Si Jump Over the Age avait réussi à créer une expérience profondément personnelle avec Citizen Sleeper, est-ce que la performance allait se répéter avec l'opus suivant ? Avec Citizen Sleeper 2: Starward Vector, le studio ne se contente pas de reproduire la formule. Cette suite élargit son univers en quittant les couloirs confinés d'une unique station spatiale pour offrir une odyssée à travers la Ceinture Astrale. Plus ouvert, plus stratégique et encore plus riche sur le plan narratif, ce second épisode est désormais sur Nintendo Switch 2 dans une version profitant d'améliorations techniques appréciables, et de la traduction française. C'est partie pour une nouvelle virée dans l'espace !
Une fuite permanente à travers les étoiles
S'agissant plus d'une suite spirituelle que d'une suite directe, Citizen Sleeper 2: Starward Vector vous propose d'incarner un tout nouveau Dormeur, une conscience humaine transférée dans un corps synthétique. Cette fois, vous êtes poursuivi non seulement par la corporation qui vous a créé, mais également par un dangereux gang qui cherche à reprendre le contrôle de votre existence. Après avoir échappé à un certain Laine, votre mémoire se retrouve malheureusement altérée, perdant ainsi une bonne partie de vos souvenirs à commencer par ceux de vos compagnons, et votre corps présente de nombreux dysfonctionnements. Votre seule chance de survie consiste à voler un vaisseau spatial avant de prendre la fuite vers les confins de la Ceinture Astrale.
L'un des plus grands changements apportés par cette suite réside dans sa structure. Là où le premier épisode restait presque entièrement confiné à l'Œil, Starward Vector multiplie les destinations. Chaque nouvelle escale possède sa propre identité, ses habitants, ses conflits et ses histoires. Au fil des voyages, vous recrutez progressivement un équipage composé de personnages aux motivations variées. Chacun apporte ses compétences mais également ses propres problèmes, renforçant considérablement l'attachement émotionnel qui se crée au fil de l'aventure. L'écriture demeure la plus grande qualité du jeu. Gareth Damian Martin parvient une nouvelle fois à parler de capitalisme, de précarité, d'identité, d'entraide ou encore de reconstruction personnelle avec une remarquable subtilité. Aucun personnage n'est caricatural et les nombreux choix proposés offrent rarement une solution idéale.
Une formule enrichie qui gagne en profondeur
Le gameplay reprend les mécanique du premier opus, mais en le bonifiant. Chaque journée est représentée par un cycle, et à chaque cycle, un lot de dés nous est fourni aléatoirement. Chaque cycle débute par plusieurs lancers qui déterminent les actions disponibles durant la journée. Plus le résultat est élevé, plus les probabilités de réussite augmentent. Mais cette suite enrichit considérablement cette mécanique. Le nouveau système de Stress remplace la dépendance au stabilisateur du premier opus. Accumuler trop de pression peut désormais endommager définitivement certains dés, réduisant vos possibilités jusqu'à leur réparation. Cette seule évolution rend chaque décision beaucoup plus tendue. Les talents propres aux 3 catégories de Dormeur que vous pourrez sélectionner en début de partie vous permettront également de bénéficier d'avantages ou de malus sur certains jets d'action.
L'autre nouveauté majeure réside dans les contrats. Ces missions s'étalent sur plusieurs cycles et demandent une véritable préparation. Il faut sélectionner les bons membres d'équipage, anticiper les risques, gérer les ressources disponibles (carburant, nourriture), et parfois improviser lorsque les dés ne sont pas en votre faveur (et Dame Fortune a été une sacrée garce durant mon aventure...) Chaque compagnon dispose également de compétences spécifiques et de leurs propres jeu de dés, pouvant influencer directement le déroulement des missions. Cette gestion de l'équipage apporte une dimension tactique qui était absente du premier jeu.
La progression de notre personnage continue de progresser grâce à son système de classes, de compétences spécialisées et de tests de talents qui offrent davantage de possibilités pour résoudre une même situation. Lorsque nous accomplissons une quête, mineure ou majeure, nous gagnons un point de compétence qui peut ainsi être utilisé pour renforcer nos statistiques. Si le jeu s'est offert quelques nouveautés côté gameplay, le rythme reste volontairement contemplatif. Citizen Sleeper 2 demeure avant tout un RPG narratif où la lecture occupe une place essentielle. Nous remercions encore une fois l'excellent travail fourni sur la traduction française disponible depuis peu.
Une superbe direction artistique sublimée sur Switch 2
Graphiquement, Citizen Sleeper 2 conserve l'identité visuelle qui a fait le succès du premier épisode. Les illustrations réalisées par Guillaume Singelin restent magnifiques. Les portraits ont une identité propre tandis que chaque environnement raconte une histoire sans avoir besoin de multiplier les animations. Pour le test de ce second opus, j'ai préféré jouer en mode docké directement sur mon ordi avec une barre de son d'assez bonne qualité avec des basses puissante... Et que dire si ce n'est que le sentiment d'oppression de l'espace était présent malgré le minimalisme des actions à l'écran. La direction artistique mélange habilement influences manga, bande dessinée européenne et science-fiction industrielle, offrant une identité immédiatement reconnaissable.
Sur Nintendo Switch 2, cette édition profite d'améliorations techniques bienvenues. L'affichage atteint la 4K en mode TV, la Full HD en mode portable et l'ensemble tourne à 60 images par seconde, offrant une navigation beaucoup plus fluide dans les nombreuses interfaces. Les temps de chargement sont quasiment inexistants, ce qui nous permet d'enchaîner les cycles sans s'en rendre compte. La bande originale d'Amos Roddy accompagne parfaitement cette aventure spatiale. Mélancolique, atmosphérique et discrète, elle renforce constamment le sentiment de solitude tout en nous laissant apprécier les dialogues. Le titre étant avant-tout une aventure narrative, 80% de votre temps de jeu se résumera à lire des dialogues et faire des choix pouvant subtilement déclencher de nouveaux scénarios, donc encore une fois, nous sommes sur un jeu presque contemplatif qui ne conviendra pas à tous les profils de joueurs.

