Sorti initialement comme une vitrine indépendante à forte identité visuelle, Kena: Bridge of Spirits revient aujourd’hui sur Nintendo Switch 2 avec une promesse simple : rendre son univers enchanteur accessible partout. Entre direction artistique somptueuse et gameplay inspiré des classiques de l’action-aventure, cette version hybride avait de quoi intriguer. Mais cette adaptation parvient-elle à préserver l’âme du jeu sans trop sacrifier sur l’autel de la technique ? Réponse manette en main.
Test réalisé à partir d'une clé fournie par l'éditeur.
Un voyage entre les mondes
Kena: Bridge of Spirits nous met dans la peau de Kena, une jeune guide spirituelle chargée d’aider les âmes tourmentées à trouver le repos. Rapidement, son périple la mène dans un village abandonné rongé par une étrange corruption. La narration se distingue par sa sobriété et son efficacité. Ici, pas de longs dialogues interminables : tout passe par l’ambiance, les regards, et une mise en scène très inspirée des films d’animation. Chaque esprit rencontré apporte une dimension émotionnelle forte, souvent teintée de mélancolie. Le jeu aborde des thèmes universels comme le deuil, le regret ou l’acceptation, sans jamais tomber dans le pathos. C’est simple, mais sincère. Et surtout, ça fonctionne.
L'histoire prend ainsi place autour du fameux village, avec des zones et des histoires se découvrant au fur et à mesure de votre progression. Et pour les plus anciens d'entre-nous, il est bon de rappeler que ember labs est aussi le nom du studio qui nous a proposé il y a maintenant 9 ans une vidéo, dénommée Terrible Fate, qui avait fait frémir les fans de Majora's Mask, ce qui explique aussi entre-autre pourquoi l'esthétique du jeu (dont nous reparlerons plus tard) vous semblera peut être familier.
Un gameplay entre douceur et exigence
Derrière ses airs de conte apaisant, Kena cache un système de jeu bien plus exigeant qu’il n’y paraît. On retrouve ainsi une structure assez classique, avec une exploration dans un monde semi-ouvert parsemé d'énigmes environnementales, et zones corrompues qui feront office de zone de combats. Les combats sont justement au cœur de l'aventure, et ils pourront se montrer assez punitifs si on ne s'y prend pas correctement, un peu à la manière d'un Soul's Like. Esquives, parades et gestion du timing sont essentiels, surtout face aux boss qui demandent une vraie maîtrise. Côté bestiaire, vous aurez des créatures qui alterneront entre petits mais agiles, ou lents et qui tapent forts. Ne baissez pas pour autant la garde face aux mobs de base, un game over peut facilement arriver si vous ne faites pas suffisamment attention.
Au final, la progression repose sur l’amélioration des capacités et l’acquisition de nouvelles compétences qui donnent une sensation de montée en puissance progressive mais satisfaisante. Kena débutera l'aventure avec un bâton pouvant enchaîner coups rapides et coups puissants. Mais vous ferez rapidement l'acquisition d'un arc pour combattre à distance, mais aussi de bombes spirituelles. Kena dispose également d'un arbre de compétence qu'elle pourra débloquer progressivement grâce à des fragments qu'elle récoltera en combattant, en ouvrant des coffres et en résolvant de petites énigmes.
Les Rot, petits êtres mais grande utilité
Difficile de parler de Kena sans évoquer les Rot. Ces petites créatures noires ne sont pas là uniquement pour apporter un côté mignon à l'aventure, elles jouent un rôle central dans le gameplay puisqu'elles permettent de résoudre les énigmes, d'intéragir avec l’environnement (pour éliminer de petites zones de corruptions), mais elles servent également de soutien en combat. Peureuses de nature, les créatures ne vous assisteront pas lors de vos combats (du moins au début). Ce n'est qu'en tapant vos adversaires que vous obtiendrez des points de courage qui, une fois qu'ils auront complété une jauge, permettront de déclencher une action des petites créatures. Vous pourrez ainsi stimuler une fleur qui vous rendra de la santé, ou encore les balancer sur un ennemi pour déclencher une explosion spirituelle qui provoque de lourds dégâts.
À la manière des Korogus dans Breath of the Wild, les Rot se cachent dans l'environnement, et vous devrez les trouver pour augmenter le nombre de créatures qui vous suivent. C'est un élément essentiel car en atteignant des paliers spécifiques, vous augmenterez le niveau de vos créatures, et vous pourrez surtout débloquer les paliers supérieurs d'amélioration de capacités. Elles deviennent alors un véritable outil stratégique, notamment pour déclencher des attaques puissantes.
Au-delà de leur utilité, les Rot apportent une dimension affective très forte. Le jeu réussit à créer un attachement naturel, sans jamais forcer, une idée simple, mais brillamment exploitée, notamment grâce à la possibilité de les dorloter, ou tout simplement de leur mettre des couvre-chefs que vous débloquerez le long de l'aventure. Certains apprécieront ce côté mignon, d'autres (comme votre serviteurs) n'y verront qu'une features totalement anecdotique.
Une version Nintendo Switch 2 qui balance entre beauté et compromis
Si Kena : Bridge of Spirits avait surtout fait parler de lui lors de sa sortie sur PS5 en 2021, il avait aussi eu le droit à une version PS4 un peu moins bien optimisée avec l'absence de choix entre mode performance et résolution (et des versions Xbox parues en 2024). Pour cette version Nintendo Switch 2, on se rapproche davantage de la version PS4. Visuellement, le jeu reste magnifique. La direction artistique, toujours aussi inspirée, conserve ce rendu proche d’un film d’animation. Les environnements sont riches, colorés et vivants.
Mais techniquement, cette version Nintendo Switch 2 souffre tout de même de quelques défauts. Le titre reste bloqué à 30 FPS, présente des effets de flou dans certaines scènes, et souffre de soucis d'artefacts ou de textures qui se chargent durant les cinématiques. Rien de dramatique en soit, mais on sent que le jeu a été adapté avec prudence plutôt qu’ambition. Côté audio, en revanche, c’est un sans-faute : le titre propose une bande-son orchestrale immersive, un doublages de qualité (pas de VF hélas) et un sound design soigné. La bande-son est clairement un point fort qui soulignera à merveilles les événements forts en émotions dans l'aventure qui vous tiendra en haleine une dizaine d'heures.

