Après avoir séduit les amateurs de musique en réalité virtuelle, Maestro quitte les casques VR pour rejoindre la Nintendo Switch et la Nintendo Switch 2. Développé par le studio français Double Jack et édité sur la console de Nintendo par Suncrest Games, le titre est disponible depuis le 17 septembre 2026. Le jeu original avait fait ses premiers pas en réalité virtuelle en octobre 2024, avant de s'ouvrir à un nouveau public grâce aux Joy-Con 2. Si les deux sociétés ne sont pas des spécialistes historiques du jeu de rythme à la manière de certains grands noms du genre, elles proposent ici une idée suffisamment originale pour attirer notre curiosité. Oubliez les boutons à marteler au rythme de la musique : dans Maestro, il faut manier la baguette et diriger un véritable orchestre. Reste à savoir si les commandes par mouvements de la Switch 2 permettent de retrouver les sensations de la réalité virtuelle sans sacrifier la précision nécessaire à ce type d'expérience.
En scène, Maestro ! Une aventure au cœur de la musique
Dans Maestro, nous incarnons un chef d'orchestre qui officie au sein d'un somptueux opéra parisien. Notre mission est de guider les musiciens à travers différentes représentations en respectant le tempo, en donnant les bonnes entrées aux instruments et en modulant l'intensité de l'interprétation. Il ne suffit donc pas de suivre la musique : il faut véritablement la diriger, en coordonnant nos gestes avec les indications qui apparaissent à l'écran.
L'aventure commence par une masterclass qui fait office de tutoriel. Nous y découvrons progressivement les commandes, les différents mouvements à reproduire et les indications nécessaires au bon déroulement d'une représentation. Les échanges entre les personnages apportent une touche d'humour bienvenue et rendent cette introduction agréable à suivre. Nul besoin de connaître le solfège ou de savoir lire une partition : le jeu est conçu pour permettre à chacun de prendre la baguette en main, même sans expérience musicale. Une fois les premières leçons assimilées, nous pouvons nous lancer dans les représentations et enrichir progressivement notre répertoire. La progression repose essentiellement sur l'amélioration de nos performances et le déblocage de nouveaux contenus, plutôt que sur une histoire traditionnelle ponctuée de rebondissements. Chaque morceau devient alors une nouvelle occasion de perfectionner notre technique et de gagner la reconnaissance du public.
Cette approche fonctionne particulièrement bien sur Switch 2. Même si l'on perd nécessairement une partie de l'immersion propre à la réalité virtuelle, l'écran permet de conserver une vue d'ensemble de la représentation. La caméra accompagne l'action et facilite le suivi des différents groupes de musiciens. On se retrouve ainsi rapidement plongé dans notre rôle de chef d'orchestre, avec un objectif simple mais motivant : réussir à mener chaque représentation sans perdre le rythme.
Joy-Con en main, la direction d'orchestre à portée de gestes
C'est évidemment sur le terrain du gameplay que Maestro doit faire ses preuves. Pour cette adaptation, les développeurs ont choisi d'exploiter les commandes par mouvements des Joy-Con 2. Les deux manettes deviennent nos instruments de direction : l'une sert à battre la mesure à l'aide de gestes rappelant ceux d'un chef d'orchestre (main droite), tandis que l'autre permet notamment de donner les entrées aux musiciens et de gérer les nuances de l'interprétation (main gauche). Il est important de préciser que le jeu ne se pratique pas en mode portable classique. Il faut forcément détacher les Joy-Con 2 de la console pour pouvoir effectuer les mouvements demandés. Maestro est ainsi jouable en mode téléviseur ou sur table, ce qui permet de profiter de l'expérience sur grand écran comme sur celui de la console posée devant soi. Même si le grand écran reste plus appréciable pour le motion control, cette contrainte de détacher les Joy-Con peut surprendre, mais elle est logique au regard du concept : difficile de diriger correctement un orchestre lorsque l'on doit garder la console entre les mains !
La prise en main, d’ailleurs, se révèle plutôt intuitive. Le tutoriel explique efficacement les différentes commandes et les premières représentations permettent de se familiariser rapidement avec les mouvements. Il faut apprendre à battre le tempo, à anticiper les changements de rythme et à effectuer les bons gestes au bon moment. L'expérience devient vite amusante, notamment lorsque le public réagit à nos performances. Une représentation réussie est gratifiante, tandis qu'une succession d'erreurs peut rapidement nous faire perdre le contrôle de la situation et nous nous retrouvons ainsi à recevoir des tomates jetées par notre cher public. La Switch 2 apporte également un avantage intéressant grâce à son système de motion control et à la possibilité de calibrer rapidement les manettes. Cette étape est importante pour obtenir une reconnaissance correcte des gestes. Une fois les Joy-Con 2 calibrés, on peut généralement se concentrer sur la musique plutôt que sur la technique. La caméra accompagne aussi l'action afin de garder les indications importantes visibles, ce qui contribue à rendre l'expérience plus lisible qu'une représentation dans laquelle il faudrait constamment tourner la tête pour observer les différents pupitres. Toutefois, cette adaptation n'est pas exempte de défauts. Si les mouvements sont correctement interprétés dans la majorité des situations, certaines commandes ne sont pas toujours reconnues comme nous le souhaiterions. Le problème devient particulièrement sensible lors des partitions rapides, lorsque plusieurs indications s'enchaînent en quelques secondes. Il arrive alors de manquer une entrée ou de ne pas obtenir la réponse attendue malgré un geste qui nous semblait correct. Dans un jeu où la précision est essentielle, ces petits ratés peuvent devenir frustrants, surtout lorsque l'on cherche à obtenir la meilleure note possible.
Le jeu propose quatre niveaux de difficulté : Facile, Normal, Difficile et Expert. Les deux premiers permettent de découvrir les mécaniques sans trop de pression, tandis que les deux derniers réclament davantage de réactivité, de coordination et d'anticipation. La différence entre les niveaux est sensible : plus la difficulté augmente, plus les enchaînements deviennent exigeants et moins la moindre erreur est pardonnée. Il faudra donc s'entraîner pour espérer maîtriser les partitions les plus complexes. À la fin de chaque représentation, notre performance est évaluée selon plusieurs critères, dont le respect du tempo, la précision des entrées et la gestion des nuances. La note obtenue, sur une échelle allant jusqu'à cinq notes de musique, permet de mesurer nos progrès et conditionne certaines récompenses. Réussir les morceaux avec une meilleure appréciation devient alors un objectif à part entière. Les récompenses permettent notamment de débloquer de nouvelles pistes musicales, mais également différents éléments cosmétiques : baguettes, gants, costumes et décors pour personnaliser nos représentations. Ce système encourage à rejouer les morceaux déjà terminés afin d'améliorer nos résultats et de compléter notre collection. Les classements mondiaux apportent une motivation supplémentaire pour les joueurs qui aiment comparer leurs performances à celles de la communauté. Au final, le concept fonctionne bien sur Switch 2. Les Joy-Con 2 remplacent efficacement les contrôleurs de réalité virtuelle pour reproduire les gestes de direction, même si l'expérience perd naturellement une partie de son immersion. La reconnaissance des mouvements reste néanmoins le point sur lequel le jeu doit progresser : lorsque tout fonctionne, le plaisir est immédiat, mais les imprécisions rencontrées sur les partitions rapides peuvent ternir certaines représentations.
Un opéra tantôt classique, tantôt moderne
Sur le plan graphique, Maestro privilégie avant tout la lisibilité des mouvements et l'ambiance. Le cadre de l'opéra parisien offre un décor agréable pour nos représentations, tandis que les musiciens et les réactions du public contribuent à donner vie à la scène. La mise en scène accompagne correctement l'action et les indications restent suffisamment visibles pour nous permettre de nous concentrer sur les mouvements à effectuer. La réalisation demeure toutefois assez simple. Les personnages manquent parfois de finesse et les décors ne cherchent pas à impressionner par leur niveau de détail. Ce choix n'est pas forcément pénalisant pour un jeu de rythme, puisque l'essentiel est de comprendre les indications et de réagir au bon moment. Néanmoins, une direction artistique plus ambitieuse aurait pu renforcer davantage le sentiment de participer à un véritable spectacle. Sur Switch 2, le titre mise donc davantage sur son concept et son ambiance musicale que sur une démonstration technique.
C'est finalement du côté de la bande-son que Maestro dévoile son principal atout. Le jeu propose 38 morceaux de base, répartis entre musique classique, jazz et bandes originales de films, de séries et de jeux vidéo. Le catalogue réunit notamment des œuvres associées à Beethoven, Mozart, Vivaldi et Carl Orff, mais aussi des thèmes emblématiques de Star Wars, Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux et Game of Thrones. Cette diversité permet de varier les plaisirs et d'attirer un public bien plus large que les seuls amateurs de musique classique. Les mélodies connues sont particulièrement agréables à diriger, puisqu'elles permettent de reconnaître rapidement certains passages et d'anticiper plus facilement les changements de rythme. On prend ainsi plaisir à passer d'une grande œuvre orchestrale à une bande originale populaire, avec le sentiment de participer à une véritable représentation. La version Nintendo Switch 2 bénéficie également d'un morceau supplémentaire issu de L'Attaque des Titans : « Ashes on the Fire », intégré directement au jeu de base. Un ajout appréciable qui renforce l'intérêt de cette adaptation pour les amateurs de bandes originales issues de la culture populaire. Au-delà de la découverte du répertoire, les défis reposent essentiellement sur l'amélioration de nos performances. Il faut obtenir de meilleures notes, débloquer les morceaux encore indisponibles et récupérer les différents éléments cosmétiques. Les classements mondiaux permettent aussi de prolonger l'expérience pour celles et ceux qui souhaitent se mesurer aux autres joueurs. En revanche, la durée de vie dépendra beaucoup de notre envie de rejouer les mêmes morceaux pour perfectionner nos gestes. Une fois le catalogue découvert, il faudra aimer relever des défis de précision pour continuer à progresser.
Il faut également prendre en compte les contenus téléchargeables payants proposés dès le lancement. Deux extensions viennent compléter l'offre de base. La première, consacrée à L'Attaque des Titans, ajoute le morceau « Attack on Titan » ainsi qu'une baguette thématique baptisée « The Titan Sweeper ». Proposé séparément, ce contenu s'adresse principalement aux fans de l'anime qui souhaitent retrouver une autre musique de cet univers dans leur répertoire. Le second DLC, intitulé All Aboard!, propose une ambiance pirate avec cinq morceaux supplémentaires, dont deux issus de Pirates des Caraïbes, ainsi que des éléments cosmétiques thématiques. Cette extension offre donc davantage de variété musicale et permet de renouveler les représentations avec un univers différent. Ces ajouts enrichissent une sélection déjà conséquente, mais leur présence dès le lancement peut laisser un goût mitigé. Les 38 morceaux du jeu de base offrent de quoi s'amuser, et les extensions ne sont pas indispensables pour apprécier le concept. Toutefois, les joueurs souhaitant profiter de l'ensemble des pistes et des personnalisations devront accepter de dépenser davantage. Une politique de contenu additionnel qui pourra déplaire à celles et ceux qui préfèrent disposer de l'intégralité du catalogue dès leur achat.

