Nintendo Switch 2

The Witch's Bakery

Test Switch 2

The Witch's Bakery

Par Thatgunman - Il y a 10 heures

Développé par le studio indépendant parisien Sunny Lab Games, The Witch’s Bakery reprend les codes du cozy game en mêlant tranche de vie et boulangerie-pâtisserie. Avec son style visuel qui laisse apparaître les coups de crayon et fait la part belle aux couleurs chaleureuses, le titre a de quoi taper dans l’œil. Reste à voir si l’ensemble tient la route.

La sorcière met la main à la pâte

Dans The Witch’s Bakery, on incarne Lunne, une sorcière originaire de Gironde qui a décidé de s’installer à Paris pour y ouvrir sa propre boulangerie. Sur place, elle fera la rencontre de tout un tas de personnages qu’elle ne tardera pas à aider et avec lesquels elle pourra nouer des amitiés. Le jeu s’articule autour d’un calendrier qui nous permet de suivre le quotidien parisien de notre héroïne, jour après jour. Chaque journée commence par l’ouverture de la boulangerie, qu’il faudra faire tourner jusqu’au soir.

Seulement, pas de bol, le personnel manque cruellement à l’appel, et Lunne ne pourra compter dans un premier temps que sur elle-même. Il faut donc jongler entre la confection des pâtes, le service et le nettoyage. Heureusement, Lunne est une sorcière, et elle peut compter sur un compagnon plutôt serviable. Grâce à ses pouvoirs magiques et à l’aide de son compagnon Orio, plus besoin de se lever à 4 h du matin pour préparer la pâte feuilletée ou de surveiller les temps de pousse : tout se règle en un clin d’œil. Il suffit de confectionner l’un des deux types de pâtes disponibles pour que notre partenaire se charge aussitôt de les transformer en pains ou en viennoiseries.

On a certes quelques coups de pouce pour mener notre affaire, mais la tâche n’en reste pas moins ardue. Rien que le service mériterait tout un poème. Le principe est pourtant simple : il suffit de récupérer les produits indiqués dans les bulles au-dessus des clients avant de les leur apporter, le tout dans un temps limité. Oui, mais voilà : entre les indécis qui changent de commande au moment précis où l’on s’apprête à les servir, ceux qui exigent de recevoir tous leurs produits en une seule fois et les impatients dont la jauge de patience fond bien plus vite que celle de leurs voisins, la situation peut rapidement virer au grand n’importe quoi.

Surtout que de notre côté, ce n’est pas franchement la fête non plus. On contrôle directement les déplacements de Lunne et, Paris oblige, les locaux sont plutôt exigus. Les produits se retrouvent donc concentrés sur une surface réduite, ce qui entraîne quelques erreurs de sélection. Et la vitesse de déplacement de Lunne devient un sacré handicap face au rythme de travail : elle peut certes accélérer le pas, mais ses déplacements restent assez lents. 

Métro, boulot, dodo, pétrissage

Au fond, ces petits accrochages ne sont pas si gênants que ça. D’une part, on reçoit assez rapidement du renfort au cours de l’aventure. D’autre part, l’échec est finalement peu sanctionné, puisqu’il se traduit par un simple malus sur la fiche de paie. Non, ce qui prête surtout à sourire, c’est le décalage entre l’étiquette cozy du jeu et ce type de gameplay. À l’image de Stardew Valley, qui se voulait une ode à la déconnexion du rythme effréné de la vie urbaine avant de se transformer en hymne au taylorisme, enfermant le joueur dans un enfer capitaliste à peine différent de celui qu’il était censé fuir, The Witch’s Bakery est traversé par le même genre de contradiction.

Sauf que, cette fois-ci, le choix semble bel et bien assumé. Car en plus de devoir gérer son emploi du temps, certes de manière assez superficielle, il faudra surveiller de près la jauge d’énergie de Lunne, qui se vide à une vitesse effarante.

De la tenue de la boulangerie à la simple lecture d’un livre, toutes les activités piocheront dans votre jauge d’énergie. Pour récupérer, il faudra compter sur la régénération automatique chaque nuit ou consacrer son temps libre à une pause sur un banc ou dans un café. Il reste aussi la possibilité de consommer certains objets, qui ont l’avantage de ne pas grignoter notre précieux temps, mais dont le prix est relativement élevé. Et si la jauge d’énergie tombe à zéro, c’est la journée entière qui passe à la trappe, le temps que Lunne récupère.

La nuit nous donne également accès à quelques activités supplémentaires. On peut notamment lire des livres pour améliorer ses compétences ou s’entraîner à confectionner certains produits, histoire d’en accélérer la fabrication en journée et d’en augmenter le prix de vente. Des activités qui viennent elles aussi grignoter notre jauge d’énergie, mais qui permettent de se simplifier la vie une fois la boulangerie ouverte.

Sacré pétrin que la vie de sorcière

Tout l’enjeu consiste donc à optimiser son emploi du temps, en jonglant entre repos, activités annexes et relations sociales. Car Lunne a beau avoir du pain sur la planche, elle n’en reste pas moins une âme charitable. Elle ne tardera pas à nouer des amitiés avec les habitants du quartier, qu’elle pourra accessoirement aider grâce à ses pouvoirs. Dotée d’une perception qui dépasse celle du commun des mortels, notre sorcière est capable de voir certaines choses qui échappent aux autres, à commencer par les « Regrets », des manifestations physiques des remords et des tourments d’une personne. Plus le sentiment est puissant, plus l’esprit qui le matérialise est imposant.

Pour venir à bout de ces problèmes, Lunne peut pénétrer dans le « Palais du Cœur » des personnes concernées, un espace qui matérialise leurs pensées, leurs peurs et leurs sentiments. En s’y aventurant, elle peut ainsi mettre le doigt sur ce qui les ronge et glaner de précieux indices pour mieux comprendre leur situation dans le monde réel. À force de faire des allers-retours entre les deux univers, on finit par démêler les fils de leurs tourments et faire disparaître le « Regret ».

On commence doucement avec des histoires de mal-être au travail, avant de s’enfoncer dans des sujets un peu plus délicats comme le deuil. Heureusement, ces récits connaissent tous une conclusion plutôt positive, et le jeu évite soigneusement les représentations graphiques susceptibles de heurter les sensibilités. Classé PEGI 12, The Witch’s Bakery prend d’ailleurs soin de présenter, dès le lancement d’une nouvelle partie, les différents thèmes susceptibles de mettre certains joueurs mal à l’aise. Les précautions sont donc prises pour éviter les faux pas.

Cela n’empêche pas les histoires racontées de se révéler intéressantes, et l’on prend plaisir à suivre les aventures de Lunne, grâce à un savant dosage entre humour, tranches de vie et mélodrame. Tout ce petit monde évolue dans les rues de Paris, malheureusement assujetties à quelques baisses de framerate, où plusieurs activités nous attendent : prendre un café, visiter un musée ou encore assister à un concert. De nombreuses boutiques sont également accessibles pour personnaliser notre boulangerie, acheter des livres ou dénicher des cadeaux à offrir aux personnages afin de resserrer nos liens avec eux.

Toutes ces possibilités se débloquent progressivement, mais on peut finir par se sentir un peu dépassé face à la quantité d’activités proposées et à cette satanée jauge d’énergie qui dégringole décidément trop vite. D’un autre côté, cette contrainte a le mérite de nous empêcher de remplir l’emploi du temps de Lunne comme celui d’un ministre. Rappelons tout de même que notre sorcière se tape déjà des journées de 9 h à 18 h, six jours sur sept. Il faudrait voir à ne pas lui imposer des heures supplémentaires en prime.

Visuellement, le jeu mise sur un style dessiné à la main et des couleurs particulièrement vives. Les développeurs ne cachent d’ailleurs pas leurs inspirations, que ce soit dans leur communication autour du titre ou à travers quelques références disséminées dans les décors. Difficile de ne pas penser aux studios Ghibli, dont l’influence semble avoir marqué toute l’équipe. Pour autant, The Witch’s Bakery ne cherche pas à en reproduire servilement les recettes. Que ce soit dans sa bande-son, son univers ou sa direction artistique, le jeu laisse transparaître cet héritage sans jamais donner l’impression de n’être qu’une pâle copie. 

7
Agréable, c’est sans doute le terme qui convient le mieux à The Witch’s Bakery. On passe un bon moment à suivre le train-train quotidien de Lunne, à profiter du scénario et à s’attacher aux personnages entre deux séances de pétrissage. Le rythme se révèle certes plutôt tranquille, même si quelques pointes de tension viennent pimenter les journées. Malgré ses petits défauts, le jeu parvient à nous happer suffisamment pour qu’on ne voie pas le temps passer. Et c’est une belle réussite.

Points positifs

  • Une direction artistique chaleureuse
  • Une aventure agréable et prenante
  • Enormément d'activités à tester
  • Les personnages sont attachants

Points négatifs

  • Les déplacements de Lunne peu précis et trop lents

Thatgunman

For great justice
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