Dans Hell is Us, nous incarnons Rémi, un homme revenu sur sa terre natale d’Hadéa après l’avoir quittée durant son enfance. Alors que le pays est ravagé par une guerre civile et confronté à une mystérieuse calamité donnant naissance à des créatures surnaturelles insensibles aux armes modernes, notre héros décide de partir à la recherche de ses origines. Mais cette aventure ne ressemble pas à celles auxquelles nous sommes habitués : ce jeu d’action-aventure à la troisième personne mise sur l’exploration, les combats au corps-à-corps et l’investigation, sans carte, marqueurs ni indications pour nous guider. C’est donc au joueur d’observer son environnement, de recueillir des informations auprès des habitants et de déduire lui-même la marche à suivre. Une approche qui privilégie l’autonomie et la curiosité, tout en nous plongeant dans un univers aussi mystérieux qu’hostile. Que nous vaut cette mouture Switch 2, parue quasiment un an après sa sortie sur d'autres plateformes ?
Test réalisé via une clef de jeu fournie par l'éditeur.
L'enfer, c'est les autres.
Dans le pays fictif d’Hadéa, Hell is Us dévoile progressivement ses mécaniques à travers des zones de plus en plus vastes et complexes à parcourir. Ici, aucune carte ni aucun marqueur ne vous indique la marche à suivre : il faut observer les environs, discuter avec les habitants et faire preuve de déduction pour progresser. Cette liberté, qui peut dérouter au départ, renforce considérablement l’immersion et récompense la curiosité par de nombreuses découvertes. Certaines énigmes annexes, plus complexes, nécessiteront même de prendre des notes pour en venir à bout. Impossible de foncer tête baissée dans Hell is Us : les dialogues avec les PNJ sont essentiels pour comprendre les objectifs et progresser. Heureusement, un PDA multifonction permet de consulter les informations recueillies et de retrouver les nombreux indices découverts, des documents aux cassettes audio. Pratique, cet outil devient vite indispensable pour organiser ses trouvailles, notamment en classant les éléments importants parmi les favoris ou les archives.
Les quêtes annexes de Hell is Us se divisent en trois catégories : les Mystères, les Bonnes Actions et les Boucles Temporelles. Elles enrichissent l’expérience et encouragent clairement le joueur à explorer chaque recoin du jeu. Comment ouvrir un coffre, utiliser un objet étrange ou percer les secrets d’une porte énigmatique ? Autant de Mystères à résoudre, parfois immédiatement, parfois bien plus tard. Les Bonnes Actions, quant à elles, consistent à venir en aide aux habitants, dont les dialogues laissent deviner les difficultés sans jamais formuler directement leurs attentes. Il faut donc rester attentif et relier par soi-même les indices, même si les échanges restent concis et suffisamment clairs pour ne pas rendre l’expérience inutilement bavarde. Hell is Us propose un système de combat qui lui est propre. Les Hollow Walkers, insensibles aux armes modernes, doivent être affrontés à l’aide de quatre catégories d’armes de mêlée, tout en éliminant rapidement les Haze qui les accompagnent pour éviter leur réapparition. Chaque arme peut être personnalisée grâce à quatre types de pouvoirs, tandis que des reliques et des glyphes permettent de déclencher des attaques spéciales. Le système de santé et d’endurance sont intimement liés, puisque la seconde diminue avec la première, rendant les combats particulièrement difficiles lorsque l’on est blessé. Heureusement, l’Impulsion de guérison permet de récupérer de la vie en attaquant sans subir de dégâts, une mécanique qui encourage à rester offensif. Enfin, un drone accompagne Rémi, se montrant utile en combat, mais surtout là pour traduire les anciennes inscriptions qui dissimulent les secrets de cet univers mystérieux.
On n'est pas pris par la main…
Dans Hell is Us, les combats évitent volontairement d’opposer le joueur à des adversaires humains, le studio Rogue Factor souhaitant ne pas contribuer au cycle de violence qui est un des thèmes principaux du jeu. Rémi affronte plutôt les Hollow Walkers, d’étranges entités blanchâtres liées à la Calamité, dont les mouvements troublants et les téléportations soudaines rendent les affrontements particulièrement déstabilisants. Leurs animations imprévisibles obligent à rester constamment sur ses gardes pour anticiper leurs attaques. Certains sont également protégés par des Haze, incarnations de quatre émotions humaines — Rage, Extase, Chagrin et Terreur — qu’il faudra éliminer rapidement avant de pouvoir s’attaquer à leur chef. Les combats de Hell is Us se révèlent dynamiques, mêlant esquives, parades et gestion des jauges de santé et d’endurance. L’Impulsion de guérison, les attaques spéciales liées aux glyphes, les pouvoirs du drone KAPI et les finish moves après avoir brisé la garde adverse enrichissent indéniablement les affrontements. Ainsi, peu de répétitivité s’installe au fil de l’aventure, notamment en raison du grand nombre d’ennemis dans certaines zones même si le bestiaire reste assez limité. Avec seulement cinq types de Hollow Walkers et quatre Haze, dont les variantes évoluent principalement selon leur niveau, les combats finissent par manquer un peu de diversité.
Le système de combat souffre également d’un verrouillage des ennemis parfois capricieux, notamment face aux Haze, dont les mouvements rapides et les téléportations peuvent faire perdre ses repères à la caméra. Les esquives deviennent alors risquées et peuvent même entraîner une chute évitable, même si la frustration s'évacue rapidement. Car heureusement, Hell is Us propose de personnaliser librement la difficulté en ajustant la santé, les dégâts et l’agressivité des ennemis. Il est même possible d’activer des pénalités plus sévères à la mort, comme leur réapparition ou la perte d’expérience. Une option que l'on apprécie pour adapter l’expérience à ses préférences, ou simplement écourter des combats qui pourraient finir par lasser. Une fois les combats terminés, on retrouve avec plaisir ce que Hell is Us a de meilleur à offrir : l’exploration et la découverte d’un lore particulièrement riche. En fouillant les environnements, on récolte des artefacts dont l’importance historique se révèle après analyse dans notre véhicule militaire. La collecte complète des objets d’une même catégorie permet même de débloquer de longs articles passionnants, qui relient les découvertes entre elles et éclairent considérablement les thématiques du jeu. Un véritable régal pour les amateurs d’univers complexes et de lectures nombreuses ! Enfin, la découverte des Chambres des Savoirs Interdits, renfermant textes historiques, glyphes et reliques, constitue une récompense particulièrement gratifiante pour les explorateurs les plus persévérants.
Une aventure pas comme les autres.
Le level design de Hell is Us alterne entre vastes zones ouvertes, donjons et environnements plus linéaires aux raccourcis à trouver soi-même. Toutes se distinguent par leurs ambiances variées et leur richesse en détails, invitant le joueur à l’exploration, même si l’impossibilité de sauter impose parfois des limitations un peu frustrante. Malgré ses airs de Soulslike, le jeu se montre plus accessible : les ennemis ne réapparaissent pas après une mort et aucune progression n’est perdue, tandis que plusieurs paramètres permettent d’ajuster la difficulté, comme on l'a vu un peu plus haut dans ce test. Hell is Us mêle des thématiques contemporaines et réalistes à un univers aussi étrange que fascinant. Entre monolithes mystérieux, créatures mythiques, religions inconnues, statues monumentales et vestiges des heures sombres d’Hadéa, chaque environnement recèle des indices sur le passé de ce monde. La direction artistique et la narration environnementale brillent ainsi par leur capacité à éveiller la curiosité et à pousser le joueur à reconstituer les pièces d’un vaste puzzle historique. Au fil des découvertes, les plus attentifs d'entre-nous accéderont à une histoire bien plus riche et complexe qu’elle n’y paraît au premier abord, malgré la menace omniprésente de la Calamité.
Au cœur de la guerre entre Palomistes et Sabiniens, Hell is Us dépeint sans concession les horreurs d’un conflit fratricide : civils terrorisés, familles endeuillées, exécutions et autres atrocités témoignent d’un monde sombre et brutal. Sans miser sur le gore pour le plaisir du gore, le jeu frappe par le réalisme de ses situations, parfois difficiles à supporter, et montre comment des individus ordinaires peuvent être poussés à commettre les pires actes. Son propos évite toutefois le manichéisme en explorant les nombreux mécanismes qui alimentent la violence : religion, haine, vengeance, déshumanisation de l’ennemi, manipulation des médias ou encore endoctrinement. En mettant en lumière l’exploitation des émotions humaines et les engrenages qui transforment tour à tour victimes et bourreaux, le jeu livre une réflexion profonde sur la nature humaine et le cycle infernal de la guerre. Et le tout se joue parfaitement sur nos Switch 2, en nomade comme en docké sur la télé du salon. Bien sûr, quelques concessions sont de la partie au niveau technique, qui demeure inférieur à ce qu'on a vu sur PS5, par exemple, mais on ne boudera pas notre plaisir car la fluidité est suffisante pour apprécier l'expérience.

