C’est un genre presque aussi ancien que le jeu vidéo moderne (entendez par là celui qui ne se limite plus aux machines de laboratoire). Le casse-brique est une véritable institution vidéoludique, qui semble traverser les années sans jamais perdre de sa superbe. De Breakout à Alleyway, en passant par Arkanoid ou encore Kirby’s Breakball (avouez que celui-là, vous ne l’aviez pas vu venir), la formule a été revisitée sous toutes les formes pour éviter la lassitude. Le jeu qui nous intéresse aujourd’hui, Chico Rebondit du studio espagnol Daikon Games, s’approprie lui aussi les codes du genre avec sa propre touche.
Un point de départ sans détour
Allons droit au but : on incarne Chico, un tamia (oui, le nom français du chipmunk, vous venez peut-être de l’apprendre), accompagné de son amie Anabeille. Tous deux décident d’explorer une mystérieuse tour apparue en plein cœur de la forêt. Le prétexte est simple, presque anecdotique, mais il sert efficacement de point de départ à une aventure d’environ cinq heures. Au fil de l’ascension, on explore chaque étage, résout des énigmes et traverse les différents niveaux qui composent l’édifice.
Mais la tour ne se limite pas à un simple hub de sélection. Progresser demande un minimum d’implication : il faut observer, lire les panneaux, manipuler des statues, et dénicher des coffres dissimulés pour débloquer la suite. Sur ce point, Chico Rebondit fait le choix appréciable de ne pas surcharger le joueur d’indications ou de balises. Une véritable bouffée d’air frais dans une industrie où l’on a trop souvent tendance à guider chaque pas au point d’en devenir étouffant.
Le combo avant tout !
Chaque étage de la tour propose plusieurs niveaux, eux-mêmes divisés en une série de puzzles. Sur le principe, on retrouve les bases du casse-brique… à un détail près : notre tamia n’est pas équipé d’une raquette. À la place, il faut appuyer au bon moment sur le bouton B pour donner un coup de queue et renvoyer la balle.
Sinon, Chico peut rattraper la balle, ce qui permet de ralentir le rythme et de souffler un peu, mais au prix de votre combo. Car oui, le jeu récompense la prise de risque : plus vous enchaînez les briques sans jamais reprendre la balle (soit uniquement en la faisant rebondir), plus votre score grimpe. Une mécanique simple, mais particulièrement efficace, qui instaure un équilibre constant entre prudence et audace. D’autant que si Chico peut effectuer une glissade pour rattraper une balle mal engagée, il reste limité dans ses déplacements : impossible de traverser l’écran en un éclair.
Et ces fameux combos sont loin d’être anecdotiques. Pour progresser, il ne suffira pas de terminer les puzzles : il faudra aussi viser le score. Détruire toutes les briques rapporte une médaille, mais atteindre un certain seuil de points en débloque une seconde. Or, l’accès aux niveaux suivants et aux boss dépend du nombre de médailles accumulées. Autant dire que jouer “proprement” ne suffira pas : il faudra optimiser chaque partie et viser l’excellence.
Une progression bien calibrée
Dès lors, Chico Rebondit glisse habilement vers le puzzle-game. Il ne s’agit plus seulement de casser des briques, mais de réfléchir à la meilleure manière de maximiser son score. Si les premiers niveaux restent assez classiques, la suite introduit progressivement de nouveaux types de briques, d’obstacles et de power-ups qu’il faudra utiliser avec intelligence (voire dans un ordre précis) pour atteindre les objectifs.
Parmi ces bonus, le feu permet par exemple de brûler instantanément une rangée d’herbes hautes, tandis que la boule à piques détruit tout sur son passage. À cela s’ajoutent des éléments comme des canons qui projettent la balle dans une direction donnée, ou encore des bombes dont il faut allumer la mèche pour provoquer une explosion localisée. Cette variété maintient l’intérêt constant et rend l’aventure particulièrement dynamique.
Et c’est justement l’une des forces du jeu : son rythme. Chico Rebondit ne s’étire jamais inutilement et sait rester concis. Les nouvelles idées arrivent régulièrement, évitant toute monotonie. Quant aux boss, s’ils ne révolutionnent pas la formule (on les aborde comme de gigantesques briques mobiles), ils apportent une variation bienvenue.
Visuellement, le jeu s’en sort correctement. Il adopte un pixel art coloré, agréable à l’œil, mais relativement sommaire dans ses détails. Ce n’est pas tant une question de résolution que de richesse visuelle : un travail plus poussé sur les nuances aurait pu apporter davantage de profondeur. L’introduction laisse d’ailleurs entrevoir ce potentiel, malheureusement peu exploité par la suite. En revanche, la bande-son est une réussite, capturant parfaitement l’esthétique sonore des consoles comme la NES ou la Game Boy.

