Le filon de la série Science Adventure, et plus particulièrement celui de Steins;Gate, semble inépuisable. Après de multiples adaptations en manga et en anime, un spin-off façon comédie romantique, un autre reprenant les codes visuels des jeux PC des années 80, encore un autre explorant des histoires alternatives, un prequel ainsi qu’un premier « remake » sorti en 2019, c’est cette fois-ci une nouvelle version de Steins;Gate qui débarque sur Nintendo Switch 2. Alors qu’une suite est en chantier chez MAGES, cette manière de redécouvrir une histoire bien connue est-elle la meilleure ?
Le passé recomposé
Visual novel originellement développé pour la seule Xbox 360 au Japon, Steins;Gate est désormais un jeu bien connu du grand public. En Occident, c’est d’ailleurs par son intermédiaire que la série Science Adventure a fait ses premiers pas, Chaos;Head n’ayant été localisé chez nous que bien plus tard.
Il est donc tout à fait compréhensible que ce jeu concentre une bonne partie de l’attention de MAGES, son développeur. Mais après la sortie de Steins;Gate Elite, un premier remake qui reprenait les visuels de l’adaptation animée, on est en droit de se demander ce que cette nouvelle version entend apporter à l’œuvre originale.
Mais reprenons depuis le début. STEINS;GATE RE:BOOT nous met dans la peau de Rintaro Okabe, environ un an après les événements de Chaos;Head, dans le quartier d’Akihabara, en 2010. Notre héros y tient une sorte de laboratoire qui lui sert à concevoir des inventions à l’intérêt pour le moins discutable. Accompagné de son amie d’enfance Mayuri, il se rend à une conférence consacrée au voyage temporel. Seulement, après quelques événements pour le moins étranges, il découvre le cadavre d’une jeune fille nommée Marisa Kurisu. Après avoir quitté les lieux en panique, il découvre non seulement que cette dernière est toujours en vie, mais aussi qu’une partie de ses souvenirs ne correspond pas aux témoignages de ses amis.
À côté de ça, il va également découvrir que sa dernière invention, un four à micro-ondes que l’on peut déclencher par téléphone, semble dotée d’une fonctionnalité permettant à tout objet placé à l’intérieur de retrouver son état antérieur. De fil en aiguille, Okabe va ainsi se retrouver à enquêter sur les voyages temporels, mais aussi sur une organisation qui aurait mis la main sur cette technologie dans le futur.
Aussi compliqué que passionnant
Comme toujours, résumer le scénario d’un jeu de la série Science Adventure est un exercice extrêmement périlleux, tant il est riche et dense. Autant vous dire qu’au cours de la trentaine d'heures nécessaire pour terminer la route la plus courte, vous allez crouler sous les informations. De toute manière, les qualités du scénario ne sont plus à démontrer, et cette version RE:BOOT semble reprendre une bonne partie des dialogues originaux. Pourquoi s’embêter à changer ce qui fonctionnait déjà ?
Le style est certes lourd, très lourd. Pas tant dans l’écriture des dialogues que dans tout ce qui gravite autour. Chaos;Head, Robotics;Notes, Anonymous;Code : autant de jeux qui se dotent d’un glossaire tant leur texte regorge de termes techniques. Ici, attendez-vous à devenir incollable sur des principes physiques plutôt avancés. Rien de bien dramatique, puisque tout est résumé et que l’on n’a pas à se coltiner les démonstrations ou les calculs. Mais pour bien comprendre de quoi l’on parle, il faudra passer par le glossaire disponible en jeu. Même pour les notions qui nous semblent familières, un petit détour par ce dernier reste une bonne idée. Le jeu fait par exemple référence à des événements ou à des entités que le joueur connaît déjà, mais le fait que l’histoire se déroule dans un Japon alternatif des années 2010 impose de rester vigilant face aux petites dissonances qui peuvent se glisser entre notre réalité et celle du jeu.
Qui plus est, les textes en anglais ne nous facilitent pas vraiment la tâche. On aurait pu espérer que cette nouvelle ressortie soit l’occasion de localiser le jeu en français, mais il faut croire que le succès d’estime de la licence en Occident ne suffit pas à justifier une telle dépense. Si l’on ajoute à cela une durée de vie qui peut facilement avoisiner les 40 heures en fonction des routes, et toutes les digressions que se permet le jeu, il y a de quoi décourager quiconque n’est pas spécialement enthousiaste à l’idée de se coltiner la théorie de la relativité en rentrant du boulot.
Mais malgré tout cela, les pièces du puzzle s’assemblent très bien, et l’on prend un sacré plaisir à démêler le complot et à découvrir les explications derrière tous les phénomènes étranges auxquels on a été confronté pendant l’aventure.
Le lifting était-il nécessaire ?
Vu le peu d’interactions proposées en jeu, il est normal que la plupart des points soulevés concernent la narration. On a tout de même accès au téléphone d’Okabe, qui permet de recevoir et d’envoyer des messages. Les quelques choix qui nous sont proposés concernent les messages ou les réponses que l’on envoie aux différents personnages, mais aussi la décision de répondre ou non à leurs appels. Et c’est tout. Franchement, si ce parti pris risque de dérouter une partie du public occidental, peu habitué à une telle absence d’interactions, il fonctionne plutôt bien une fois la partie lancée. Le scénario progresse à un rythme soutenu, jusqu’à franchement s’emballer dans sa seconde moitié.
Et puis, il y a eu une sacrée refonte visuelle pour rendre les dialogues un peu plus agréables à suivre. Si la version Elite avait gommé certains traits du style graphique de Huke, également à l’œuvre sur la série Metal Gear, cette version RE:BOOT renoue avec l’identité visuelle du jeu original, tout en profitant de quelques avancées techniques.
On retrouve donc Huke au design, mais plutôt que de reprendre les sprites traditionnels du jeu d’origine, Steins;Gate RE:BOOT utilise cette fois-ci le système E-Mote, développé par M2. C’est une première pour la série, mais aussi une technologie qui semble susciter un vif intérêt chez MAGES. Concrètement, ce système permet aux sprites en 2D de bouger et de se déformer pour reproduire des mouvements, le tout en mobilisant un minimum de travail et de ressources pour un résultat très convaincant et des animations plus variées qu'à l'accoutumée. Cette technologie n’a rien de nouveau, loin de là, mais elle fonctionne très bien et permet de donner un peu plus de peps au jeu.
Les décors ont également été retravaillés, tout comme le HUD. Avec toutes ces modifications cumulées, on en arrive presque à avoir l’impression de découvrir un jeu tout neuf… alors que, sur le fond, peu de choses ont changé. On trouve bien quelques nouveautés, comme l’arc scénaristique supplémentaire reprenant l’intrigue de Steins;Gate: Hyde of the Dark Dimension, une nouvelle route, ou encore une scène post-crédits inédite plutôt intéressante. Mais dans les faits, 90 % du jeu reste similaire. Pire encore, le script utilisé comme base est celui de la version Elite, qui avait opéré des coupes drastiques dans le scénario original. Résultat, une bonne partie des chapitres 5 et 7 passe une nouvelle fois à la trappe. Ces coupes ne nuisent certes pas outre mesure à la compréhension de l’histoire, mais on a tout de même du mal à saisir l’intérêt de supprimer des pans entiers du jeu pour en ajouter d’autres à la place, surtout lorsque ces nouveautés ne bouleversent pas non plus l’expérience.
Et c’est bien là que le bât blesse. On comprend qu’avec un nouvel opus en développement, MAGES ait tout intérêt à permettre au plus grand nombre de découvrir la licence. Mais à 60 €, et uniquement en anglais, la refonte visuelle fait cher. Au moins, le jeu a la décence de proposer une localisation de qualité, contrairement à Chaos;Head, dont la traduction ne permettait même pas de distinguer les dialogues du reste du texte, faute de guillemets. Cela dit, on se retrouve tout de même face à quelques aberrations, comme ces polices d’écriture compressées lorsque le texte devient un peu trop long pour tenir dans sa boîte de dialogue, ou encore les textes présents dans les CGs qui ne sont pas traduits.

