Il y a des jeux que l’on ne relance plus vraiment. On les respecte encore, on repense à certaines scènes, à certaines musiques, mais on ne les relance pas sérieusement. Red Dead Redemption faisait partie de ceux-là, un classique immense, probablement l’un des jeux les plus importants de toute cette génération de mondes ouverts, mais aussi un jeu que l’on pensait avoir définitivement rangé quelque part entre le souvenir et la nostalgie.
C’est probablement pour ça que cette version Nintendo Switch 2 fonctionne aussi bien. Parce qu’elle ne cherche jamais à vendre une redécouverte artificielle. Elle remet simplement Red Dead Redemption dans des conditions où j’ai enfin eu envie d’y rejouer longtemps.
Test réalisé à partir d'une clé fournie par l'éditeur
Un classique que l’on croyait rangé
Au départ, pourtant, rien de spectaculaire. Une quinzaine d’heures au total, généralement par sessions d’une heure le soir, avec deux longues soirées d’environ trois heures où le jeu a complètement absorbé mon attention. Je relance la première mission, je reprends les contrôles, toujours un peu lourds, toujours très Rockstar dans leur philosophie, puis quelque chose se passe progressivement. Le jeu ne résiste plus, je ne passe plus mon temps à sentir la machine derrière l’expérience, cette fois-ci je joue vraiment.
J'ai cru tester un portage, j'ai refait le jeu.
Parce qu’au bout d’un moment, j’arrête totalement de réfléchir en termes de version technique. Je recommence à penser aux quêtes secondaires, au 100 %, à ce que je veux refaire différemment. Le moment où l’on recroise Dutch remet immédiatement quelque chose en place. Red Dead Redemption retrouve ce qu’il avait toujours su faire mieux que beaucoup d’autres jeux : donner du poids à ses personnages sans constamment surjouer leur importance.
Rockstar contre les open worlds modernes
Et surtout, le jeu retrouve son rythme.
C’est probablement là que le fossé avec beaucoup de mondes ouverts modernes saute le plus aux yeux. Pendant le test, impossible de ne pas penser aux productions Ubisoft, à Ghost of Tsushima ou même à Days Gone et à cette manière qu’ont énormément de jeux récents de refuser le vide, de remplir chaque minute avec une activité, une icône, un événement. Red Dead Redemption, lui, accepte encore de laisser le joueur traverser les plaines de New Austin pendant plusieurs minutes sans autre objectif que d’avancer jusqu’à Armadillo ou Blackwater.
Et cette respiration fonctionne toujours incroyablement bien.
Le plus étrange avec Rockstar aujourd’hui, c’est probablement ça. Plus le studio est devenu immense, plus ses jeux ressemblent à des jeux d’auteur produits avec des moyens absurdes. Red Dead Redemption n’essaie jamais de rentabiliser chaque seconde du joueur. Il accepte encore les silences, les trajets inutiles, les moments où l’on ne fait rien d’autre qu’observer un paysage ou écouter une conversation. Quinze ans plus tard, une partie énorme de l’industrie semble avoir complètement oublié cette idée.
Le passage vers le Mexique reste d’ailleurs une démonstration presque parfaite de cette philosophie. On l’attend. On sait exactement ce qui arrive. On connaît déjà la scène. Et pourtant, quand elle arrive enfin, elle fonctionne encore complètement. Pas parce qu’elle cherche à être spectaculaire à tout prix, mais parce que le jeu prend son temps, laisse respirer la musique, laisse le joueur regarder les paysages défiler avant même de comprendre que la séquence a déjà commencé.
Ce n'est pas la meilleure version technique. C'est la meilleure version tout court.
Ce genre de moment prend une autre ampleur sur Nintendo Switch 2. Un coucher de soleil en HDR. J'ai posé la manette trente secondes. Pas une seule fois, d’ailleurs. Presque chaque soir où la lumière commençait à tomber sur les plaines autour d’Escalera ou dans les zones désertiques de New Austin, le jeu retrouvait quelque chose d’assez fascinant visuellement. Red Dead Redemption reste magnifique dans tout ce qui compte vraiment. Les visages accusent clairement leur âge, parfois brutalement même, mais les paysages, les lumières, les intérieurs faiblement éclairés des saloons ou la poussière qui traverse certaines rues au coucher du soleil tiennent encore remarquablement bien. Le HDR et la stabilité générale du jeu donnent à toute cette ambiance crépusculaire une énorme présence.
Parce qu’au fond, Red Dead Redemption n’avait pas besoin d’être entièrement refait. Il avait surtout besoin d’une version suffisamment confortable pour que j’oublie enfin les textures datées, les visages rigides et certaines animations vieillissantes pour recommencer simplement à habiter son monde. Même les contrôles, pourtant toujours lourds, finissent par participer à cette sensation. La manette Pro Nintendo Switch 2 aide énormément là-dessus. Les gunfights paraissent plus naturels, plus agréables, plus précis, sans jamais transformer le jeu en quelque chose qu’il n’est pas. Et il faut être honnête : oui, le jeu reste vieux dans énormément de choses. La structure devient répétitive, certaines missions reposent encore sur des schémas très datés et en docké, les limites visuelles apparaissent beaucoup plus clairement que sur l’écran de la console. Ceux qui attendent un remake risquent forcément de passer à côté du projet.
L’original, enfin là où il devait être
Ce n'est pas un remake, c'est l'original, enfin là où il devait être.
C’est probablement ce qui rend cette version aussi agréable à jouer aujourd’hui. Elle ne cherche pas à trahir Red Dead Redemption en le modernisant artificiellement. Elle cherche seulement à le rendre confortable, beau et immédiatement accessible sur une machine moderne. Et une fois que j’accepte ça, il devient extrêmement difficile de décrocher.
Même Undead Nightmare, lancé “juste pour voir” pendant environ une heure, suffit à rappeler à quel point Rockstar savait encore construire des extensions avec une vraie personnalité. L’ambiance bascule immédiatement, les rues deviennent inquiétantes et je me retrouve très vite à rester plus longtemps que prévu. En portable à ce prix, le Steam Deck est plus puissant et deux fois plus cher.
Mais la comparaison oublie presque l’essentiel. Ici, tout est simple. Je lance le jeu et l’expérience fonctionne immédiatement comme elle devrait fonctionner. Pas de réglages, pas de compromis permanents, pas de sensation d’optimiser quelque chose.
C’est probablement aussi pour ça que l’idée du 100 % revient aussi vite. Pas pour remplir une checklist. Pour continuer à passer du temps avec John Marston. Quand je sors des missions, Red Dead Redemption devient presque un jeu détente, un endroit où j’accepte encore de perdre du temps.
On pensait relancer un souvenir. J’ai relancé une partie.


