Initialement sorti en 2014, il aura fallu attendre 12 ans pour voir la Terre du Milieu poser le pied sur une console Nintendo. La Terre du Milieu : L'Ombre du Mordor avait marqué les esprits grâce à sa mécanique unique et jamais reprise depuis : le système Nemesis. Talion et Celebrimbor débarquent ainsi en cette fin d’année sur Nintendo Switch 2 dans une Game of the Year Edition réunissant le jeu original et l'intégralité de ses contenus additionnels. Mais est-ce qu’un jeu vieux de plus de 10 ans ne risque pas d’être un peu trop rigide pour les joueurs modernes ? La réponse ci-dessous.
Test réalisé à partir d'une clé fournie par l'éditeur.
J'étais là Gandalf, au cœur du Mordor...
L'histoire nous place dans la peau de Talion, un rôdeur chargé de surveiller la Porte Noire du Mordor. Sa vie bascule lorsqu'il est exécuté avec sa famille par les forces de Sauron. Mais si nous mourons dès le début, vous vous doutez que cette fin n’est que le début de l’aventure. Lié à l'esprit d’un elfe mystérieux qui se révélera être Celebrimbor (nous vous laissons la surprise de sa nature si vous ne connaissez pas encore le lore de l’univers de Tolkien), Talion revient parmi les vivants et entreprend une quête de vengeance qui va l’amener à décimer les armées de Sauron et à mettre la main sur la Main Noire, responsable de votre mort et de celle de votre famille.
Si votre appréciation de l’œuvre de Tolkien se limite aux films, ici nous sommes sur une histoire originale se déroulant après la Trilogie du Hobbit, et avant la Trilogie du Seigneur des anneaux. On retrouve des noms, des lieux et des éléments familiers, tout en découvrant une nouvelle histoire originale. Mais si le jeu vous tiendra occupé durant une vingtaine d’heures, ce n’est pas tant son histoire qui retiendra votre attention, mais plutôt l’armée de Sauron et son système unique.
Mettez-le dans le programme Nemesis
Il est impossible de dissocier les jeux La Terre du Milieu sans évoquer le système Nemesis. Et plus de dix ans après, celui-ci reste toujours aussi intéressant, et le dépôt de brevets de Warner Bros. a simplement rendu impossible la mise en place d’un système similaire. Et même pire, ce système pourtant encensé par les joueurs n’a même pas été exploité par le studio depuis la sortie du dernier opus, L’Ombre de la Guerre.
Pour résumer rapidement, outre les mobs de base que l’on élimine par salves, les Uruks que vous rencontrez en jeu ne disparaissent pas réellement. Certains peuvent devenir des Capitaines, gagner en puissance, gravir les échelons de la hiérarchie… et se souvenir de vous. Si votre statut à la frontière de la vie et de la mort vous rend pour ainsi dire immortel, vos actions en combat ont des conséquences. Si vous êtes tué par un capitaine, ce dernier gagnera en puissance et gravira les échelons dans l’armée de Sauron. Si ce dernier est tué, il sera remplacé par un autre capitaine, et un nouveau venu dans l’armée viendra combler le manque. Mais ce n’est pas tout, les ennemis peuvent aussi prendre leurs jambes à leur cou, avant de revenir plus tard, mutilés, sous un autre pseudonyme, et avec de nouvelles capacités.
Et le point le plus amusant, si vous êtes battu par un Orc et que vous le recroisez plus tard, il aura le plaisir de vous rappeler votre cuisante défaite, renforçant ce sentiment d’avoir votre némésis en jeu : un Orc particulièrement fort qui vous a humilié durant plusieurs affrontements, et vous aurez un profond sentiment de satisfaction après avoir éliminé ce dernier. Chaque capitaine possède ses points forts et ses points faibles, et il sera important, avant de foncer dans le tas, de capturer des mobs pour les interroger et obtenir des renseignements sur les capitaines aux alentours.
Mais ne pensez pas que l’armée de Sauron reste oisive pendant que vous vaquez à vos occupations, cette dernière évolue parallèlement. Les Capitaines peuvent prendre la place de leurs supérieurs, s'affronter entre eux ou gravir les différents échelons de la hiérarchie. Le jeu crée ainsi des missions secondaires originales et inattendues liées à ce fameux système, en plus des quêtes principales et des missions secondaires dites « fixes ».
Massacrer avec style
Pour accompagner ce système Nemesis, Monolith Productions (à ne pas confondre avec Monolith Software) avait également conçu un gameplay particulièrement efficace. Talion dispose de 3 armes pour défaire ses ennemis : une épée pour les combats rapprochés, une dague pour les éliminations furtives et un arc permettant d'attaquer à distance. L'ensemble est complété par les pouvoirs de Celebrimbor qui se débloqueront via un ensemble de quêtes. Nous nous retrouvons ainsi avec un gameplay mêlant action pure et furtivité. Si en 2026 on voit ça comme quelque chose de presque banal, pour l’époque c’était une bonne surprise de gameplay qui rappelait ce que proposait Batman: Arkham Asylum ou encore la licence Assassin’s Creed (dont on ressent régulièrement l’inspiration).
Si le jeu ne propose pas de système de difficulté, si vous foncez bille en tête dans les rangs ennemis dès le début de l’aventure, vous risquez vite de déchanter et de vous faire réduire en charpie. Alors, durant les premières heures, vous serez surtout en mode furtivité, assassinant dans les buissons, ou avec une flèche bien placée. En éliminant les capitaines, vous obtiendrez des collectibles qui vous permettront d’obtenir des points de compétence pour acquérir de nouvelles techniques. En éliminant des capitaines, vous pourrez également mettre la main sur des runes à équiper sur vos armes. Vous débutez avec un nombre de slots limités, mais vous pourrez les augmenter à force d’enchaîner les combats pour collecter la monnaie que l’on appelle Mirian. Ces dernières permettront alors de débloquer des attributs, incluant ces fameux espaces pour runes.
Malheureusement, une fois suffisamment puissant, Talion devient une véritable machine de guerre et certaines confrontations perdent progressivement en difficulté. Certes, il y a un système de niveau de force pour les capitaines, mais ce dernier devient presque un indicateur sans grande importance. Ce qui fera vraiment la différence en termes de difficulté, ce sera quand vous serez encerclé par une horde d’ennemis, que plusieurs capitaines se joindront au combat, avec des attaques à distance et des caragors qui déambulent sans crier gare. Car contrairement à un certain Assassin’s Creed, les ennemis ne vous attaquent pas à la file indienne, chacun peut vous attaquer à tout moment, et vous devrez faire attention à maîtriser les contres et les esquives. Heureusement, il est indiqué via des pop-up quand appuyer sur quel bouton pour pouvoir vous tirer de mauvaises situations.
Un monde ouvert qui a pris quelques rides
Le Mordor est vaste, mais force est de constater qu'il accuse aujourd'hui son âge. Les environnements restent agréables à parcourir, les forteresses regorgent d'ennemis et l'exploration permet de découvrir de nombreuses activités secondaires. Comme dans Assassin’s Creed, on peut également escalader les structures, se déplacer rapidement ou utiliser des créatures du Mordor pour parcourir les régions. À la place de la vision de l’aigle, on devra trouver des vestiges de tours grâce à la vue spectrale de Celebrimbor, et grimper à leur sommet pour activer l’enclume et débloquer ainsi le déplacement rapide dans ladite zone, ainsi que de nouvelles quêtes. Un système efficace, mais qui ne surprend plus en 2026 tant il a été usé durant la dernière décennie.
Mais visuellement, difficile de ne pas constater la répétitivité des environnements. Rochers, ruines, boue, forteresses et paysages désertiques composent une grande partie du voyage. L'identité visuelle fonctionne parfaitement avec l'univers, mais elle manque parfois de variété. Cela n’empêche pas le jeu de faire passer des jeux plus modernes pour des fainéants (on vous laisse comparer l’apparence de Gollum dans ce jeu de 2014 avec celle du jeu Le Seigneur des anneaux : Gollum développé par Daedalic Entertainment en 2023). La VF est également de très bonne facture, et vous retrouverez même des voix françaises déjà entendues dans les films. Cette édition 2026 bénéficie également d'un avantage de taille : elle embarque l’intégralité du contenu du Season Pass, avec notamment les extensions Seigneur de la Chasse et Le Seigneur Lumineux, ainsi que différents contenus supplémentaires, runes et apparences.
Et sinon, ça tourne bien sur Nintendo Switch 2 ?
Si porter le jeu sur Nintendo Switch aurait pu nous faire peur en termes de performances, la Nintendo Switch 2, quant à elle, s’en tire avec les honneurs. La Terre du Milieu : L'Ombre du Mordor - Game of the Year Edition vise 30 FPS en mode salon et en mode portable. Même lorsque vous êtes encerclé par des hordes d’orcs, l’expérience ne souffre pas de ralentissements dans les deux modes de jeu. L’image est propre, les temps de chargement sont courts, et les effets météorologiques et jeux de lumière avec le cycle jour / nuit fonctionnent bien pour un jeu de plus de 10 ans. Aspyr n'a pas cherché à réinventer le jeu avec cette nouvelle édition. On reste sur une version optimisée pour être jouable dans des conditions optimales. Le seul point que je regrette au final, c’est un volume assez faible des dialogues, même en baissant le son et les effets sonores. C’est très dommage, car la VF est de très bonne facture.

