C’est l’un des tests les plus compliqués de ma courte carrière de testeur et celui qui aura le plus mis à l’épreuve mon objectivité. Il y a des jeux dont on reconnaît les qualités sans jamais parvenir à les apprécier pleinement et, chez moi, Dragon’s Dogma 2 fait partie de ceux-là. J’ai pourtant vécu quelques moments formidables en compagnie de mon Insurgé. Je pense notamment à cet ogre sur lequel j’ai sauté pour m’accrocher à son dos et finir par l’abattre à la manière d’un Shadow of the Colossus. Mon pion est alors venu taper dans ma main pour célébrer notre victoire et j’ai même gagné un niveau dans la foulée. J’ai adoré ce moment. Vraiment. Pourtant, une fois ma console éteinte, je n’avais pas spécialement envie de reprendre mon aventure. C’est toute la difficulté de l’exercice du test. On peut reconnaître les qualités d’un très bon jeu et comprendre pourquoi tant de joueurs l’apprécient sans pour autant parvenir à l’aimer soi-même. Pas le bon jeu, pas la bonne personne ou simplement pas le bon moment. Ce n’est pas toi… c’est moi.
Test réalisé sur Nintendo Switch 2 à partir d’une clé presse fournie par Capcom. Parties principalement effectuées sur téléviseur sur le jeu de base. L'extension Dark Arisen a été commencée sans en atteindre la fin.
Dragon's Dogquoi ?
Sorti initialement en mars 2024 sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series, Dragon’s Dogma 2 arrive sur Nintendo Switch 2 accompagné de son extension Dark Arisen. Un sacré défi pour Capcom tant le titre pouvait se montrer exigeant, ou parfois mal optimisé, sur les autres machines. J’avais quelques inquiétudes en découvrant l’annonce de ce portage et je dois reconnaître avoir été très agréablement surpris. Si le jeu lui-même ne m’a pas particulièrement accroché, son portage m’a davantage convaincu. Dragon’s Dogma est, en quelque sorte, l’autre face de la médaille de Monster Hunter chez Capcom. Monster Hunter fait briller le multijoueur autour d’un chasseur que l’on équipe et fait progresser individuellement. Dragon’s Dogma prend le chemin inverse avec une aventure exclusivement solo, mais pensée autour d’un groupe et de la coopération entre ses membres. Les pions donnent ainsi l’impression de partir à plusieurs alors que l’on joue seul. Dans les deux cas, on retrouve ce plaisir d’affronter des monstres titanesques et de vivre une aventure entre deux cueillettes. Dans Dragon’s Dogma 2, on incarne l’Insurgé, un personnage dont un dragon a arraché le cœur. Notre aventure nous entraîne sur les traces de cette créature, au milieu de royaumes rivaux et d’intrigues politiques. Il faut explorer, accomplir des quêtes, s’équiper et faire progresser son groupe pour espérer venir à bout des dangers qui se dressent sur notre route.
Changer de classe, changer de jeu
Dragon’s Dogma 2 possède un excellent système de combat et c’est probablement ce qui m’aura le plus impressionné pendant mon aventure. Grand amateur de Monster Hunter, je connais bien le savoir-faire de Capcom lorsqu’il s’agit de nous opposer à des créatures gigantesques. On retrouve ici une partie de ce plaisir avec la possibilité de grimper directement sur nos adversaires pour les frapper. Les affrontements sont physiques et les monstres les plus imposants peuvent donner lieu à des séquences spectaculaires. Mais c’est surtout en changeant de classe que j’ai véritablement compris la richesse du système. J’avais parfois l’impression de ne plus jouer au même jeu. Le Champion et son immense épée à deux mains m’ont immédiatement séduit. On se retrouve à distribuer des coups d’une violence assez réjouissante avec cette sensation de puissance que j’aime tant dans Monster Hunter. Les nouvelles attaques que l’on débloque au fil de sa progression donnent régulièrement envie de retourner combattre. Il y a un vrai plaisir à découvrir de nouvelles compétences, à les équiper et à expérimenter différentes combinaisons pour trouver celle qui nous convient le mieux.
L’archer, en revanche, ne m’a pas convaincu. Je n’ai vu aucun intérêt à jouer cette classe dans mon aventure. Dans un jeu multijoueur, j’aurais sans doute davantage apprécié ce rôle à distance, pendant que d’autres joueurs se battent au contact. Mais ici, j’avais surtout l’impression de passer à côté du jeu. Ce qui me plaisait le plus dans Dragon’s Dogma 2, c’étaient les affrontements physiques et la possibilité de grimper sur les monstres. Je suis donc rapidement passé à autre chose. La magie m’a réservé des surprises autrement plus intéressantes. Visuellement, certains sorts sont magnifiques. Capcom ne s’est pas contenté de quelques projectiles lumineux et les effets peuvent prendre des proportions franchement impressionnantes. Seulement voilà, j’ai aussi découvert les limites d’un personnage qui doit parfois prendre son temps pour préparer ses attaques. Entre les ennemis qui nous interrompent et les sorts qui arrivent trop tard, mes feux d’artifice étaient magnifiques, mais je n’étais pas toujours en mesure d’en profiter. C’est d’ailleurs tout l’intérêt du système. Chaque classe possède ses propres attaques, ses compétences et ses contraintes. Certaines demandent de foncer au contact tandis que d’autres imposent de préparer davantage ses affrontements. On expérimente volontiers parce qu’il suffit parfois de quelques essais pour trouver une nouvelle manière de jouer qui nous plaît. Attention toutefois à ne pas confondre cette liberté avec une facilité déconcertante. Même si certains affrontements deviennent rapidement abordables, il existe des créatures qu’il vaut mieux éviter au début de l’aventure. J’ai notamment pensé aux Lynels de Breath of the Wild que l’on peut rencontrer relativement tôt sans avoir nécessairement les moyens de les vaincre. On sait qu’ils sont là et on se promet de revenir les affronter lorsqu’on sera mieux équipé. Dragon’s Dogma 2 parvient lui aussi à entretenir cette envie de progresser pour venir à bout d’adversaires qui nous semblaient initialement insurmontables.
On drague, on combat et on largue
Une autre grande force du jeu est son système de pions, qui constitue probablement ma plus agréable surprise. Ces compagnons contrôlés par le jeu nous accompagnent dans notre aventure, participent aux affrontements et peuvent même nous guider lorsque nous cherchons notre chemin. Enfin, lorsqu’ils sont décidés à le faire. Le système est particulièrement malin. On crée d’abord son propre pion, qui nous accompagne et progresse à nos côtés tout au long de l’aventure. Ce rôle de compagnon de route peut rappeler celui des Félynes de Monster Hunter. Mais il est également possible de recruter jusqu’à deux compagnons supplémentaires parmi les créations des autres joueurs ou les pions que l’on rencontre en explorant. Chaque nouvelle recrue possède ses compétences et sa classe, ce qui permet de constituer une équipe adaptée à notre manière de jouer. Et on se prend rapidement au jeu du recrutement. On rencontre un pion qui nous plaît, on l’invite à rejoindre notre équipe, on apprend à le connaître et on combat ensemble pendant plusieurs niveaux. Puis vient le moment où l’on réalise qu’il commence à être dépassé par les événements. Contrairement à notre compagnon principal, les pions recrutés ne gagnent pas de niveaux avec nous. Il faut donc régulièrement se résoudre à les remplacer. On drague, on combat et on largue dès qu’on trouve mieux. C’est cruel mais particulièrement amusant. Et cela donne une raison supplémentaire de renouveler son équipe, de tester de nouvelles compositions et de découvrir les compagnons imaginés par les autres joueurs. J’ai souvent pensé à Elizabeth dans BioShock Infinite en jouant avec eux. Pas spécialement pour leur personnalité mais pour cette capacité à être présents au bon moment et à nous rendre service sans que nous ayons besoin de constamment nous occuper d’eux. Ils apportent énormément aux combats et leurs petites interactions contribuent à donner une véritable vie à notre groupe. Ce fameux geste de célébration après mon affrontement contre l’ogre m’a d’ailleurs davantage marqué que bien des dialogues du jeu. Avec ses classes et ses pions, Dragon’s Dogma 2 possède deux mécaniques formidables qui suffisent presque à justifier l’aventure. Presque.
Un cheval, par pitié !
Car entre deux affrontements, il faut bien se déplacer. Et c’est précisément là que Dragon’s Dogma 2 a commencé à me perdre, alors même que le voyage est au cœur de la proposition de la série. Imaginez que vous deviez rejoindre un village pour accomplir une mission. Vous quittez votre point de départ et empruntez un chemin. Après quelques minutes, vous rencontrez un groupe de monstres. Vous les éliminez puis repartez. Un peu plus loin, un autre groupe vous attend. Vous vous battez encore. Vous arrivez enfin à destination et devez livrer un nouvel affrontement pour accomplir votre objectif. Et maintenant il faut rentrer. Je caricature à peine. Cette succession de déplacements et de combats constitue une bonne partie de mon expérience et elle a fini par me fatiguer. Je comprends pourtant ce que Capcom cherche à proposer. Le voyage doit faire partie de l’aventure et chaque déplacement peut être l’occasion de découvrir quelque chose d’inattendu. Simplement, je n’y ai jamais vraiment trouvé mon compte. L’absence de cheval m’a particulièrement agacé. Les chars à bœufs constituent une idée assez sympathique et les différents moyens de téléportation rendent bien des services. J’ai notamment utilisé les Transpierres pour rentrer plus rapidement après certaines missions. Mais j’aurais tellement aimé pouvoir simplement monter à cheval pour profiter autrement de mes déplacements. Avec le recul, je trouve cette frustration assez révélatrice. Si l’absence d’un cheval me manque autant, c’est probablement parce que je n’ai jamais adhéré à la philosophie du jeu. Dragon’s Dogma 2 veut que l’on prenne son temps pour parcourir son monde. Moi, je voulais surtout rejoindre ma prochaine destination.
Le bestiaire n’aide malheureusement pas à entretenir la surprise. Les premières rencontres m’ont plu et les monstres les plus imposants sont souvent impressionnants. Mais à force de croiser les mêmes adversaires sur les mêmes chemins, l’enthousiasme finit par retomber. L’absence d’escalade libre dans le décor m’a également franchement agacé. Je peux m’agripper à un monstre gigantesque et lui grimper sur le dos, mais je ne retrouve pas cette liberté devant un mur ou une paroi rocheuse. Pourquoi me donner cette possibilité pendant les combats et me la retirer dès que je veux explorer ? Ce décalage m’a paru contre-intuitif et il a ajouté à ma frustration pendant les déplacements. Le plus frustrant est que les combats ne deviennent pas moins bons. Je m’amusais toujours autant lorsque je retrouvais une grosse créature ou que je découvrais une nouvelle compétence. Je n’avais simplement plus envie de traverser une nouvelle fois les mêmes chemins pour profiter de ces excellents moments.
De la fantasy vanilla.png
Mais si je pouvais changer une seule chose à Dragon’s Dogma 2, ce ne serait finalement pas de lui ajouter un cheval. Je commencerais par son histoire et son écriture. Le jeu affiche de grandes ambitions avec son univers de fantasy, ses royaumes et ses intrigues politiques. Le problème est que je n’ai jamais réussi à m’intéresser à ce qu’il avait à me raconter. J’ai pourtant apprécié progresser dans les différentes missions confiées par le capitaine Brant et débloquer de nouvelles possibilités. Mais les raisons qui me poussaient à accomplir ces objectifs me laissaient assez indifférent. Les personnages ne m’ont pas particulièrement marqué et les dialogues ont rapidement commencé à m’ennuyer. J’ai fini par passer une grande partie des conversations pour retourner à ce qui m’intéressait vraiment. Je ne prétendrai donc pas avoir suivi suffisamment attentivement l’intégralité du scénario pour juger chaque rebondissement. En revanche, je peux difficilement ignorer que son écriture ne m’a jamais donné envie de m’y investir. Et c’est d’autant plus dommage qu’il existe différentes manières de réussir la narration d’un jeu de cette envergure. Les Elder Scrolls savent me donner envie de m’attarder à travers leurs personnages, leurs quêtes et la multitude d’histoires que l’on découvre en explorant. Monster Hunter se contente généralement de scénarios beaucoup plus convenus mais qui remplissent leur fonction. Je comprends pourquoi je pars chasser et cela me suffit. Même The Legend of Zelda Breath of the Wild, dont la narration est volontairement discrète, parvient à construire un univers fascinant en laissant le joueur découvrir son histoire à son propre rythme. Dragon’s Dogma 2 donne une place importante à ses personnages et à ses intrigues, mais je n’ai jamais trouvé ici de raison suffisante de m’intéresser à ce qui se racontait.
Il faut dire que sa direction artistique ne m’a pas davantage convaincu. Pour moi, Dragon’s Dogma 2 ressemble parfois à une sorte de fantasy vanilla.png. Des forêts, des montagnes, des villages médiévaux et tout ce que l’on peut attendre d’un univers de fantasy traditionnelle. L’ensemble fait le travail mais je n’y ai pas trouvé la personnalité d’un The Elder Scrolls ou la force artistique d’un Elden Ring. J’irais même jusqu’à dire que certains villages de Monster Hunter possèdent davantage de caractère que ceux que j’ai traversés ici. Ils ne sont pas nécessairement plus vastes ou plus complexes mais ils ont une identité immédiatement reconnaissable. Dragon’s Dogma 2 possède un monde immense mais je ne me suis que rarement arrêté pour contempler ses paysages. Je le traversais pour rejoindre mes objectifs sans éprouver cette curiosité qui me pousse habituellement à explorer les moindres recoins d’un RPG.
Norgan me laisse moins de glace
Heureusement, ma découverte de Norgan m’a davantage donné envie d’explorer. Cette région enneigée accompagne l’arrivée de Dark Arisen, qui ajoute également douze défis de donjon baptisés les Rites oubliés. Son ambiance inquiétante, ses paysages enneigés et ses nouveaux monstres m’ont immédiatement rappelé Ariandel dans Dark Souls III. J’y ai trouvé ce supplément de personnalité qui me manquait dans les premiers environnements du jeu de base. Pour une fois, j’avais réellement envie de voir ce qui m’attendait un peu plus loin. Les nouvelles créatures contribuent également à renouveler les affrontements et c’est une bonne nouvelle après la répétition des rencontres dans l’aventure originale. J’ai aussi essayé l’un des donjons des Rites oubliés. Mon expérience reste donc trop limitée pour juger l’intérêt de l’ensemble de ces défis ou leur capacité à renouveler durablement l’aventure. Cette première découverte m’a néanmoins fait meilleure impression. Dark Arisen conserve les mécaniques et la philosophie de Dragon’s Dogma 2, mais Norgan m’a donné une raison supplémentaire de retrouver ses excellents combats. Cela n’a pas effacé mes réserves sur les déplacements ou l’écriture, mais j’ai davantage apprécié ce changement de décor. Proposée à 49,99 €, cette édition Nintendo Switch 2 réunit le jeu original et son extension. Le contenu disponible est conséquent, même si je n’en ai pas épuisé les possibilités. À ce prix-là, ce sont des dizaines d’heures de jeu qui vous attendent.
Un portage qui fait honneur à la Nintendo Switch 2
Venons-en enfin à ce qui nous intéresse particulièrement sur Nintendo-Master. Comment Dragon’s Dogma 2 tourne-t-il sur Nintendo Switch 2 ? J’ai joué exclusivement en mode Performance, en privilégiant la fluidité, et très majoritairement sur téléviseur. Le résultat m’a agréablement surpris. Je n’ai pas rencontré de ralentissements suffisamment importants pour perturber mes affrontements et les chargements ne m’ont pas particulièrement gêné. Il faut évidemment accepter certaines concessions techniques. Dans son analyse du 12 octobre, Digital Foundry relève notamment une résolution interne d’environ 540p en mode téléviseur, une végétation moins dense ainsi qu’un éclairage et des reflets simplifiés, l'analyse se montre surtout un peu réservée sur la fluidité. De mon côté, j’ai simplement constaté les limites du rendu, particulièrement en portable où l’image bave davantage et m’a semblé moins propre que sur téléviseur. Je n’ai toutefois consacré qu’une petite partie de mes sessions en mode portable.
Mon appréciation du portage repose donc essentiellement sur mes parties sur grand écran. Les réserves de Digital Foundry sur la fluidité ne correspondent pas à une gêne importante pendant mes propres sessions. Manette en main, j’ai trouvé l’expérience agréable et je ne me suis pas senti handicapé pendant les affrontements. J’ai en revanche rencontré des écrans noirs à plusieurs reprises en reprenant le jeu après une mise en veille de la console. Le jeu était initialement installé sur ma carte SD, mais le problème persistait même après l’avoir déplacé vers la mémoire interne de la Switch 2. Un point regrettable sur une machine qui permet justement d’interrompre facilement sa partie pour la retrouver plus tard. Le jeu sauvegarde néanmoins assez régulièrement pour que ces incidents ne m’aient pas fait perdre de progression. Malgré ce problème assez sérieux et les concessions visuelles, je trouve cette adaptation très convaincante. Capcom a réussi à faire tenir ce monde ouvert sur une console hybride dans des conditions qui m’ont permis de profiter pleinement de ses combats.

