Dispatch - AdHoc Studio et Nintendo jouent au ping-pong au sujet de la censure du jeu
Sorti officiellement depuis ce jeudi 29 janvier sur l'eShop de la Nintendo Switch et de la Nintendo Switch 2, Dispatch est un jeu narratif centré sur les super-héros qui fait couler beaucoup d'encre en ce moment sur la question épineuse de la censure dans le jeu vidéo. Les premiers let's play ayant commencé cette semaine, il ne fallut pas longtemps aux joueurs pour se rendre compte qu'une option de censure était disponible sur les versions concurrentes, mais que cette censure était tout simplement imposée pour les versions Nintendo Switch et Nintendo Switch 2, et ce malgré la présence de la classification PEGI18 nous concernant.
D'après ce que l'on a pu voir passer ces dernières heures sur les réseaux, les joueurs pointent un manque de transparence de la part des développeurs (notamment pour les précommandes). et d'autres auraient même demandé des remboursements de leur version censurée via le support Nintendo.

L'incompréhension est d'autant plus grande étant donné que l'eShop est une véritable passoire qui laisse passer nombre de jeu avec des seins et autres joyeusetés bien apparentes sur des jeux non estampillés PEGI18 accessibles à tous, et on ne parle pas non plus des jeux mobiles honteux, voire des plagiats pur et durs d'autres jeux mobiles portés à toute hâte sur la plateforme eShop avec des bugs apparaissant dès les premières minutes de jeu. Et pourquoi une telle censure alors que des jeux comme Cyberpunk 2077 ou The Witcher 3 sont déjà sortis sur Switch avec du contenu adulte non impacté par la censure ? Chacun y est allé de sa théorie, celle revenant le plus étant que le développeur avait sorti une version unique pour l'ensemble des catalogues eShop, et que c'est la classification japonaise (CERO) qui censurait le plus).
Devant la gêne occasionnée pour l'image du jeu et du développeur, AdHoc Studio a publié une déclaration officielle sur reddit pour expliquer la situation. Voici les points essentiels à retenir :
- Le jeu n’a pas rencontré les critères de contenu que Nintendo exige pour la publication sur ses plateformes.
- Pour pouvoir sortir sur Switch/Switch 2, ils ont réalisé des modifications afin que le jeu soit « conforme aux critères nécessaires ».
- Ils reconnaissent une erreur de communication autour de l’avertissement sur la page du magasin - il n’était pas assez visible (pas dans la bonne section).
- Le studio travaille avec Nintendo sur une voie d’amélioration pour réintégrer au moins une partie du contenu censuré via une mise à jour ultérieure.
- Ce travail peut prendre des semaines, du fait du temps de développement et du processus de validation des versions.
Nous vous laissons ci-dessous le communiqué entier, où le studio admet (ce qui est rare), un vrai loupé de leur part concernant le moyen de signaler la censure de leur titre :
Bon, parlons de la sortie sur Switch.
Nous sommes restés discrets ces derniers jours, non pas parce que nous ne voulions pas aborder le sujet, mais parce que nous cherchions à être de bons partenaires avec Nintendo. Ils ont publié leur propre déclaration à ce sujet :
« Nintendo exige que tous les jeux présents sur ses plateformes obtiennent une classification auprès d’organismes indépendants et respectent nos directives établies en matière de contenu et de plateforme. Bien que nous informions nos partenaires lorsque leurs titres ne respectent pas nos directives, Nintendo ne modifie pas le contenu des partenaires. Nous ne commentons pas non plus le contenu spécifique ni les critères utilisés pour prendre ces décisions. »
Comme Nintendo l’indique, tout jeu destiné à être publié sur une plateforme Nintendo doit « respecter [les] directives établies de Nintendo en matière de contenu et de plateforme ». C’est le point clé. Nintendo a des règles de contenu. Notre jeu ne les respectait pas, nous avons donc apporté des modifications afin de pouvoir le publier sur leur plateforme. C’est tout simplement ce qui s’est passé. Honnêtement, nous pensions que cela serait évident, puisque nous sommes les développeurs qui ont sorti la version entièrement non censurée du jeu sur les autres plateformes.
Nous avons d’abord supposé, comme certains d’entre vous, que puisque des jeux comme The Witcher 3 et Cyberpunk sont disponibles sur la plateforme avec des contenus matures non censurés similaires, Dispatch pourrait faire de même. Mais au cours du processus de portage, il est apparu clairement que ce ne serait pas le cas. Nous avons donc demandé à inclure un avertissement sur la page de la boutique afin d’informer les clients que le contenu serait différent de celui des autres plateformes. Nous avons travaillé avec Nintendo pour faire approuver le texte affiché sur la boutique.
Là où nous devons totalement assumer notre responsabilité, c’est sur l’emplacement de cet avertissement. Encore une fois, notre intention était clairement d’informer les acheteurs potentiels que le contenu avait été censuré. Même si nous n’avions pas un contrôle total sur la formulation, nous avions bien la main sur son emplacement. Une mauvaise communication interne a fait que nous avons placé l’avertissement dans le champ littéralement intitulé « Disclaimer », au lieu de la section « À propos du jeu ». Nous ne nous en sommes pas rendu compte avant le lancement, lorsque nous avons vu des joueurs dire que nous aurions dû signaler les changements sur la page de la boutique. En vérifiant, nous avons constaté que l’information y était bien… mais au pire endroit possible, donnant l’impression que nous essayions de la dissimuler.
C’est une erreur entièrement de notre fait, à 100 %. Elle a été corrigée sur les boutiques des Amériques quelques heures après le lancement afin de lui donner plus de visibilité. Nous avons également ajouté un avertissement avant l’achat. Au moment où nous écrivons ces lignes, les autres régions ont soit déjà publié cette modification, soit sont en cours de validation.
Et maintenant ?
Nous travaillons déjà avec Nintendo sur une voie à suivre. Même si nous ne pouvons pas encore faire de promesses précises, nous sommes confiants dans notre capacité à proposer une mise à jour qui rétablira au moins une partie du contenu censuré. Pour être clair d’emblée : entre le temps de développement et le processus de validation sur console, il est question de semaines, pas de jours.
À nos fans qui attendaient avec impatience de jouer à la version non censurée sur Switch, nous présentons nos sincères excuses. Vous avez le droit d’être en colère. Nous avons tiré beaucoup de leçons de cette situation. Merci de rester à nos côtés. Plus d’informations très bientôt.
Chose rare comme il a été souligné plus tôt dans le communiqué, Nintendo s'est également fendu d'un communiqué via GoNintendo sur cette histoire de censure du jeu Dispatch, qui soulève davantage d'ambiguïté qu'il ne répond aux questions et à la grogne des joueurs.
Nintendo exige que tous les jeux sur ses plateformes reçoivent une classification par des organisations indépendantes et respectent nos lignes directrices de contenu et de plateforme. Lorsque des titres ne répondent pas à ces lignes directrices, nous informons nos partenaires. Nintendo ne modifie pas le contenu des jeux de ses partenaires, et nous ne discutons pas du contenu spécifique ou des critères utilisés pour ces décisions.
Il est d'ailleurs amusant de remarquer que la plupart des éléments pointés du doigts par la censure mettent en avant le personnage de Invisigal ou un certain rêve érotique, quand la première chose censurée que l'on voit apparaître à l'écran est le gros argument pénien du méchant Toxique. Mais le fait de ne pas voir une protubérance fluorescente à l'écran ne semblait pas être le combat principal de nos défenseurs de la liberté.

En tout cas, pour en avoir récemment discuté avec des membres de l'équipe, je ne suis pas particulièrement fan des univers de Super Héros, je me suis laissé convaincre de prendre la version Switch 2 de Dispatch avant d'apprendre cette histoire de censure, et le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai agréablement été surpris par mon début d'aventure, la qualité des doublages, et ces magnifiques rectangles noirs qui virevoltaient à l'écran lors du combat contre Toxique. Une chose est sûre, si l'on devait résumer cette histoire autour de la censure de Dispatch en une image, il y en a une bien adéquate.


