Après 14 ans d’attente, de nombreux épisodes spin-off, et toute une génération de console manquée, Kingdom Hearts est difficilement sorti de son « development hell » en 2018 et a plu à la critique, mais a rencontré une réaction bien plus mitigée des fans, certains le voyant même comme une énorme déception. Sortant enfin en version jouable sur Switch, et accompagné de son DLC tardif Re : Mind, il est temps de revenir sur ce troisième épisode numéroté, ses nombreuses qualités, et ses gros défauts.
Test réalisé d’après une version fournie par l’éditeur
Une suite qui n’a jamais pas pu survivre à son niveau de hype
Parlons peu mais parlons bien, la saga Kingdom Hearts est un monstre. Avec des ventes toujours faramineuses et une fanbase hyperactive portée par des jeux toujours plus ambitieux, le troisième épisode numéroté était attendu au tournant, et ce depuis longtemps, très longtemps. Mais trois problèmes majeurs ont plombé cette suite pour toujours : le Disney moderne, qui aseptise et veut tout contrôler, un Tetsuya Nomura surbooké, frustré et fatigué, et un temps de développement trop long dans une industrie qui bouge tellement vite que par certains aspect, le jeu était déjà daté avant sa sortie. Le résultat est un épisode qui possède les qualités intrinsèques de la série, mais présente tellement de défauts que beaucoup se sont trouvés bien déçus par leurs propres attentes, et par de véritables bourdes de game design et de storytelling.
Kingdom Hearts 3 nous remet dans les grandes chaussures de Sora, juste après la fin de Dream Drop Distance. Ayant perdu ses pouvoirs et la chance d’être un Maître, il apprend qu’il doit chercher le pouvoir de l’Eveil afin de trouver sa force. Sauf que personne ne sait ce que c’est, où le trouver ou comment. Et c’est sans compter sur la quête pour retrouver les protagonistes de Birth by Sleep, délivrer Roxas, et démanteler une nouvelle bande de méchants encapuchonnés ! Mais ne vous inquiétez pas, si ce scénario vous semble prometteur, ou s’il semble être trop à gérer, il est mentionné au début, puis disparaît jusqu’à la fin du jeu, sans même une petite mention au milieu. Sora fera ce qu’il fait de mieux, c’est à dire visiter des mondes Disney (et Pixar aussi). Pendant ce temps, Riku et les autres auront le droit à une scène de temps en temps.
Si ce constat peut vous sembler amèrement caricatural, c’est pourtant la vérité du jeu. Et c’est même pire manette en main. Sans spoiler, la fin du jeu, seul moment où le scénario se remet à avancer, est un crime de facilités scénaristiques, Deus Ex Machina et retours en arrière. Tous les soucis sont résolus sans enjeux, certains personnages voient leur développement carrément annihilé, on tombe dans une farce simpliste de « l’élu est le seul héros » et en plus c’est LONG ! Préparez-vous à soupirer longtemps, souvent et longuement devant cette fin qui n’en finit plus de se vautrer dans les escaliers et qui gâche rétroactivement certains des meilleurs moments de la série.
Mais alors, ça se joue bien ? Oui ? Ouf.
Laissons de côté l’histoire, après tout on peut passer les cinématiques. C’est le gameplay qui est fun, non ? Et là, ok, oui, c’est très réussi. Le premier contact avec Kingdom Hearts 3 est des plus réjouissants : l’intro dans le monde d’Hercule est impressionnante, grandiose, expose plein d’idées et de mécaniques, et combine de nombreux éléments connus pour un gameplay dynamique et personnalisable. Sora va vite, peut courir sur les murs, et voltige en frappant les ennemis, et ce dès le début du jeu. Il peut également avoir recours à des tirs à distance à distance et des coups finaux à la Birth by Sleep, et à des coups spéciaux impressionnants très rapidement, le système de jeu se construisant sur vos prouesses en combat pour vous proposer des options immédiates qui correspondent à ce que vous faites.
Certains aspects ne sont pas aussi bons, mais peuvent être ignorés : la Fluidité de Dream Drop Distance est ici tronquée à en être méconnaissable et ne permet plus déplacements à grande vitesse, et les coups spéciaux invoquant les attractions Disney comme les Tasse Tournantes ou le Space Mountain sont tellement fortes qu’elles trivialisent les rencontres. Mais vous pouvez bien les ignorer si vous voulez. Exit également les formes de KH2 au profit de transformations liées à votre Keyblade, qui peuvent s'enchaîner et changent vos coups bien plus souvent. Sachant que vous pouvez changer facilement entre trois Keyblades différentes à la volée, il y a de quoi faire pour varier les plaisirs. De même, les interactions avec les personnages Disney en combat sont plus nombreuses que jamais, changeront vraiment le rythme des batailles.
Côté exploration, il y a plus à faire que jamais, les mondes étant pour la plupart (nous y reviendrons) immenses. Le monde Pirates des Caraïbes nous offre tout un océan à explorer en bateau, tandis que Toy Story nous emmène dans un grand magasin rempli de petites boutiques. Quand ça marche c’est très inventif et vous serez motivés à trouver tous les coffres, ou même toutes les marques en forme de Mickey pour gagner des récompenses. Et vu que Sora se manie très très bien, courir partout et revenir sur vos pas n’est jamais un souci, même quand la carte s’élargit. C’est vrai que la Fluidité nous manque, mais le flot du jeu en bataille comme en exploration reste agréable. Même les phases en vaisseau gummi sont devenues un petit espace à explorer librement, à vos risques et périls. Enfin quand vous ne croisez pas un boss trop dur pour votre niveau que vous allez mettre 10 minutes à presque tuer avant de devoir recommencer. Oh non, ça redevient négatif !
Un nouveau bémol à prendre en compte
Malgré ce confort de jeu, quelques décisions de game design ont de quoi faire grincer des dents. Déjà, les différences de qualité et d’ambition des différents mondes montrent bien les cicatrices du long développement du jeu : le monde de Raiponce est court, longiligne et comprend en tout et pour tout un aller-retour à faire tandis que celui de Pirates des Caraïbes est si immense et rempli de tellement de secrets qu’il met la misère à certain jeux indés. Twilight Town est un doigt d’honneur aux fans qui n’ont pas le droit de l’explorer, mais la nouvelle intro d’Hercule est digne d’un film niveau action. Et ne parlons pas de l’influence de Disney, qui a stérilisé certains mondes, comme celui de la Reine des Neiges, pour en faire un deuxième visionnage du film où Sora n’est même pas un acteur secondaire. On se paye même le clip de « Libérée, Délivrée » en entier dans le moteur du jeu ! Vous comprenez, on ne pas marketer Elsa si elle devient un Sans-Coeur. On perd cette magie des premiers jeux, où nos classiques étaient remaniés à l’envie, où Jafar invoquait des Sans-Coeurs et où Cloud et Hadès tapaient la discute. D’ailleurs, Kingdom Hearts 3 oublie TOTALEMENT ses racines Final Fantasy pour se pencher sur son propre mythos et s’étouffer avec les frustrations de Nomura, notamment celle de ne pas avoir pu sortir son Versus XIII d’après certains noms, designs et décisions. Ne comptez même pas apercevoir l’ombre d’un personnage de Square-Enix avant le DLC. Un comble.
Le DLC en lui-même n’est accessible qu’après la terrible fin du jeu. Il présente de nouvelles batailles avec d’autres personnages, et pas mal de boss, en plus de nouveaux « lore dumps » à manger difficilement. Enfin, on y voit des personnages de Square-Enix, mais ils sont là pour parler et sont enfermés dans ce menu. Le DLC propose également de changer la difficulté de l’aventure si vous le voulez, en plus du mode de difficulté standard, ce qui est étonnant, mais plus d’options sont toujours bienvenues. Terminons sur une bonne note, avec l’aspect graphique toujours très beau du jeu, et sa bande-son toujours réussie, même si elle non plus n’est pas au niveau des anciennes ou se repose trop sur des mélodies connues. Mais l’habillage est beau, et il serait difficile de se plaindre d’autre chose que des soudaines chutes de FPS qui seront peut-être corrigées par un patch un de ces jours.

