
Entretien avec P.A.U.L. autour de son documentaire sur Mario

Le créateur de documentaires sur Youtube P.A.U.L vient de sortir un excellent documentaire sur l'histoire de Mario et de son créateur au travers du prisme de la rivalité entre la mascotte de Nintendo et Mickey, celle de Disney. Au travers de ce travail titanesque de presque deux heures, le vidéaste revient sur un gigantesque pan de l'industrie vidéoludique et plus de 35 ans de légendes. Avant de poursuivre la lecture de cet article je ne peux que vivement vous encourager à visionner le documentaire "MARIO, LE PLOMBIER QUI VOULAIT DÉTRÔNER MICKEY // DOCUMENTAIRE" en cliquant ci-dessous :
J'ai voulu en savoir plus sur cet accomplissement et sur la création d'une telle vidéo en posant quelques question à Paul. Nous avons pu longuement échangé au travers d'un appel sur Discord que vous pouvez écouter en intégralité ci-dessous :
Est-ce que tu peux nous parler un peu plus de ton documentaire sur Mario ?
Oui, tout à fait. Déjà, merci beaucoup pour ton invitation. Ce n'était pas prévu que je prenne un an pour le faire. Simplement, à l'époque, le film Super Mario Bros. sortait, et comme je le fais habituellement sur ma chaîne, quand il y a une actualité forte qui me parle, j'essaie de créer un contenu en rapport. Sauf que cette fois-ci, j'avais envie d'aller un peu plus loin. Ça fait une dizaine d'années que je réalise des documentaires sur la pop culture. Quand tu travailles sur YouTube, tu es obligé de publier régulièrement pour que ce soit viable économiquement. Mais voilà, ça faisait un moment que je me disais que j'aimerais proposer des projets plus longs, plus travaillés visuellement. Et avec Mario, qui est ma licence de cœur, celle de mon enfance, je n'ai pas réussi à m'arrêter. Ce n'était pas prévu que je prenne autant de temps. Au départ, je pensais le faire comme d'habitude. Mais pendant l'écriture, je me suis rendu compte que je n'avais qu'effleuré le sujet, et j'ai eu envie d'aller plus loin. Je me suis laissé emporter par cette envie et j'ai décidé de ne plus me fixer de limites pour ce projet. Je me suis dit "ça me tient trop à cœur, je m'arrêterai quand je jugerai que le projet sera suffisamment bon". Je ne pensais pas que ça durerait un an, mais c'est le temps qu'il a fallu. En tout, ça a pris environ quatre mois d'écriture, puis ensuite le reste en montage. Ça a été très long, non seulement pour fabriquer le documentaire, mais aussi pour me remettre en question et parvenir à proposer quelque chose qui soit à la hauteur de mes attentes.
Donc, c'est vraiment le film Super Mario Bros. qui t'a donné envie de parler de Mario ? Parce que tu avais déjà fait une vidéo sur Link de The Legend of Zelda sur ta chaîne, et finalement, ce projet autour de Mario s'est avéré beaucoup plus vaste que prévu.
Oui, c'est ça.
Et comment as-tu choisi l'angle de ton documentaire ? Est-ce que c'est le fait que Mario a, avec ce film, encore un peu plus empiété sur le territoire de Mickey qui t'a inspiré cette idée de rivalité ? Ou est-ce que c'est venu naturellement ?
En fait, l'idée part d'un sentiment. Je me disais qu'il y a des licences que tout le monde adore, mais pour lesquelles il n'existe pas de documentaire vraiment majeur. Bien sûr, sur Mario, tu trouves plein de vidéos et de contenus, mais quelque chose de vraiment conséquent, que tu pourrais imaginer sur une plateforme comme Netflix, ça n'existe pas. Je me suis dit, pourquoi ne pas me lancer dans cette mission ? Quant à l'idée de centrer l'histoire autour de la rivalité avec Mickey, c'est simplement un appât. C'est une manière de pimenter le récit, de donner une sorte de boss final à l'histoire, une quête à accomplir. Même visuellement, lorsque je publie la vidéo, ça rend le tout plus attractif. Donc, oui, c'est un appât, même si j'évoque cette rivalité au début et à la fin du documentaire. Tout ça reste un prétexte pour finalement raconter l'histoire complète de Mario.
Cet angle de la rivalité entre Mario et Mickey est vraiment intéressant, et il t’a aussi permis d’aborder la mort du créateur. Walt Disney est décédé, laissant Mickey orphelin, mais Mario n’est pas dans cette situation. L’épilogue du documentaire est un peu… sombre, disons, mais c’est une question qui va inévitablement se poser dans les années à venir.
Oui, c’est vrai. Je ne sais pas si tout le monde l’a perçu, mais on aborde en effet ce sujet : qu’adviendra-t-il de Mario lorsque tous les créateurs de la première génération ne seront plus là ? Cela arrivera forcément un jour. Ce thème permet de discuter de la façon dont Nintendo gère le renouvellement de ses équipes et de démystifier le rapport entre Mario et son créateur. On a souvent l’impression que Shigeru Miyamoto a été derrière tous les jeux Mario et qu’il est le pilier de Nintendo. En réalité, cela fait longtemps qu’il n’est plus directement impliqué dans les jeux Mario. Le dernier jeu où il était vraiment engagé était Super Mario 64, ce qui remonte à plusieurs années. Depuis, il est devenu une figure médiatique, un conseiller, un visage connu qui s’occupe, par exemple, des parcs d’attractions. Mais le relais a été passé depuis longtemps, et avec succès. Je ne sais pas si tu as joué à Super Mario Bros. Wonder, mais les retours sont très positifs.
Oui, et quand on se penche un peu sur l’histoire de Nintendo, on voit que Miyamoto est désormais en retrait, qu’il donne son avis sur beaucoup de choses, mais qu’il ne code plus depuis longtemps, voire n’a jamais codé lui-même. Donc, en théorie, même si Miyamoto partait à la retraite ou, malheureusement, venait à disparaître, cela ne changerait pas grand-chose pour Nintendo.
Exactement, ça va continuer sur cette lancée. C’est une question intéressante, car Miyamoto est maintenant plus un ange gardien, celui qui veille à ce que Nintendo reste fidèle à sa philosophie d’innovation et ne se laisse pas aller aux tendances. Il est là pour maintenir cet esprit, mais il est vrai que Miyamoto n’a jamais été un programmeur. Il est souvent présenté comme le visage de Nintendo, et son nom apparaît en tant que producteur sur beaucoup de jeux, mais son rôle est souvent moins direct que ce que l’on imagine. J’ai essayé de démystifier cette image dans le documentaire, d’expliquer que Miyamoto, bien qu’important, n’est plus le seul moteur derrière Mario. J’espère avoir réussi à faire passer ce message.
Tu y es très bien parvenu, car tu expliques les choses de manière claire et pédagogique tout en abordant des sujets profonds. Le documentaire se suit vraiment bien, et c’est tout à ton honneur. C'est un documentaire qu'il faut vraiment regarder. On ne peut pas le visionner en faisant autre chose à côté, comme jouer à la Switch, par exemple. Mais honnêtement, c'est un travail tellement qualitatif que le temps passe sans qu'on s'en rende compte.
C'est gentil, parce qu'effectivement, il y a plein de personnes qui me disent qu'ils ne regardent pas mes vidéos, mais ils les écoutent comme des podcasts. Bon, bien sûr que je comprends, mais il y a plus de la moitié du travail qui a été fait pour que ça soit visuellement intéressant, pour qu'on ne s'ennuie jamais. J'ai vraiment mis un point d'honneur à ce qu'il y ait toujours des animations, qu'il se fasse beaucoup de choses à l'écran pour qu'on vive ça comme un film. C'est vraiment ça qui m'intéresse, qu'on vive ça comme un film, comme une aventure. Donc, de l'écouter seulement pour moi, ce serait un peu réducteur, mais voilà, si les gens trouvent leur compte comme ça, je comprends, mais ce n'est pas ce vers quoi j'ai envie d'aller. J'ai envie d'essayer, à l'avenir et avec celui-là, de me rapprocher de plus en plus d'une expérience de film.
Est-ce que tu peux nous parler de ton processus de recherche pour ce documentaire ? Comment as-tu trouvé tes sources ? T'es-tu plongé dans les magazines de l'époque ou as-tu lu des ouvrages ? Qu'est-ce que tu recommandes ?
Eh bien, en fait, la difficulté que j'ai rencontrée, c'est que Mario, son histoire, elle est extrêmement documentée sur les premières années, on va dire la première décennie, et ensuite, plus le temps passe, moins il y a eu d'ouvrages, ce genre de choses. Donc, j'ai pu m'appuyer notamment sur les ouvrages de William Audureau, qui écrivait sur le jeu vidéo à l'époque mais ce n'est plus le cas maintenant, il est au Monde, je crois, un journaliste. Il a aussi écrit sur Akira Toriyama, c'est quelqu'un qui a écrit des bonnes choses sur la pop culture. Donc, quelque chose de très sourcé, ça m'a permis d'avoir vraiment une base pour le début de l'histoire de Mario. Ensuite, pour approfondir, effectivement, il y a un truc qui est génial aujourd'hui qui s'appelle Internet Archive où tu peux aller sur ce site, taper un nom de magazine et il y a quasiment tout qui existe maintenant que tu peux retrouver. C'est ce que j'ai fait, par exemple, pour Donkey Kong, les premiers jeux en 80, 81, ce genre de choses. J'ai consulté tous les magazines qui existaient à l'époque. Donc, même s'il n'y en avait pas beaucoup, ce n'est pas rien, ça demande un certain travail de tout éplucher. Mais voilà, ça s'est fait comme ça.
Pour ce qui est ensuite de la période moins documentée, là, ça a été beaucoup plus de travail parce qu'il a fallu que moi-même je fasse des recherches, donc réunir un maximum d'interviews, essayer de rassembler des archives. Il y a beaucoup de choses et j'ai l'impression que c'est toujours le cas au Japon. Beaucoup d'informations ne sont jamais arrivées jusqu'à nous. Par exemple, une des archives qu'on voit dans le documentaire, c'est au chapitre 4, là où je raconte le phénomène Super Mario Bros au Japon. C'est vraiment là où Mario explose en tant que phénomène. Et j'ai retrouvé pour l'occasion un reportage de TV Tokyo de l'époque, en 86, où on voit, pour la première fois, les bureaux de Nintendo. On voit certaines personnalités. C'est vraiment un document très précieux et pourtant, il n'est traduit ni en anglais ni en français nulle part. Je l'ai retrouvé, c'était censé être une espèce de document perdu. Je l'ai retrouvé sur une chaîne YouTube complètement anonyme, sans vue. Donc, je l'ai fait traduire par quelqu'un. C'est ça qui est fou aussi, c'est que, toujours aujourd'hui, on découvre encore énormément de choses sur Mario.
Quand j'ai annoncé que je travaillais là-dessus, on m'a dit : "On connaît, c'est bon, on a tout vu dessus". Mais en fait, pas du tout. Autre exemple, au début du documentaire, je montre le fameux document qui montre ce qu'aurait dû être le jeu Popeye avant qu'on ne change Popeye par Mario. Pareil, c'est des documents qu'on ne connaissait pas il y a encore très récemment. Donc, oui, j'ai beaucoup creusé et j'ai fini aussi par me faire aider. J'ai fini par me faire aider par Florent Gorges, historien assez connu, je pense, par les passionnés de Nintendo, qui, à la fin de l'écriture, j'avais déjà pu terminer et bien commencer le montage. Je lui ai demandé de regarder mon script et de corriger s'il y avait d'éventuelles erreurs historiques. Parce que c'est un sujet trop vaste pour une seule personne. Il fallait forcément qu'il y ait un regard extérieur pour être sûr que, un, je ne dis pas de bêtises, et deux, que ce soit digestible parce que c'est beaucoup d'informations. Donc, lui aussi, grand spécialiste, m'a apporté des connaissances complémentaires pour s'assurer qu'historiquement, tout soit juste.
J'ai vu qu'occasionnellement, sur Twitter, tu lui demandais de l'aide pour traduire du japonais écrit ou du japonais parlé. Est-ce que ça a été la barrière de la langue qui a été pour toi la plus grosse barrière à franchir dans tes recherches ?
Oui, et puis ça continue d'être une frustration. C'est-à-dire qu'en fait, j'ai un double problème. Effectivement, je ne parle pas un mot de japonais et aussi, je n'ai pas de budget. C'est un projet que j'ai fait en sacrifice pour essayer d'aller au bout, en espérant que ce soit une vitrine pour l'avenir. Mais du coup, j'ai été dans une difficulté économique qui fait que je ne peux pas me dire : "tiens, il faut que je traduise ça, ou ça". Il a fallu être très sélectif pour choisir ce qui devait être traduit ou non. Tant que c'était quelque chose de plus mineur, je préférais effectivement demander sur Twitter rapidement si quelqu'un pouvait bien m'aider parce que très vite, ça peut augmenter la somme. Ça m'est arrivé de faire traduire un document en me disant "là, c'est sûr, il y a des infos incroyables". Et pas du tout. Il a fallu faire attention.
Donc, c'est sûr que je rêve d'un jour où je puisse avoir un vrai budget pour avoir un interprète, quelqu'un qui me permette même d'aller au Japon et de rencontrer les grands collectionneurs qui ont sans doute des tas de magazines sur le sujet qu'on n'a jamais vu. Il y a des chaînes spécialisées là-dedans, notamment en anglais. Je ne sais plus comment ça s'appelle, mais il y a une chaîne qui parle tout le temps des nouvelles découvertes qu'elle fait parce qu'elle fait traduire plein de magazines japonais. Donc, ça reste pour moi un domaine en exploration encore où, sans doute, plein de choses vont être découvertes.
C'est quoi l'aspect de l'histoire de Mario ou de Nintendo que tu as soit découvert pendant tes recherches et que tu as trouvé le plus fascinant ou alors que tu connaissais déjà ?
OK. En fait, forcément, c'est ce que j'ai voulu faire au sein du documentaire : que chacun ait son époque, que chacun revive un peu son moment où il a découvert Mario. C’était difficile parce que, forcément, moi, j'ai la mienne, et c'était dur de rester impliqué émotionnellement dans chaque époque. Par exemple, la période de New Super Mario Bros, j'étais déjà adulte et j'aimais moins. Du coup, c'était plus compliqué de me passionner pour ça puisque ça m'a moins touché, mais j'ai quand même essayé de le faire.
Bref, moi, je suis de 1987, et j'ai découvert Mario… mon tout premier jeu, c'est Mario 2, donc le faux Mario, le Mario USA comme on dit, mais le jeu qui m'a vraiment marqué, c'est Mario 64. La première console qui m'a marqué, c'est la Nintendo 64 avec Mario 64. Forcément, c'est une période où j'ai voulu mettre de l'émotion. Ce n'est pas pour rien que vous voyez, dans ce chapitre du documentaire, des enfants qui reçoivent la Nintendo 64 à Noël, car c'est exactement ce que j'ai vécu.
En me replongeant dans cette époque, j'ai découvert quelque chose dont les gens ne sont peut-être pas très conscients, mais moi, je l'ignorais totalement étant enfant : la Nintendo 64 et encore plus la Gamecube étaient des échecs, et Nintendo, tout comme Mario, étaient en déclin. Ce que j'ai trouvé le plus fascinant, c'est vraiment de voir Miyamoto avouer qu'il se sentait vaincu par le Tamagotchi. Pour moi, c'est une des trouvailles dont je suis le plus fier dans le documentaire. J'ai réussi à casser le mythe d’un Sonic rival de Mario, ce qui n’a jamais vraiment été le cas, et montrer que c'était plutôt le Tamagotchi, un personnage très épuré qui touche tout le monde sans chercher à être un héros sophistiqué. En fait, Mario 64, avec la 3D, a touché de moins en moins de joueurs, car c'était beaucoup moins accessible. La Nintendo 64 s'est aussi beaucoup moins vendue. J'ai vraiment adoré découvrir ça. Voilà, je pense que ça répond à la question.
Si, si, ça y répond. Mais c’est surtout que tu as réussi à équilibrer les informations techniques sur la création des jeux avec des aspects plus personnels et émotionnels dans le documentaire. C’est, je ne sais pas si c’est un art ou une science, mais comment as-tu géré le rythme et cette partie émotionnelle du documentaire ?
Merci, c’est très gentil. Effectivement, pour moi, c'était important d'en faire une histoire humaine. Le début du documentaire est plus technique, on parle de la création du jeu, etc., avec un peu plus de coulisses, et plus on avance, moins c'est le cas. Je pense que c'est moins intéressant, et c'est mieux de se concentrer sur le côté humain. On dézoome aussi un peu pour voir le positionnement économique de Nintendo par rapport à ses concurrents. Je ne sais pas si c'est une science, mais en tout cas, tout le travail d'écriture a été fait pour varier au maximum.
Chaque chapitre devait être unique pour éviter l'ennui. Parfois, on est sur un sujet technique, puis très centré sur Miyamoto, et ensuite, on passe à quelque chose de plus fun, comme les publicités. La direction artistique du documentaire est presque comparable à celle d'un jeu vidéo, où on avance de niveau en niveau, comme on avance de chapitre en chapitre. C'est du game design, si je puis dire. Il faut vraiment faire en sorte qu'un niveau ne ressemble jamais à un autre.
Après, ce qui est intéressant dans ta démarche, c'est que tu as fait ce projet sans savoir exactement jusqu'où tu irais, et maintenant, tu es en train de le défendre. Est-ce que tu ne te sens pas un peu proche de ce que Shigeru Miyamoto a vécu avec Mario ? Il a créé Mario sans savoir ce que ça deviendrait, et il a dû le défendre, convaincre d'autres équipes de l’intégrer, et faire face au procès avec Universal pour que Mario puisse briller. Est-ce que tu t'es senti un peu proche de ça ?
Non, pas vraiment, car c'est une toute autre époque, un tout autre cas de figure. En fait, c’est difficile à comprendre quand on étudie l’histoire de Nintendo et les témoignages de Shigeru Miyamoto, mais ils ont tendance à romancer l’histoire. À cette époque-là, Mario n’était pas vraiment le "bébé" de Miyamoto qu’il voulait absolument voir survivre. C’était un petit personnage qu’il a créé, dont il était content, et qu’il conseillait, mais il n’y avait pas d’enjeu particulier pour lui.
Quand Super Mario Bros. est né, c’est Takashi Tezuka qui a suggéré de remettre ce personnage, et pas Miyamoto. Là où, pour moi, ce projet est quelque chose qui me tient à cœur, lui, à l’époque, avait plein de projets différents. L’enjeu pour lui n’était pas tant que Mario brille, mais plutôt qu'il brille, lui. Miyamoto était chez Nintendo depuis quelques années, et il voulait qu’on lui donne l’opportunité de réaliser des choses plus intéressantes. Donkey Kong a été son premier vrai succès, ce qui lui a permis de monter en grade et de travailler sur des projets plus ambitieux.
Je vois plutôt ça comme ça. Peut-on comparer cela avec ce projet comme un tournant potentiel dans ma carrière ? Oui, on peut le dire ainsi. Mais ce sont tout de même des sujets assez éloignés.
Après, ce projet t’a aussi permis de faire plein de recherches et de découvrir davantage Shigeru Miyamoto, j’imagine ?
Oui, énormément, vraiment énormément. Mais avec une certaine frustration, car les Japonais dévoilent très peu leur vie privée. Ça m'avait déjà frappé avec des auteurs de manga, et c’est pareil avec d'autres créateurs japonais de jeux vidéo, comme le créateur de Space Invaders. Ce sont des personnes qui parlent un peu des coulisses de la création, partagent quelques anecdotes marrantes, mais en réalité, on ne les connaît pas. Ils restent très privés.
Quelle est la véritable personnalité de Shigeru Miyamoto ? Bien sûr, on a des indices sur ses méthodes de travail, on sait qu’il est exigeant sur certains aspects, mais profondément, qui est-il ? Malheureusement, personne ne peut vraiment le percevoir, et c’est un peu regrettable. Mais bon, j'ai fait avec ce que j'avais. C'est leur culture.
Et quand Super Mario Wonder est sorti, tu en étais où dans ton projet ? Dans l'écriture ou déjà dans le montage ?
Super Mario Wonder est sorti alors que j'étais déjà en plein montage. C'est quelque chose que j'ai dû ajouter à mon script au moment de sa sortie. C’était un peu frustrant, car plus je prenais de temps pour finaliser ce documentaire, plus il y avait de nouvelles choses à rajouter concernant Mario. Mais oui, à ce moment-là, j’étais en plein montage.
Est-ce que ça t'a conforté dans ta vision ? Qu'as-tu pensé de Super Mario Wonder ?
J'ai adoré Super Mario Wonder. Franchement, je trouve que c’est un excellent moyen de continuer à faire vivre la formule 2D, surtout par rapport aux New Super Mario Bros. que je trouvais vraiment peu inspirés. C’est un peu ce que je raconte dans le documentaire : ces jeux ressemblaient à des produits fabriqués à l'usine, avec des niveaux interchangeables et sans grande inspiration. Ils capitalisaient sur le Mario classique sans chercher à réinventer la roue, alors que les épisodes 3D, eux, devaient toujours apporter de nouvelles idées et plus d’ambition.
Là, je trouve que Super Mario Wonder est beaucoup plus intéressant comme jeu 2D, avec enfin de la vraie innovation, tout en gardant les bases accessibles du Mario 2D. Donc oui, très content, j’ai vraiment adoré. Bon, je suis un puriste, donc je l’ai trouvé un peu trop facile, même si le tout dernier niveau, que vous débloquez si vous avez toutes les pièces violettes, est d’un coup extrêmement difficile par rapport aux autres.
Es-tu plutôt Mario 2D ou Mario 3D ?
Je suis plutôt Mario 3D quand même, c'est toujours ce qui me marque le plus. Mario Wonder a enfin montré une vraie ambition artistique, donc c'est pas mal. Mais bon, comparé à l'importance historique d'un Mario 64 ou même d'un Mario Galaxy, pour moi, ce sont ces jeux qui restent les plus intéressants.
Et c'est quoi ton classement des Mario 3D ? Je ne vais pas te demander un top 3, car il n'y en a pas tant que ça des Mario 3D, donc en théorie, tu peux tous les placer. Mario 64 est toujours ton préféré ?
Non, Mario 64 je le mettrais dans mon cœur, pour son importance historique et pour avoir appris à tout le monde ce que c'est de manier un personnage en 3D de façon agréable. C'est quand même une révolution technique incroyable. Maintenant, je l'ai refait récemment avec la compilation un peu feignante sur Switch, et il paraît un peu plus « bric-à-brac ». Ça reste plaisant, mais comparé à Mario Galaxy, je place Mario Galaxy en premier. Pour moi, c'est celui qui a trouvé l'équilibre parfait entre la maniabilité 3D et un environnement magnifique. Donc Mario Galaxy en premier, sans hésiter.
Tu mets Mario Galaxy 2 avec Mario Galaxy 1 dans ton classement ?
J'aimerais trop refaire le 2 ! C'était seulement sur Wii à l'époque et j'ai vraiment envie de le refaire. De mon souvenir, c'était un très beau DLC pour avoir du challenge, mais rien d'aussi beau et artistique que le premier, qui a une vraie cohérence de A à Z. Dans le 2, on sent que les niveaux sont un peu disséminés, avec moins de volonté d'en faire un tout cohérent.
Qu'est-ce que tu attends du prochain Mario 3D ? Tu veux un Galaxy 3 ? Un Odyssey 2 ? Quelque chose de totalement différent ?
C'est marrant que tu dis ça, parce qu'à la toute fin du documentaire, pour ceux qui l'ont vu, je présente un dernier niveau où on voit les prochains défis sans que Mario puisse les atteindre. On a fait, visuellement avec Brice, une sorte de pari sur l'avenir : quels seront les prochains grands challenges pour Mario ? Quels seront ses prochains grands rivaux ? L'ère qui s'annonce, c'est celle des jeux à monde ouvert, des jeux qui évoluent avec le temps, comme Minecraft, des bacs à sable qui n’ont pas de début ni de fin.
Ce que j'attends du prochain Mario 3D, c'est qu'il réussisse à garder sa position de prestige, de jeu qui compte dans le paysage actuel. Je n'ai pas envie de voir un Mario Galaxy 3, mais je veux qu'il continue à être le maître dans son domaine, à être innovant, et à prendre ce qui se fait de mieux aujourd'hui pour le magnifier. Je pense qu'ils ont une énorme pression à chaque fois.
Pour moi, un Mario Galaxy 3 ne serait pas très productif. Par exemple, je suis très heureux qu'il y ait un Metroid Prime 4 ; je l'attends depuis longtemps, Metroid Prime étant un de mes jeux préférés. Pourtant, je ne pense pas qu'il aura le succès escompté. J'ai refait Metroid Prime sur Switch et je l'adore, mais je pense que c'est un jeu daté, difficilement accessible aujourd'hui. Donc, pour le prochain Mario, surtout, pas de regard en arrière, mais proposer des choses inattendues et prendre le temps pour créer quelque chose d’original.
Maintenant, même si je pense que je vais adorer ce jeu, en termes d'importance historique et ce qu'il amènera, là-dessus, je suis du plus pessimiste. À mon avis, ça va être très bien pour ceux qui adorent le premier, il y aura quelques innovations et des trucs comme ça, mais je pense que ça ne sera rien de bouleversant. Je peux me tromper, ça se trouve, ils vont arriver avec une formule et ça va être incroyable, mais de ce qu'on voit, c'est que ça a l'air d'être dans la droite lignée du remake qu'ils ont fait sur Switch, qui sera très bien, mais encore une fois, pas bouleversant.
Oui, c'est ça. Ça dépend, il peut y avoir un multijoueur aussi et faire comme Prime Hunters et surprendre tout le monde, mais on verra. Je suis confiant, je pense que s'ils l'ont rebooté, c'est parce que justement, il était trop conventionnel.
On verra bien. Ça m'intéresse, surtout que je me suis énormément intéressé à Retro Studio, j'ai pas mal bossé sur des trucs pour des projets à l'avenir et c'est très flou ce qu'il se passe en interne. Est-ce que, comme tu dis, c'est parce que c'était trop conventionnel ou parce que c'est tout simplement la merde dans le studio ? C'est difficile à dire.
C'était pas Retro au début, c'était Bandai Namco quand il a été rebooté. C'est après qu'ils l'ont donné à Retro. Et Retro Studio, on sait pas ce qu'ils ont fait entre Tropical Freeze et Metroid Prime Remaster.
Ah d'accord, je croyais que c'était un projet de base Retro Studio.
Non, à la base, c'était vraiment Bandai Namco et c'est pour ça que c'est assez bizarre qu'ils aient fini par le redonner à Retro, sachant qu'on sait vraiment pas ce que Retro Studio faisait pendant tout ce temps. Donc si tu arrives à déterrer ce qu'on fait Retro Studio pendant ces années, je pense que là, la question ne se posera même pas, il faudra que tu fasses la vidéo en anglais parce que tout le monde attend de savoir.
Ouais, c'est clair. En-tout-cas, je suis cela de très près.
C'est très intéressant ce que tu dis, ça veut dire que potentiellement, une de tes prochaines vidéos, c'est sur Metroid.
Écoute, tout est possible, et Metroid, j'adore. Maintenant, c'est sur un projet peut être un petit peu plus différent, sur un format peut être de docu-fiction. Je sais si ça vaut la peine de développer, mais en tout cas, j'ai fait un premier docu-fiction qui concernait Mars One, donc une entreprise qui était destinée à envoyer des personnes sur Mars avant 2030, sous la forme d'une télé-réalité. Et j'ai envie de continuer ce format, et ce format toucherait à imaginer ce qui est devenu le créateur de Retro Studio, qui s'appelle Jeff Spangenberg, qui est un monsieur très mystérieux qui a disparu depuis longtemps. Et pour imaginer son histoire, j'ai énormément creusé Retro Studio pour ça. Donc, ça serait peut-être plus pour un projet comme ça, mais je ne sais pas si ça verra le jour un jour. Et donc, peut être que ça finira en un documentaire plus traditionnel sur le sujet de Retro Studio, un petit peu comme j'avais fait sur Rare à l'époque, parce que Retro Studio était devenu un peu le nouveau Rare pour Nintendo. Je ne sais pas trop, mais en tout cas, il y a forcément un moment donné où j'aurais envie de parler de ce studio, c'est clair.
Ah bah là, en plus, que tu partes sur le docu-fiction ou sur le documentaire plus conventionnel, tu as énormément de choses à dire sur Retro Studio. Parce que rien que le fait que les mecs, on leur ait donné Metroid, alors que Nintendo leur disait, par contre, il y a un gars chez vous, il héberge des sites pornographiques, donc peut-être qu'il faudrait faire un petit peu le ménage dans vos rangs, ça a dû être vraiment... C'est vraiment une période intéressante pour Nintendo. C'est vraiment une... Toute l'ère Gamecube, je ne sais pas ce qu'ils faisaient.
Tu connais l'histoire, effectivement, c'est de lui dont je parlais, et c'est lui qui est lié à cette histoire de blog, en fait.
En-tout-cas, merci Paul pour ton temps et à bientôt !
Merci pour l'invitation et à la prochaine !
Si cet entretien vous a plu, n'hésitez pas à commenter ci-dessous ou sous les vidéos pour encourager Paul à travailler sur plus de contenu Nintendo !
