Difficile de ne pas connaître la série des Souls, sauf peut-être si on joue exclusivement sur consoles Nintendo. En effet, à part un remaster de Dark Souls, les joueurs Nintendo n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent en termes de jeux From Software. Mais une partie de l’erreur se voit corrigée avec l’arrivée d’Elden Ring sur Switch 2. Alors, que vaut cette arrivée tardive et vaut-elle le coup ?
Test réalisé sur une version fournie par l'éditeur
Un chef d’oeuvre sans concessions (ou presque)
Dans l’Entre-terre, la paix est un souvenir depuis longtemps oublié. Lorsque le Seigneur Radagon a brisé le Cercle d’Elden, tous les demi-dieux se sont entretués pour le reforger devenir Seigneur d’Elden, et diriger, mais personne n’a gagné. Ou plutôt, tout le monde a perdu. Sur ces terres ravagées par la guerre, les Sans-éclats se réveillent, des êtres au potentiel de devenir eux-mêmes des dieux, s’ils réussissent là où ces derniers ont échoué. C’est là que vous intervenez : vous êtes un Sans-éclat, et par vos exploits, à vous de tout faire pour devenir le Seigneur de ce monde, quitte à le vider de ses habitants d’abord si besoin.
Reprenons du début pour les nouveaux arrivants. Elden Ring est un jeu sorti en 2022 qui a marqué l’industrie par sa qualité et a gagné le titre de jeu de l’année sans difficulté. Premier épisode en monde ouvert de la « série » des Souls, des jeux d’action réputés pour leur exigence de gameplay, il sut mettre beaucoup de joueurs d’accord sur ses grandes qualités, même s’il n’est pas parfait. Son DLC arrivé deux ans plus tard remet le couvert en proposant toujours plus de qualité dans une nouvelle carte immense et remplie de secrets et de boss sanguinaires. Il n’y a pas à tortiller, Elden Ring fait partie de ces jeux marquants dont on parle toujours même des années après leur sortie et est un classique moderne, au même titre que Baldur’s Gate 3 ou Cyberpunk 2077.
Cette édition Switch 2 sur laquelle nous avons eu l'occasion de passer quelques dizaines d'heures (ça passe vite) vient avec non seulement son DLC, mais également quelques bribes de nouveau contenu comme des nouvelles classes de départ qui se révèlent très solides et pourraient bien aider des joueurs novices, ou des ajouts cosmétiques comme des armures d'apparat pour votre destrier Torrent. Mais surtout, c’est une version complète et sans compromis d’Elden Ring : pas de downgrade graphique, pas de contenu retiré, tout juste quelques ralentissements périodiques quand les effets de particules deviennent trop intenses ou les ennemis trop nombreux. C’est carrément impressionnant, et d’autant plus en mode portable.
Retournons en Entre-Terre
Elden Ring est un RPG d’action à la difficulté renommée, mais reste tout de même un des plus accessibles de grande série des Souls. Dans ce jeu, vous allez pouvoir choisir votre approche du combat parmi un sélection immense : chaque type d’arme à ses forces et faiblesses et son moveset, ce qui permet de changer de style au pied levé. Vous êtes un gros bourrin et l’esquive c’est pour les faibles ? Ça marche. Vous voulez taper de loin avec des sorts ? C’est valide. Vous voulez avoir une lance dans chaque main ou tout défourailler en lançant des objets ? C’est parfait ! La seule limite est celle de votre préférence : jouer mage impose de rester loin et de gérer son mana quand les griffes vous feront bondir tout autour de l’ennemi en esquivant les coups de justesse. La beauté est qu’il n’y a pas de mauvaise solution.
L’autre côté très accessible d’Elden Ring vient de la très bonne utilisation de son monde ouvert. En effet, si les autres Souls avaient tendance à vous pousser dans une direction, Elden Ring vous permet d’aller vous perdre où vous voulez, d’atteindre des zones secrètes en début de jeu si vous le désirez, ou même de vous précipiter vers la fin en voyant moins de 5 % du contenu. Là où le système devient avantageux pour les nouveaux joueurs, c’est que si jamais vous êtes coincé, vous aurez toujours autre chose à faire pour gagner des niveaux et revenir plus fort et mieux équipé. Le premier boss d’histoire, Margitt, en est la preuve : très difficile à battre, il vous encourage à aller accomplir des donjons et à explorer la région en étant un foutu mur infranchissable. Une fois que vous aurez exploré à votre gré et que vous vous souviendrez que, ah oui, en fait faudrait aller lui refaire la dentition, il est bien probable que vous lui rouliez dessus car vous aurez alors appris à mieux jouer, et que vous serez mieux équipé.
Et il y a largement de quoi se perdre ! Elden propose donjon après donjon, boss après boss, zone mémorable après zone mémorable. Et si tout n’est pas rose (beaucoup de boss sont recyclés, les donjons se ressemblent beaucoup…) la quantité est telle qu’ignorer ce qui ne plaît pas est aisé et qu’on ne perd rien au change. Et on est pas à l’abri de bonne surprises : certaines catacombes abritent des secrets diaboliques et vous feront tourner en bourrique en jouant sur vos attentes. Le monde ouvert n’est pas en reste avec des châteaux, fortins et zones pleines de secrets et de recoins à explorer, souvent avec une petite récompense à la clé. Rien que se demander comment accéder à une zone vue en contrebas est souvent une aventure. L’aspect communautaire du titre vous aidera peut-être à progresser également entre les indications au sol venant d’autres joueurs, ou la coopération face aux boss. La communauté est d’habitude active et bienveillante, même si quelques petits plaisantins s’amusent à mettre des faux indices de temps en temps.
Déjà énorme, Elden Ring est fourni avec son DLC Shadow of the Erdtree, qui offre une nouvelle région immense et magnifique, des nouveaux boss, et un nouveau système de progression. En effet, dans cette région, vos niveaux signifient bien peu si vous ne trouvez pas de bénédictions de l’Arbre-Monde, qui vous donneront une chance face aux ennemis très énervés de la carte. C’est quelque chose qui sera forcément senti car le DLC est caché derrière un boss retors qui vous demandera déjà d’être particulièrement habile, et ce retour à zéro est d’autant plus choquant. Mais quel plaisir de parcourir cette nouvelle carte et de retrouver les sensations de début de jeu. Pour les plus rusés, le level design est également très poussé et vous serez libres de totalement ignorer la plupart du contenu pour aller vous frotter à votre boss préféré, ou au contraire d’aller râcler tous les nouveaux donjons pour le nouveau loot généreux de cet add-on très qualitatif.
Quelques rayures sur cette belle carrosserie
Elden Ring n’est malgré tout pas un jeu parfait, ou même à mettre entre toutes les mains. La première grosse bosse sur la route est celle de la difficulté. Malgré la souplesse du système, il reste un Souls, extrêmement difficile et exigeant, et il vous forcera à recommencer encore et encore des batailles, ou vous prendra dans des pièges et des situations injustes en riant de votre rage. Tout vous demandera de faire attention et jamais une bataille n’est gagnée d’avance, mais quelle fierté quand on triomphe ! La deuxième bosse est celle de l’histoire : même si Elden Ring est plus généreux que les autres jeux de la série en scénario explicite, le fait de comprendre l’histoire, même basiquement, va vous demander d’observer l'environnement, de déduire des choses, de lire des description d’objets, et de décoder les paroles de PNJs énigmatiques. Ou d’aller sur YouTube pour regarder une explication. Mais ce manque de narration, si elle met en place une atmosphère presque hypnotique, en refoulera également plus d’un, qui aimerait bien savoir pourquoi il faut se battre ! C’est une barrière d’entrée non négligeable pour certains, et qui contribue à la rage des nouveaux joueurs. C’est pourtant vrai : si on meurt en boucle ET qu’on ne comprend pas, il y a de quoi décrocher.
Cette version Switch est également livré avec ses propres problèmes, mais uniquement d’ordre graphique. Si elle tourne à 30 images par second de manière plutôt stable, les baisses de frames sont fréquentes lors des boss fights, lorsqu’il y a trop d’ennemis à l’écran, trop d’effets, ou si le décor est trop complexe, un peu à la façon de Breath of the Wild sur Switch. Rien de bien gênant, mais cela se voit, et surtout lorsqu’on parcourt le DLC, avec ses décors plus travaillés. Fini les champs d’herbes qui dansent au vent, bonjour le pop-in à mi-distance. On y perd en beauté et en enchantement, c’est certain. Ayant joué en avance, la qualité des serveurs n’a pas pu être testée, ni pour le PVP, ni pour la coopération bienveillante, mais on dirait qu’un serveur exclusif à la Switch est mis en place. Quand au contenu de l’édition Tarnished, il ne vaut clairement pas le fait de réinvestir : c’est tout juste une excuse pour avoir ressorti le jeu si tardivement et il n’apporte rien. Malgré tout, ces petits défauts ne sauraient cacher la brillance d’Elden Ring qui, s’il n’est pas à la portée de tous les joueurs, est certainement la meilleure porte d’entrée vers les jeux FromSoftware.

