Nintendo Switch

Muchi Muchi Pork! & PinkSweets Boosted

Test Switch

Muchi Muchi Pork! & PinkSweets Boosted

Par Thatgunman - Il y a 3 heures

À ce rythme, la Switch va finir par s’imposer comme la machine de référence pour les shmups. Son format portable, qui permet notamment de jouer en mode Tate en orientant l’écran à la verticale, se marie à merveille avec le genre. Ajoutez à cela une ludothèque qui ne cesse de s’étoffer et le succès commercial de la console, et vous obtenez un terrain de jeu idéal pour les amateurs de boulettes. Les éditeurs auraient donc tort de se priver d’un tel support. Aujourd’hui, c’est au tour de deux grands classiques du catalogue Cave de débarquer sur la machine : Muchi Muchi Pork! et Pink Sweets, qui fait ici ses tout premiers pas en Occident.

La Switch récupère les meubles

Croyez-le ou non, mais il fut un temps où les machines de Microsoft, et plus particulièrement la Xbox 360, bénéficiaient d’un traitement de faveur pour les shoot ’em up japonais. Entre les productions de Milestone, Senko no Ronde, Raiden ou encore Otomedius, les possesseurs de la console avaient de quoi se réjouir. Parmi les grands noms du genre présents sur la machine figurait évidemment Cave, qui s’est employé à y porter plusieurs de ses plus grands succès. Une aubaine pour les amateurs, d’autant que ces versions Xbox 360 sont longtemps restées les seules à être disponibles sur consoles de salon. Une petite décennie plus tard, la Switch a pris le relais. Dodonpachi Daioujou, Espgaluda II et Mushihimesama ont ainsi rejoint le catalogue de l’hybride de Nintendo. Particularité intéressante : ces portages reprennent les versions Xbox 360, avec leurs options et leurs bonus. De quoi retrouver ces classiques sans faire l’impasse sur les ajouts de leurs précédentes éditions.

Il ne manquait finalement plus que Ketsui, qui avait déjà bénéficié d’un portage signé M2 sur PlayStation 4, Guwange, et surtout Muchi Muchi Pork! et Pink Sweets. Réunis au sein d’une même compilation, ces deux titres partagent pourtant assez peu de choses, au-delà de leur appartenance au genre du manic shooter et de la présence de Kenichi Takano à la production. Leurs directions artistiques sont radicalement différentes, tout comme leurs mécaniques de jeu. Le choix de compiler ces deux jeux est d’autant plus étonnant que Pink Sweets n’est autre que la suite d’Ibara, un autre shoot ’em up de Cave. Leur principal point commun se trouve finalement derrière les lignes de code : Shinobu Yagawa, ancien de Raizing, où il avait notamment travaillé sur des titres emblématiques comme Battle Garegga et Cyber Police Batrider. Sur Pink Sweets et Muchi Muchi Pork!, le programmeur a joué un rôle déterminant dans la conception du gameplay, avec une implication qui se ressent dans les particularités de chacun des jeux.



L’escalade militaire par la charcuterie

M’enfin, passons sur cet étonnant mélange des genres. Comme plusieurs des précédentes ressorties des jeux Cave sur Switch, cette compilation reprend pour base la version Xbox 360. Déjà particulièrement généreuse en options à sa sortie, elle n’avait guère besoin de plus pour convaincre, et l’on ne va certainement pas se plaindre de retrouver le travail accompli à l’époque. Petit bémol : cette compilation, autrefois réservée au marché japonais, a bien été traduite en anglais, mais pas intégralement. L’écran de sélection des jeux, notamment, reste en japonais. Allez comprendre.

On peut donc choisir entre les deux titres, chacun décliné en plusieurs versions correspondant aux différentes révisions parues au fil du temps. Commençons par Muchi Muchi Pork!, qui surfe sur la vague des Cute ’em Up avec une direction artistique à mille lieues des habitudes de Cave. Il faut dire qu’à cette époque, le studio multipliait les expérimentations, quitte à s’aventurer dans des territoires assez éloignés de ses productions habituelles. Ici, on incarne Momo, Ikuo et Rafute, trois jeunes femmes transformées en créatures mi-humaines, mi-cochons par le général Porkfillet. Furieux de constater que les Terriens commencent à préférer le bœuf au porc, ce dernier décide tout bonnement d’envahir la planète. 

On est donc loin des drames humains auxquels le genre nous a habitués. Le scénario se découvre au fil de petites saynètes entre les niveaux, qui racontent les aventures de nos héroïnes. Enfin, se découvre… Le terme est peut-être un peu fort, puisque ces séquences sont malheureusement restées en japonais. Dommage pour ceux qui auraient aimé suivre les péripéties de ce trio porcin.

Côté gameplay, Muchi Muchi Pork! reprend les fondamentaux de Cave, avec deux types de tir complémentaires. Le premier, rapide, permet de couvrir une large zone, tandis que le second concentre les dégâts au prix d'un déplacement ralenti. Sa particularité tient à son alimentation : ce tir puissant consomme une jauge de lard, que l’on remplit en récupérant les cochons abandonnés par les ennemis. 

À cela s’ajoutent les traditionnels bonus de puissance pour améliorer le tir rapide, ainsi que des smart bombs pour nettoyer l’écran lorsque la situation se complique. Le scoring, lui, repose sur la collecte de médailles lâchées par les ennemis. En les ramassant sans en laisser passer une seule, ou en attendant que l’une d’elles atteigne le bord de l’écran, on entretient une chaîne qui permet d’engranger des points supplémentaires. Un système classique, mais diablement efficace, qui dévoile progressivement ses subtilités à mesure que l’on affine sa compréhension du jeu. De quoi satisfaire aussi bien les amateurs de parties improvisées que les obsédés du score prêts à recommencer un niveau pour une médaille oubliée.

L’épine dans le bouquet (ou l'inverse)

On retrouve un système de scoring assez proche dans le second jeu de la compilation, Pink Sweets: Ibara Sorekara. Suite d’Ibara, il nous met cette fois aux commandes des antagonistes du premier opus, bien décidées à sauver leur mère, Teresa Rose, des griffes de Big Burn. Aux commandes de la direction artistique, on retrouve Tomoyuki Kotani, déjà connu pour son excellent travail sur Mushihimesama. Il reprend ici les grandes lignes visuelles du premier Ibara, avec un mélange improbable d’armements futuristes et de biplans tout droit sortis du milieu du XXe siècle, le tout dans un festival de couleurs particulièrement agréable à l’œil. Mais si Pink Sweets reprend certains éléments de son prédécesseur, il n’en demeure pas moins un jeu à part entière.

Exit notamment le système de bombes hérité de Battle Garegga : place au Rose Cracker, une mécanique qui rappelle davantage les bombes de Recca, auquel Shinobu Yagawa a également participé. Le principe est assez particulier : tant que l’on ne tire pas, on charge progressivement une sorte de bouclier autour de son vaisseau. Une fois celui-ci pleinement chargé, on peut encaisser certains projectiles grâce à cette protection. Mais si l’on décide de faire feu, le bouclier se transforme en une attaque surpuissante, dont les effets varient selon le personnage choisi. Il faut donc constamment arbitrer entre attaque et défense, d’autant que cette protection ne fonctionne pas contre tous les types de projectiles. Autant dire qu’il ne suffit pas de rester tranquillement dans son coin en attendant que ça passe : même avec un bouclier, les ennemis ne vous laisseront aucun répit.

À ces mécaniques s’ajoutent plusieurs possibilités de personnalisation. On peut ajuster la vitesse de déplacement de son vaisseau, mais aussi améliorer la puissance, la cadence et la portée de ses tirs en récupérant les bonus correspondants. Enfin, deux Rose Hips peuvent venir épauler notre appareil. Ces satellites peuvent adopter différentes formations, chacune offrant des effets distincts.

Reste que, malgré les qualités indéniables de cette compilation, un regret subsiste : l’absence du premier Ibara. Si son omission sur Xbox 360 pouvait se comprendre, le jeu ayant déjà bénéficié d’une sortie sur console quelques années auparavant, la situation est un peu différente en 2026. La version PlayStation 2 demeure en effet la seule adaptation console du titre, et se la procurer relève désormais du parcours du combattant. Sa présence aux côtés de Pink Sweets aurait donc été particulièrement bienvenue. On ne va pas bouder notre plaisir pour autant, mais quitte à exhumer les classiques de Cave, autant aller jusqu’au bout !

À quelques pixels du sans-faute

Voilà pour les présentations. Avec leurs mécaniques touffues et leur difficulté particulièrement relevée, Muchi Muchi Pork! et Pink Sweets ont largement de quoi occuper les amateurs pendant des dizaines d’heures, surtout s’ils comptent se lancer dans la chasse au meilleur score. À une époque où le shmup ne séduisait déjà plus qu’un public de passionnés, Cave et quelques autres développeurs continuaient de prendre des risques en bousculant une formule pourtant bien établie. Systèmes de scoring complexes, mécanismes de rank ajustant la difficulté en temps réel, ou encore possibilités de détruire séparément les différentes parties d’un boss : tout était bon pour pousser la technicité toujours plus loin. Cette dernière mécanique, par exemple, permet de prolonger un affrontement en s’attaquant méthodiquement aux différentes parties d’un adversaire. Le combat devient alors plus long et plus périlleux, mais les récompenses sont à la hauteur des risques pris.

Graphiquement, les deux jeux ont plutôt bien vieilli. On baigne encore dans cette époque de la 3D précalculée, qui confère aux productions Cave un charme bien particulier, même si les réfractaires au pixel risquent de grimacer. Heureusement, une option de lissage, activée par défaut, vient adoucir tout ça. Elle n’est pas parfaite, mais devrait éviter à certains une crise d’urticaire devant les gros pixels. Pour le reste, la compilation reprend l’essentiel des options déjà disponibles sur les versions Xbox 360 d’origine. Pas de mauvaise surprise de ce côté-là.

Une petite nouveauté mérite toutefois d’être signalée : l’ajout d’overlays inspirés de ceux développés par Olifante, baf et Phil Piwonka pour MAME. Ils permettent notamment d’afficher certaines informations sur les côtés de l’écran, comme les points de vie des boss. Un ajout qui peut sembler anecdotique, mais qui se révèle bien pratique pour les débutants, histoire de mieux comprendre ce qui se passe à l’écran sans devoir tout deviner au milieu des boulettes.

Autre nouveauté, une bande-son entièrement réarrangée, confiée à un casting plutôt bien choisi. On retrouve notamment Daisuke Matsumoto, compositeur sur les deux jeux d’origine, Yosuke Yasui, à qui l’on doit les musiques de Ginga Force et Natsuki Chronicles, ainsi que Sean Bialo, que l’on a pu entendre récemment sur Denshattack!. Et le résultat est franchement convaincant. Les remixes ne donnent pas l’impression d’avoir été expédiés à la va-vite : le travail est soigné, les arrangements ont du caractère et l’ensemble respecte suffisamment les compositions originales pour leur donner une seconde jeunesse. De quoi lorgner sérieusement sur le CD inclus dans l’édition collector.

Après les inquiétudes suscitées par DoDonPachi Resurrection Reignite quant à la qualité des portages des jeux Cave sur du matériel moderne, on pouvait légitimement se montrer prudent. Heureusement, cette compilation s’en sort plutôt bien, avec un input lag tout à fait acceptable. Tout n’est cependant pas rose, à commencer par les réglages d’affichage. À première vue, les options semblent généreuses : on peut ajuster librement la position et la taille de l’image. Le problème, c’est qu’on finit par s’y perdre. Des préréglages tout simples, avec un affichage pixel perfect ou un remplissage vertical, auraient largement suffi. À la place, il faut tâtonner pour trouver soi-même le réglage idéal. Et comme aucune option d’interpolation ou de filtrage bilinéaire n’est proposée, il faut choisir entre conserver la résolution d’origine et subir les scintillements dès que l’on cherche à agrandir l’image. Pas franchement pratique.

L’autre point noir concerne les ralentissements, avec des choix de développement pour le moins curieux. En mode Arranged, ils disparaissent complètement. Sur le papier, c’est plutôt une bonne nouvelle. Sauf que ces ralentissements font aussi partie de l’équilibrage des jeux : habitué à voir les boulettes défiler au ralenti dans les passages les plus chargés, on se retrouve ici à devoir revoir ses réflexes. Sans ces précieuses respirations, certaines séquences deviennent nettement plus difficiles à négocier. Ce n’est donc pas simplement une question de confort, mais bien une modification qui change la manière d’aborder les parties.

Plus étrange encore, les ralentissements semblent davantage accentués dans les versions Arcade que dans les éditions d’origine. Ces problèmes qui rappellent les précédents portages de Cave, notamment la compilation Deathsmiles, qui supprimait ces ralentissements, ou encore Akai Katana, dont les durées de ralentissement avaient été modifiés d’une manière assez déroutante. 

Pour la plupart des joueurs, ces défauts resteront probablement secondaires. Mais si vous comptiez sur cette compilation pour retrouver vos marques, mieux vaut prévoir un petit temps d’adaptation. Entre les différences de ralentissement et les réflexes à réapprendre, il faudra peut-être reprendre ses habitudes depuis le début. 

8
Avec Muchi Muchi Pork! et Pink Sweets, Cave nous rappelle qu’il n’a jamais eu peur de bousculer les codes du shmup, quitte à donner naissance à deux titres aussi exigeants qu’atypiques. Cette compilation généreuse, enrichie d’une bande-son remaniée et de quelques ajouts bienvenus, constitue une excellente occasion de découvrir ces classiques, malgré des réglages d’affichage perfectibles et des ralentissements parfois capricieux. Dommage que le premier Ibara manque à l’appel, mais les amateurs de boulettes se régaleront sur cette compilation.

Points positifs

  • Deux shmups atypiques et exigeants
  • Deux directions artistiques colorées et originales
  • Le portage reprend toutes les options et bonus de la version Xbox 360
  • L'ajout des overlays affichant entre autres les points de vie des boss
  • Les nouveaux arrangements sont particulièrement soignés

Points négatifs

  • L’absence du premier Ibara, qui aurait complété idéalement la compilation
  • Une traduction anglaise incomplète, avec certains éléments restant en japonais
  • Les réglages d’affichage sont peu intuitifs et inutilement complexes
  • Des ralentissements différents de ceux des versions originales, qui bouleversent l'équilibre

Thatgunman

For great justice
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