Des fois il est facile de singer un style. Il suffit de voir le nombre de jeux de plate-formes, de metroidvanias, de souls-like de qualité. Mais copier Pokémon, voilà quelque chose de rarement tenté avec succès. Oh, il y en a, mais aucun n’a véritablement de succès. Alors que fait Lumentale pour tenter de sortir du marasme des clones ratés ? Eh bien, il remonte ses manches et fait les choses bien ! En grande partie.
Test réalisé sur une version fournie par l’éditeur
Un grand voyage avec des petits amis de poche
Dans le monde Lumentale, une guerre ancienne a fracturé un empire idyllique end eux : le Nord et le Sud, deux nations qui aujourd’hui continuent de se regarder en chien de faïence, et qui ont pris deux chemins radicalement différents : le Nord explore les avancées technologiques tandis le Sud se concentre sur ses traditions. Mais ce qui les rassemble est leur proximité avec les Animons, des bestioles faites d’énergie qui peuvent être dressées et aider les humains, ou bien leur pourrir la vie. Parmi les habitants, quelques uns ont un don pour se lier à toute une troupe d’Animon et les pousser à devenir la meilleure version d’eux-mêmes : les Lumens. Et, surprise, votre personnage, Trey, se révèle en avoir le potentiel. Et c’est bien l’occasion de faire un grand voyage initiatique car il est amnésique et confronté à des sombres évènements. Alors, en compagnie du gamin du scientifique lui ayant rendu service, c’est parti pour un tour du monde.
Lumentale ne se cache pas de ses influences : oui, vous allez jouer à un jeu proche de Pokémon. Mais contrairement à beaucoup de concurrents, il ne fait pas les choses à moitié ! Il faut bien se rendre compte du travail colossal que représente un jeu du genre, entre les bestioles, les systèmes, le design, le monde, l’histoire, le tout s’entremêlant et devant créer un univers cohérent. Lumentale ne fait pas de compromis : il propose un système de combat dynamique et profond, un monde complet, et des Animons attachants, qui évoluent, sont personnalisables, et ont leur backstory. Enfin bref, il y a de quoi être très impressionné quand on voit tout ce qu’inclus le jeu, et qu’on imagine la TONNE de travail. Il n’y qu’a voir les cartes Animon en jeu, dont la qualité est indéniable, pour se rendre de tout le soin apporté au titre.
A l’aventure, à l’ancienne, mais à plusieurs !
Lumentale se présente comme une RPG typique : vous allez parcourir le monde, remplir des quête et faire des combats. Comme dans tout bon jeu proche de Pokémon, ce sont vos bestioles qui vont se battre et devenir plus fortes, et vous allez pouvoir en attraper plein afin de les collectionner mais également de composer une équipe équilibrée. Chose étonnante, les combats proposent des équipes allant jusqu’à quatre Animons. Cela les rend un peu longs, mais très stratégiques, et l’ordinateur aime beaucoup cibler les faiblesses de votre équipe. Oui, la difficulté est présente, même si elle reste gérable, ce qui change de Pokémon. En fait, vous avez l’avantage la plupart du temps, mais les rencontres sont tellement nombreuses que vous allez devoir gérer vos ressources. Et oui, explorer n’est pas de tout repos, loin de là. Heureusement, on peut fuir si besoin.
Le système de combat propose plusieurs systèmes sous jacents devant être exploités. Tout d’abord, chaque Animon a un ou deux types leur donnant des résistances ou faiblesses. Mais vous avez également le choix d’utiliser une attaque neutre si vous voulez afin de garder un Animon désavantagé sur le terrain. Ensuite, chaque tour, vous avez un certain nombre de points d’action : chaque action en coûte, avec les gros coups qui coûtent plus cher, c’est donc une stratégie à prendre en compte. Exploitez la faiblesse de votre adversaire un certain nombre de fois, et vous aurez le droit à une action bonus immédiate qui ne coûte pas de points d’actions, mais attention, l’adversaire peut le faire également. Finalement, chaque Animon possède une « famille » donnant une propriété supplémentaire à ses attaques en échange d’un point d’action. Voilà qui en fait des choses à gérer ! Ajoutons à cela que les Animons ont tendance à ne pas être KO en un ou deux coups, et les batailles à 4 contre 4 peuvent donc prendre un moment, et se révéler particulièrement tendues !
Les Animons font partie du monde
Pour triompher des batailles, il vous faudra une équipe solide : heureusement, vous en avez les moyens. Les Animons sont nombreux, variés, peuvent évoluer et chacun une capacité passive, mais vous pouvez également leur donner des stats bonus à répartir comme bon vous semble et renforcer leurs coups grâce aux objets trouvés en combat. Votre équipe est donc bien plus qu’une bande de nombre sur pattes, car vous allez passer un moment sur chacun à le « pimper » à la façon qui vous convient le mieux. Il y a de quoi s’attacher, surtout quand les bénéfices à long terme sont si alléchants. Vous pourrez même gérer vos « boites » en détails en entrant dans l’Aniverse, lieu informatique où vous pouvez faire s’entraîner vos bestioles dans un cadre personnalisable quand vous ne les utilisez pas !
En fait, c’est souvent une erreur des Pokémon-like de négliger le côté « animal virtuel » de leur titre, et de ne pas nous laisser nous lier avec notre équipe. Ici, un véritable effort a été fourni : chaque Animon est trouvable dans un habitat qui lui correspond, peut apparaître selon la météo ou l’heure de la journée, et possède son caractère, même sauvage, entre ceux qui vous approchent, ceux qui s’enfuient, ceux qui attaquent et ceux qu’on ne voit qu’en fond. Les Animons ont également souvent des traits et passifs liés à leur entrée dans l’Aniwiki, le Pokédex du jeu, comme un virus ambulant qui inflige des débuffs à qui le touche en combat, ou un renard rusé qui attaque une deuxième fois si un ennemis est affaibli. Mais ce n’est pas tout : vous pouvez également renommer votre équipe et sortir un Animon afin qu’il se balade avec vous. Ce n’est rien ! Mais ça fait tout. Enfin, presque.
On évite des écueils, mais pas tous
Lumentale réussit également l’exploit de construire un monde et une histoire. Simplistes certes, mais bien meilleures que les habituels histoire trop dark et edgy qu’on voit trop dans les romhacks. L’introduction est longue, introduit des mécaniques petit à petit et nous laisse nous imprégner de ce monde qui, somme toute, tient plutôt bien debout. Si le trope du personnage amnésique est facile et qu’on prédit vite le scénario, il sera fascinant pour un jeune joueur, sans aucun doute. Le monde est également présenté dans un délicieux pixel-art, détaillé et atmosphérique, et avec des décors en 3D complexes. La musique, très travaillée et de très bonne qualité, achève de vous immerger une bonne fois pour toutes dans le monde.
Alors tout va bien ? Avons-nous le Pokémon-killer devant nous ? Euh, non, pas tout à fait. En fait, le jeu souffre d’un souci de lourdeur et de longueur malgré tous ses bons côtés. Tout est trop long, les combats prennent des plombes, il y en a trop, les animations sont longues et manquent de punch, les menus répondent mal… d’ailleurs, en parlant des menus, ils ne sont pas très bien organisés et on a souvent du mal à s’y retrouver. Et c’est quand ils fonctionnent, car durant mes heures de test, je me suis retrouvé par deux fois bloqué dans un menu qui ne répondait plus ! Mais même sans bugs, Lumentale nous laisse cette impression d’un jeu lent, complexe, des fois trop malgré de très bons efforts pour garder tout à portée de main. On regrettera également une traduction incomplète, car les noms des Animons sont restés en anglais et ils perdent ainsi un peu de charme. Enfin, au vu de tout ce qui a été réussi, nous pouvons pardonner certaines erreurs.


