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Calamity Angels: Special Delivery

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Calamity Angels: Special Delivery

Par Thatgunman - Il y a 4 heures

Attendre près d’un an entre la sortie japonaise d’un jeu et son arrivée en Europe est devenu suffisamment rare pour être souligné. À l’ère des sorties mondiales simultanées, cette temporalité « à l’ancienne » rappelle que la localisation reste un chantier lourd, en particulier pour les jeux très bavards. Calamity Angels: Special Delivery, sorti durant l’été 2025 au Japon et disponible chez nous depuis le 17 février, fait justement partie de ces titres babillards. Reste à savoir si le temps d'attente en valait la peine.

Test réalisé à partir d'une version fournie par l'éditeur.

Le poids des colis et des humeurs

Dans notre monde moderne où la livraison est devenue quasi instantanée, Calamity Angels: Special Delivery nous rappelle que le transport de marchandises fut longtemps une véritable odyssée. Ici, pas de camions ni de drones, mais une guilde de facteurs armés d’épées, de bâtons magiques et d’un sens du devoir tout relatif. Le joueur incarne Yuri, jeune recrue chargée de superviser une équipe de livreurs d’élite. Enfin… « d’élite », en théorie seulement. Car cette escouade, surnommée les Calamity Angels, est surtout connue pour son taux d’échec catastrophique et son incapacité chronique à respecter la moindre consigne.

Le concept est simple et volontairement absurde : livrer du courrier dans un monde heroic-fantasy où chaque trajet implique de traverser des zones infestées de monstres. Mais le véritable danger ne vient pas tant de l’extérieur que de l’intérieur. Les membres de l’équipe sont tous des archétypes de personnages immatures, capricieux ou irresponsables, davantage préoccupés par leurs états d’âme que par la réussite de la mission. Ce parti pris narratif constitue le cœur du jeu, autant dans les dialogues que dans les mécaniques.

Un RPG en jeu de l’oie

Sur le plan ludique, Calamity Angels abandonne l’exploration classique des JRPG au profit d’un système de progression façon jeu de plateau. Chaque mission se présente comme un parcours entre deux points, sur un plateau découpé en cases sur lesquelles on avance à l’aide d’une roulette. Chaque case déclenche un effet : bonus de statistiques, pièges, objets, mini-scènes narratives, voire combats. Le tout est encadré par un nombre de tours limité, mais suffisamment généreux pour que l’échec soit presque impossible.

Non seulement ce n’est pas difficile, mais en plus les récompenses optionnelles, comme les coffres, ne nécessitent pas de s’arrêter sur une case précise puisqu’elles se trouvent en fin de parcours, tandis que les saynètes nous y arrêtent automatiquement. Débarrassées de toute frustration, ces phases se révèlent assez ludiques si l’on prend plaisir à planifier son itinéraire afin de récupérer tout ce dont on a besoin. De plus, le rythme soutenu évite de s’attarder trop longtemps sur ces cartes. C’est plutôt bien pensé, car au final, hormis les changements de décor, la variété des types de cases sur le plateau reste assez limitée.

Facteurs en armes

Mais ne vous y trompez pas : ces traversées n’ont rien de simples promenades de santé. Comme mentionné plus haut, quelques monstres se dressent également sur votre route. Et contrairement à ce que pourrait laisser croire l’interminable tutoriel, le système de combat se révèle en réalité d’une grande simplicité. On retrouve les bases du tour par tour chères aux jeux de rôle depuis des décennies, auxquelles s’ajoute toutefois une variable supplémentaire. En plus de surveiller vos points de vie et de magie, vous devrez composer avec l’humeur de vos personnages. Je vous le disais : votre équipe est constituée de sales gosses capricieux. Et vous ne les subirez pas seulement dans les dialogues, mais aussi en plein affrontement. La petite icône affichant la mine de votre partenaire, en haut à gauche de l’écran, n’est pas là pour faire de la figuration : elle indique sa disposition à suivre vos ordres. S’il affiche un large sourire, il y a de fortes chances qu’il obéisse ; s’il tire la tronche, il risque fort d’en faire à sa tête. L’objectif consiste donc à les « manipuler » subtilement en jouant sur leur humeur, sans pour autant compromettre votre stratégie. Car à en écouter certains, ils seraient bien capables de passer les combats à roupiller.

C’est souvent frustrant, car on ne parvient jamais vraiment à faire exactement ce que l’on souhaite. Là où les personnages pourraient théoriquement venir à bout de l’équipe ennemie en deux ou trois coups, il faut en pratique compter le double, voire le triple, le temps de gérer les caprices de chacun.

À cela s’ajoute toute une série d’actions aléatoires destinées à faciliter les affrontements, sous la forme de capacités spéciales propres à vos personnages. Certaines sont particulièrement amusantes (comme lorsque votre soigneur fait gonfler la barre de vie d’un adversaire jusqu’à la faire littéralement exploser) mais leur déclenchement imprévisible empêche de réellement bâtir une stratégie autour d’elles. Cela dit, les combats demeurent extrêmement simples, et la courbe de difficulté, lissée à l’extrême, ne devrait jamais vous mettre en difficulté.

La parole avant l’action

Une fois la livraison effectuée, retour à la base pour sélectionner la mission suivante. Avant de repartir, vous pouvez faire le plein d’objets ou profiter de l’expérience accumulée qui permet d’augmenter le rang de votre équipe. Dans Calamity Angels: Special Delivery, les personnages ne gagnent pas de niveaux individuellement : seul le rang de la guilde influe sur les statistiques. Une idée plutôt pertinente, d’autant que votre équipe (d’abord composée de trois membres en plus de Yuri) s’étoffe rapidement. Si l’on souhaite expérimenter différentes combinaisons, il est appréciable de ne pas être freiné par un système de niveaux individuels contraignant.

Cela dit, un équilibrage parfois approximatif vous poussera naturellement à privilégier certaines compositions. À ce titre, Calamity Angels: Special Delivery penche vers le character game, tant les développeurs ont cherché à rendre chaque protagoniste unique, avec un archétype bien marqué qui leur permet de briller lors des dialogues. Et des dialogues, il y en a à foison.

Si vous recherchez avant tout un jeu de rôle axé sur l’action, la quantité de texte pourrait vous rebuter (d’autant que tout est en anglais). L’écriture reste toutefois correcte : l’humour, léger, ne vous fera sans doute pas éclater de rire, mais il suffit à maintenir l’intérêt sans donner envie de reposer la manette. On passe un moment agréable et, grâce aux animations expressives des personnages et aux nombreuses illustrations qui rythment l’aventure, l’ensemble ne paraît finalement jamais aussi longuet qu’il le laisse craindre au départ.

Côté graphismes, le jeu adopte une patte lumineuse, expressive et très colorée, signée Kei Nanameda, mais débarrassée de cette tendance parfois graveleuse qui flirtait avec le mauvais goût dans des titres comme Mugen Souls. Les visages sont particulièrement expressifs, le character design se montre inspiré et l’ensemble fonctionne parfaitement, en adéquation avec l’univers proposé.

7
Avec Calamity Angels: Special Delivery, Galapagos RPG livre une copie tout à fait honorable. L’expérience se révèle très plaisante, relevée d’une touche d’originalité, dépourvue de réelle difficulté et portée par un univers attachant. On parcourt l’aventure avec plaisir, porté par un scénario certes peu original, mais soutenu par des dialogues agréables (mais uniquement en anglais).

  • Le concept est original
  • Gameplay et système de combat sans prise de tête
  • Les dialogues sont légers et l'humour bien dosé
  • Des graphismes colorés et un character design inspiré
  • Des tutoriels et des dialogues interminables au tout début du jeu
  • Les cartes sont trop peu variées
  • Une grande part d'aléatoire dans les combats

Thatgunman

For great justice
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