Nintendo Switch 2

OPUS: Prism Peak

Test Switch 2

OPUS: Prism Peak

Par Mayline - Hier à 08:00

Opus : Prism Peak est un jeu d’aventure narratif sorti le 16 avril 2026 sur Nintendo Switch 1 & 2. Il est développé par le studio taïwanais Sigono et édité par Shueisha Games. Près de cinq ans après le dernier épisode, le studio propose dans ce quatrième Opus, une approche qui se distingue à nouveaux des jeux précédents. Nous incarnons un photographe, épuisé par ses déceptions passées, qui se retrouve projeté malgré lui dans un monde mystérieux dont il doit apprendre les codes. À travers l’utilisation d’un appareil photo, et en compagnie d’une jeune fille amnésique, il doit interagir avec l’environnement pour apprendre à regarder vraiment ce qui l’entoure et avancer dans sa quête pour rentrer chez lui. En mêlant exploration, interactions et choix multiples, ce jeu immersif et contemplatif s’apprête à nous dépayser le temps d’une aventure fantastique.

Test réalisé à partir d'une version fournie par l'éditeur.

De l’ombre à la lumière

L’histoire démarre sur les souvenirs de notre personnage principal, Eugène, âgé de 5 ans, apprenant la photographie aux côtés de son grand-père. Ils se baladaient dans la montagne pour prendre des clichés de la faune et de la flore. À l'époque, son grand-père lui disait que pour prendre de belles photos, il fallait y mettre son cœur. Eugène, maintenant plus âgé, nous narre les événements de sa vie. Ses parents se disputaient sans cesse, c’est donc son grand-père qui l’a élevé. En grandissant, les choses ont changé pour lui, sa ville natale a évolué jusqu’à ce qu’il ne s’y sente plus à sa place. Il a décidé de partir en ville et devenir photographe. Après quelques années d’apprentissage, il obtient un poste, tout en nouant de véritables amitiés. Il s’est également marié, cochant les cases d’une vie d’adulte accomplie. Cependant, cette stabilité s’effondre progressivement quand son épouse le quitte. L’entreprise où il travaillait a fermé, faisant s’écrouler pour lui, près de 10 ans de travail. Enfin, le café qu’il a ouvert avec ses amis a fait faillite en quelques années. À 40 ans, il ne se souvient plus de ce qu’il espérait en arrivant en ville. La photographie, autrefois centrale dans sa vie, a perdu sens à ses yeux.

Dans ses récits, des réponses à choix multiples sont proposées pour développer sa pensée. Après avoir vendu son vieil appareil photo, il se met maintenant en route pour assister aux funérailles de son grand-père. À travers le pare-brise de son véhicule, on peut apercevoir la montagne de son enfance, dans un brouillard qui s’épaissit sur la route. Suite à un accident dans un tunnel, il laisse sa voiture endommagée et avance jusqu’à atteindre un endroit sombre et inquiétant, où une jeune fille gît inconsciente au bord d'un étang. Eugène la sauve et prend la fuite avec elle sur son dos, poursuivi par une masse noire menaçante. Après avoir perdu connaissance, Eugène se réveille dans une forêt baignée de lumière et plonge dans ses pensées pour réfléchir aux événements. En avançant, il découvre un panorama somptueux dévoilant une montagne au sommet doré, et dissimulé par des nuages. Il poursuit sa route et retrouve l’enfant, qui lui apprend que la chose qui les a poursuivis s’appelle l’Ombre. Elle ne se souvient de rien d’autre, mais sait qu’elle doit se rendre en haut du mont, où se situe sa maison. Trop faible pour se déplacer, Eugène choisit de ne pas l’abandonner et l’emmène avec lui afin de l’aider.

Sur la route, ils rencontrent un esprit de Sambar tenant un appareil photo, qu’il confie à Eugène. Avant de disparaître, l'animal lui révèle qu'il doit ramener la jeune fille chez elle s’il souhaite lui aussi rentrer. Pour progresser, son appareil photo lui servira d’outil d’observation et d’interprétation du monde. Ce voyage est l’occasion de rencontrer de nombreux esprits prenant la forme d’animaux, qui auront besoin d’aide pour retrouver leurs souvenirs et ne pas disparaître. Les photographies prises par Eugène révèlent le nom des esprits, écrits dans un alphabet inconnu, et les aident à se souvenir d’eux-mêmes. À partir des thématiques environnementales, et des interactions avec eux, il faudra apprendre à les connaître et les comprendre. Tel un guide, la jeune fille qui accompagne Eugène va l’aider à percevoir le monde avec un regard nouveau. En parallèle, cela va mener notre personnage à réfléchir à sa propre vie et aux liens qu’il entretient avec son entourage. L’histoire, à la fois narrative et interactive, plonge le joueur dans une aventure touchante, avec une intensité qui amène à terme, à s’investir émotionnellement. Grâce à la découverte étape par étape de l’histoire et des personnages, les événements qui défilent attisent la curiosité et donnent envie d’atteindre les objectifs de nos personnages principaux.



L’objectif d’une vie

En termes de gameplay, les environnements se présentent comme une aire de jeu interactive, parmi un large choix d'actions dans un espace défini. Le regard d’Eugène se pose d’abord sur les différents éléments environnementaux, avec lesquels il peut interagir une première fois, avant de les figer et les interpréter par la photographie. Les images captées permettent de découvrir des souvenirs, et de mettre en lumière les éléments de vie d’Eugène. Tout au long de l’aventure, cet appareil nous permet de fixer les éléments importants et de les réutiliser en temps voulu. De nombreux détails et options viendront s’ajouter dans le gameplay de la prise de vue photographique. Ainsi, la complexité de cette action augmente jusqu’à prendre en compte plusieurs paramètres. On va être amené à nettoyer l’objectif s’il est trop sale, à faire des mises au points manuellement, à ajuster la vitesse d’obturation ou encore à utiliser des filtres, pour avoir un cliché exploitable. Eugène va retrouver un brasero dans chaque zone du jeu. Ce dernier communique ses demandes sous forme d’énigmes visibles dans les flammes.

Le rituel consiste à photographier les éléments correspondant à ses indications, puis à présenter l’image au centre du brasero, comme s’il s’agissait d’un œil. Chaque réussite permet d’obtenir une récompense qui facilite la progression des personnages. Le brasero permet également de débloquer des collectibles, des cosmétiques, et de développer l’univers du jeu grâce aux récompenses de missions facultatives liées aux totems d’esprits. En parallèle, alimenter la flamme nous donne accès à des kits de nettoyage d’objectif, des pages d’album pour les photographies annexes, ou des filtres supplémentaires, dont l’un est essentiel pour saisir certains secrets environnementaux qui peuvent être manqués autrement. Conjointement, la complétion du carnet de note permet une exploitation plus poussée du monde et de son histoire. Les pensées à propos des esprits rencontrés y sont inscrits, et leur photo ajoutée. On peut y coller des clichés des fresques découvertes sur les murs pour développer la mythologie du jeu, ou remplir la transcription d’un alphabet mystérieux à partir des pierres runiques photographiées dans la nature.

L’affinité avec les esprits et le niveau de compréhension dans le carnet va dépendre des réponses données, des choix effectués et des éléments apportés. Le carnet est à remplir au fur et à mesure de l’aventure pour étayer le lore et avoir une vision plus claire de ce monde mystérieux. Au-delà de la collecte d’informations, l'immersion se fait via l’ambiance, qui se veut parfois tendue et inquiétante. On ressent une certaine pression dans les moments de gameplay où nous sommes pris en chasse par l’ombre, qui nous force à tout abandonner pour avancer. Pour impliquer davantage le joueur, le point de vue d’Eugène change en fonction des situations. Dans les phases d’exploration, le jeu adopte une vue à la troisième personne, propice à la découverte. Lors des séquences d’action, l’image se resserre afin d’en accentuer l’intensité et le sentiment d’urgence. À l’inverse, dans les moments plus personnels, la vue à la première personne renforce le caractère intime de la situation. Nous notons cependant que les déplacements d’Eugène sont parfois lents et maladroits, ce qui nuit à la fluidité de l’exploration dans certaines zones.

De plus, ses pas sont imprécis, et l’amène dans certaines directions involontairement. Ainsi, il lui arrive de traverser des objets ou de manquer des passages étroits vers lesquels le joueur souhaiterait se diriger. Il faut aussi savoir qu’il vaut mieux explorer les zones tant que nous y sommes, car il n’y a pas de retour en arrière une fois que l’on avance d’une partie à l’autre de l’aventure. Au-delà d’être narratif, ce jeu d’aventure favorise l’exploration et l’implication, que cela soit dans les choix, les interactions avec les éléments environnementaux, mais aussi la collecte et la complétion des éléments de jeu. En fonction de nos observations, il est possible de choisir parmi plusieurs réponses pour certains éléments scénaristiques, de dialogue, ou les pensées d’Eugène. Ces choix influent sur la manière dont les esprits nous perçoivent, et mis bout à bout, l’ensemble de ces éléments sont des indices qui tendent vers la compréhension globale de l’histoire et de ses enjeux. Le jeu n’est pas difficile est soi, mais demande de s’appliquer sur chaque détails pour en révéler la richesse.

Regarder pour de vrai

La photographie est le thème prédominant de ce jeu, et permet de créer un lien visuel là où le lien humain s’est perdu. Le jeu nous entraîne dans son histoire avec une aisance certaine, et cela dès la première heure de jeu parmi la dizaine prévue. À travers l’aventure d’Eugène et l’objectif de son appareil photo, nous allons suivre le fil d’une quête introspective, où nous abordons les thèmes du deuil, des regrets liés aux échecs et du lien aux autres, dans une ambiance mélancolique ressentie d’autant plus intensément que l’on avance dans l’histoire. Les souvenirs d’Eugène, révélés au fil de l’aventure, font échos avec les situations vécues dans ce monde, où les esprits d’animaux semblent incarner des personnalités familières. Cette aventure sera pour notre personnage comme une thérapie vers sa reconstruction personnelle. Chaque personnage est attachant et révèle une profonde sensibilité par ses sentiments et événements de vie. On reconnaît en outre une relation pleine de sensibilité entre Eugène et la jeune fille, qui évolue avec le temps et tend vers une complicité forte et touchante. L'enfant est très expressive dans son regard et ses mimiques.

Cela fait contraste avec Eugène, que l’on voit comme une coquille vide au début du jeu, mais qui gagne en profondeur et en émotion à force de s’ouvrir au monde qui l’entoure. L’ambiance et l’émotion sont retranscrites au joueur avec dextérité. Par exemple, certaines bribes d’histoire éphémère liées aux cendres du braséro, sont mises en scène dans une ambiance sombre et mystérieuse, enveloppée d’un son sourd qui s’éloigne et devient de moins en moins perceptible. Les comédiens de doublages font également un travail remarquable, qui, même dans une langue étrangère, contribue à l’atmosphère du jeu et à l’émotion transmise. La traduction française est un avantage, qui permet de suivre le jeu comme un très bon film d’animation, dans une ambiance et une justesse aussi prenante que ce dont sont capables les studios Ghibli. La bande son est vivante et résonne avec les différentes situations du jeu, parfois discrète en exploration et bien plus prenante dans les situations de sensibilité ou d’action. Les visuels du jeu sont soignés, avec des couleurs chatoyantes et caractéristiques, aux visuels contemplatifs. Ils s’adaptent complètement aux différentes ambiances, avec des jeux d’ombre et de lumières, dans des environnements vivants et dynamiques.

Les panoramas sont agréables à la rétine et le nombre de détails environnementaux est conséquent. Cependant, certains défauts techniques viennent entacher l’expérience générale. On remarque certains flous environnementaux et un problème de fluidité dans les mouvements de caméras, qui saccadent à plusieurs reprises dans le jeu. On ressent un réel contraste entre des éléments décoratifs parfois appliqués, et d’autres détails sur lesquels on peut déplorer la qualité, avec de l’aliasing et des textures désastreuses. On note de plus quelques bugs d’affichages qui viennent s’ajouter à l’ensemble. Enfin, il est possible de manquer des souvenirs si les clichés correspondants n’ont pas été réalisés, il faut donc bien prendre le temps de l’exploration, et rechercher les détails environnementaux divers et variés. Cela pousse le joueur à scruter attentivement les zones parcourus, avec un certain impact sur le rythme, mais dont l'effort est récompensé au fur et à mesure du dénouement de l’histoire. La présence de plusieurs fins encourage la rejouabilité, incitant le joueur à compléter le carnet, découvrir les éléments manquants et débloquer tous les secrets du jeu.

7.5
Opus : Prism Peak est un jeu qui allie subtilement narration et exploration. Il réussit à créer une ambiance qui emporte le joueur dans son histoire, grâce à une aventure immersive et où les choix effectués ont un impact sur sa compréhension véritable. Dans un gameplay centré sur la photographie, nous sommes amenés à chercher chaque détail pour comprendre le monde qui nous entoure, dans une émotion qui s’intensifie avec le temps. Nous passons en revue l’ensemble de la vie d’Eugène, de son enfance à sa vie d’adulte, depuis les moments heureux jusqu’aux moments de désillusion, qui ont eu un impact dans sa vie. Le jeu mélange l’aspect vivant des environnements, la beauté des panoramas et les émotions transmises. Il n’est pas exempt de défauts techniques qui impactent l’expérience immersive, notamment en termes de fluidité et de netteté à l’écran, mais il reste un bon titre à découvrir pour les fans du genre qui veulent vivre une belle aventure émotionnelle.

  • L’histoire prenante
  • La bande son excellente
  • La découverte de l’univers étape par étape
  • Des visuels agréables à l'œil…
  • Quelques bugs d’affichage
  • Des soucis de fluidité de caméra
  • Les déplacement parfois lourds d’Eugène
  • … mais qui manquent de soin sur les détails annexes
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