalet !

Curdin, un homme assez ordinaire venant de la ville, est en route pour Mundaun, un village situé dans les montagnes suisses. La raison de son déplacement est le décès de son grand-père auquel il était particulièrement attaché et il devait l’aimer beaucoup car Mundaun est le genre de village où il faut vraiment le vouloir pour s’y rendre, il est nécessaire de prendre une petite ligne de bus depuis la vallée et une fois arrivé, il reste encore beaucoup de chemin à faire à pied. Mais c’est aussi ce qui crée une ambiance propre au jeu : c’est en noir et blanc, la patte artistique est sublime, les montagnes suisses sont magnifiques, il y a un brouillard épais qui empêche de voir la vallée, etc…

Pourtant, quelque chose de louche se trame. Le curé du village nous a envoyé une lettre pour nous avertir de ne pas venir et la musique de fond nous prévient en tant que joueur que quelque chose va mal se passer. On ne tarde pas à le vérifier car notre grand-père n’est pas vraiment mort dans l’incendie de sa grange, il a été transformé en statue. Plus étrange encore, en fouillant les lieux, on découvre un tableau qui a dépeint l’incendie, en le regardant, Curdin est comme aspiré et revit l’événement. Il y a notamment un vieil homme qui semble hors du temps et nous appelle à l’aide, malgré qu’ils soient pris aux flammes, il est décontracté et nous regarde d’un sourire narquois.

Les choses commencent à devenir plus claires : notre grand-père est en fait victime d’une malédiction lancée par ce vieil homme qui s’avérera très vite une sorte de démon, ils ont pactisé à l’époque où notre grand-père était au front (lors de la guerre du Sonderbund ?) et le vieil homme est venu réclamer son dû. L’objectif est posé, il faut trouver un moyen de libérer notre grand-père de sa malédiction. Lorsque l’histoire prend fin, on constatera que la durée de vie est assez courte mais reste satisfaisante d’un point de vue narratif.

L’horreur des montagnes suisses.

Mundaun démontre que les montagnes suisses sont bien plus propices à des scènes horrifiques qu’il n’y paraît. Il y a bien sûr le sentiment d’isolement qui nous fait bien comprendre que nous sommes seuls et que personne ne pourra nous venir en aide, sentiment accentué la nuit avec la quasi-absence de toute lumière artificielle, voire une absence totale. La patte artistique, très réussie grâce à ses dessins à la main apposés sur des modèles 3D, développe ce côté angoissant. Hélas, l’animation des personnages est quant à elle plutôt rigide et les clippings sont nombreux à l’extérieur des bâtiments.

Mais bien sûr, ce qui sera une véritable épreuve de courage, ce seront les monstres. Ceux-ci montrent le bout de leur nez après notre échange avec le curé, qui s’avère un vrai froussard, lorsqu’on rentre passer la nuit dans le chalet de notre grand-père. Les principaux que l’on rencontre sont des monstres de paille mais il y a aussi des fantômes d’apiculteurs et même un yéti. Croyez-nous, mieux vaut les éviter le plus possible car Curdin n’est pas très téméraire. Plus les monstres sont proches, plus il est paralysé par la peur et donc plus il est difficile de leur échapper. Mieux vaut donc rester à distance, ce qui n’est pas difficile la plupart du temps.

Pour ne pas arranger sa santé mentale, Curdin vit aussi des moments horrifiques comme une pièce qui apparaît en regardant dans un miroir, des couloirs sans fin, voir sa main se tordre dans tous les sens à l’approche d’un monstre, être face à un pendu ressuscité, traverser une maison infestée d’abeilles ou parler à une tête de chèvre. En revanche, ce qui est étrange et nous décroche parfois, c’est qu’il y a des moments où Curdin est effrayé par ce qu’il vit et d’autres où il ne réagit pas et est à peine surpris. C’est dommage.

Les personnages que l’on rencontre et qui sont censés être amicaux ne sont guère plus rassurants. Il y a bien Flurina, une petite fille mais qui est muette et ne dit jamais un seul mot durant tout le jeu, elle apparaît et disparaît comme ça lui chante. De façon générale, les personnages sont tellement bizarres qu’on est content de ne pas croiser leur route, renforçant davantage notre sentiment de solitude.

Des mécaniques de jeu peu exploitées.

En-dehors des phases d’horreur, Mundaun demande de résoudre des énigmes pour avancer. Elles sont toutes très simples et ne posent aucune difficulté particulière. Par exemple, il faut une clé de contact pour démarrer un camion, cette clé se trouve dans un tiroir qui ne peut s’ouvrir qu’en déclenchant un mécanisme particulier dont on aura d’abord trouvé un papier donnant des indices, etc… Un peu de difficulté supplémentaire dans ces réflexions et les agrémenter d’une menace par des monstres de temps en temps aurait certainement renforcé le plaisir de jeu.

Ce qui se révèle plus frustrant, c’est le dirigisme du jeu alors qu’il est pensé comme un jeu d’exploration. Les niveaux sont clairement pensés pour être parcourus de long en large mais certaines zones sont inaccessibles car Curdin refuse d’y aller au motif qu’il y a autre chose à faire avant. Pourtant, il y a certains moments où le jeu est plus intelligent quand il s’agit d’expliquer la restriction des déplacements comme des avalanches ou des tunnels bouchés par des rochers.

Ce qui est mieux réussi en revanche, c’est la rareté des munitions. Assez rapidement, on récupère le fusil de notre grand-père mais on trouve si peu de munitions et la plupart des monstres sont si résistants qu’il vaut mieux y réfléchir à deux fois avant de s’en servir. Du coup, il vaut mieux la plupart du temps les contourner et dans certains cas, on peut les combattre autrement. Les monstres de paille peuvent bruler, donc s’ils sont situés dans un bâtiment rempli de fourrages, il suffit d’y mettre le feu. On peut aussi se servir de la camionnette afin de renverser les monstres mais il faut s’y reprendre à plusieurs fois avant d’en venir à bout.

7
Mundaun a plutôt bien réussi son pari audacieux. Parcourir les montagnes suisses n’a jamais été aussi angoissant et la langue romanche contribuent à son ambiance unique. La véritable horreur du jeu n’est pas tant l’affrontement avec les monstres ou les confrontations aux éléments horrifiques mais la solitude de notre personnage, surtout dans un lieu aussi isolé et hostile. On comprends les difficultés liées à la longueur du développement mais on regrette que certaines mécaniques n’aient pas été poussées plus loin, notamment les énigmes et les justifications des restrictions de déplacements. Cela reste une jolie pépite qui saura sustenter celles et ceux en manque de frissons.

  • Le gameplay pensé pour éviter les combats
  • La patte graphique élégante
  • Les situations horrifiantes où la réalité est déformée
  • Le sentiment de solitude et d’isolement
  • Les dialogues en romanche
  • Beaucoup de clipping
  • Visée peu pratique pour sélectionner des objets, surtout quand plusieurs objets sont proches les uns des autres
  • Maniabilité des véhicules perfectible
  • Quelques entraves à l’exploration mal justifiées
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