Monument du jeu vidéo PC des années 90, System Shock revient dans un remake ambitieux qui cherche à moderniser une œuvre fondatrice du jeu immersif. Autrefois considéré comme exigeant, presque élitiste dans l'univers du jeu PC, le titre de Looking Glass Studios nous revient aujourd’hui sur notre toute dernière console made in Nintendo : la Switch 2. Un pari audacieux, tant le jeu repose sur une interface dense, une atmosphère pesante et une exploration méthodique, en bref des mécaniques de jeu que l'on retrouve davantage sur ordi. Cette version portable promet-elle de rendre l’expérience plus accessible sans la dénaturer ? Voyons un peu Joy-Con 2 en main si SHODAN pouvait encore nous faire frissonner, même en mode nomade.
Test réalisé à partir d'une version fournie par l'éditeur
Une atmosphère oppressante de tous les instants
Dès les premières minutes, System Shock impose son ambiance unique. La station Citadel est un labyrinthe froid, métallique et hostile, où chaque couloir raconte la chute progressive de l’humanité face à l’intelligence artificielle SHODAN. Sur Switch 2, la direction artistique du remake est parfaitement respectée : lumières dynamiques, textures détaillées et effets sonores glaçants participent à une immersion constante. Ici, nul besoin d'enchainer les cinématiques pour captiver le joueur, ce sont les journaux audio, les messages laissés par l’équipage et l’environnement lui-même qui construisent le récit et nous immerge dans l'univers inquiétant proposé. En mode portable, l’expérience demeure tout aussi prenante, qui est même renforcée par le port du casque, si vous en portez un, qui isole le joueur dans cet univers clairement anxiogène.
L’ambiance sonore mérite une mention spéciale. Les chuchotements électroniques de SHODAN, les grésillements des systèmes défaillants et les cris lointains créent une tension permanente, on ne se sent jamais à l'abri nul part et c'est délibérément voulu par les développeurs. Même lors des phases plus calmes d’exploration, un sentiment d’insécurité demeure en permanence ou presque. La Switch 2 parvient à restituer cette atmosphère sans compromis majeur, preuve que le travail d’optimisation a été soigné. On se surprend à jouer lentement, à observer chaque recoin, à craindre la prochaine rencontre. System Shock n’est pas un jeu qui rassure, et c’est précisément ce qui fait sa force, en tout cas si vous recherchez ce type d'univers inquiétant, vous allez clairement être servi.
Un gameplay exigeant, mais modernisé
Le cœur de System Shock reste son gameplay complexe, mélange de FPS, de RPG et de simulation immersive. Cette version Switch 2 conserve la profondeur de l’original tout en intégrant des améliorations bienvenues. L’interface, autrefois réputée austère, a été retravaillée pour être plus lisible à la manette. Les menus restent denses, il faut tout de même fouiller un peu dedans de temps à autre mais leur organisation permet une prise en main progressive. Le jeu ne prend jamais le joueur par la main : il faut observer, expérimenter, parfois échouer pour comprendre les systèmes en place. Cette exigence peut dérouter, mais elle confère au titre une identité forte, rare dans le paysage vidéoludique actuel. Heureusement on peut modifier la difficulté dans les réglages du jeu pour pouvoir bénéficier d'une approche qui nous est plus favorable.
Les combats, volontairement peu frénétiques, demandent une gestion précise des ressources. Munitions limitées, armes à l’efficacité variable, ennemis imprévisibles : chaque affrontement est une prise de risque. Sur nos toutes fraiches consoles, la visée à la manette est globalement satisfaisante, même si les joueurs habitués au clavier-souris ressentiront une légère rigidité. Heureusement, le jeu mise davantage sur la préparation que sur les réflexes purs. Hack de systèmes, exploration méthodique et choix d’équipement priment sur l’action brute, ce qui rend l’expérience cohérente et gratifiante sur notre support. Et puis le mode souris des joy cons 2 est ici remarquablement bien employé puisqu'on peut s'en servir dans les menus pour, par exemple, déplacer, combiner ou recycler notre inventaire, le tout avec une fluidité digne d'une souris PC. Idéal pour les puristes... A noter que le jeu est entièrement en français, la traduction étant de bonne facture.
Des performances solides pour une expérience fluide
Techniquement, System Shock sur Switch 2 s’en sort avec les honneurs. Le jeu affiche une fluidité constante, aussi bien en mode docké qu’en mode portable. Les temps de chargement restent raisonnables et n’entravent jamais le rythme de l’exploration. Visuellement, si la version console ne rivalise pas toujours avec les configurations PC les plus puissantes, elle conserve l’essentiel : une lisibilité exemplaire et une atmosphère crédible. Les environnements sont détaillés, et les effets de lumière participent pleinement à la narration environnementale. Tout cela contribue aisément à renforcer notre immersion dans cet univers imprégné d'une ambiance cyberpunk quelque peu unique en son genre.
Quelques concessions sont toutefois perceptibles, d'abord parce que la console peine par moment à maintenir les 60 fps constants. Quelques ralentissements peuvent survenir par moment, sans que cela ne soit réellement préjudiciable à la poursuite de l'aventure. Certaines textures sont légèrement moins fines, et les zones les plus chargées peuvent occasionnellement afficher de légères baisses de résolution. Rien de réellement pénalisant, surtout dans un jeu où l’immersion prime sur la technique. La stabilité est globalement au rendez-vous, et l’expérience reste confortable sur de longues sessions. Le portage semble avoir été pensé pour s’adapter aux contraintes du support sans sacrifier l’essence du jeu, ce qui n'est pas toujours le cas pour certaines conversions.

