J’aime beaucoup les jeux asymétriques, vraiment beaucoup. Je trouve qu’il y en a trop peu pour le potentiel qu’ils véhiculent. J’apprécie particulièrement que chaque joueur ait son propre rôle et doive compter sur l’autre pour avancer. Beyond the Dark: Nightwatch m’attirait donc avec son principe d’escape game en duo, son partenaire dans un rôle proche du maître du jeu et surtout la perspective de profiter enfin pleinement du GameShare. Mais malheureusement, tout n’est pas rose sur le pont d’Avignon, ville dans laquelle est basé Atlantis Studio, le studio cofondé par Nico Augusto et Ru Weerasuriya.
Test réalisé à partir d’une clé fournie par l’éditeur.
Joueur 2, veuillez patienter
Le premier joueur, sur Nintendo Switch 2, explore la maison, essaie de comprendre ce qui l’entoure et doit surtout braver sa peur pour trouver la sortie sans se faire attraper par les forces du mal. Son partenaire, sur une autre Nintendo Switch 2 ou même sur la première Nintendo Switch grâce au GameShare, surveille la situation à travers les caméras, examine les indices récupérés et le guide dans son exploration. Il gère également l’inventaire et les objets à équiper, dispose d’une vision permettant de repérer les éléments utiles et surveille l’arrivée de la créature. Il peut aussi faire diversion pour l’éloigner, au risque de perdre une caméra.
Mais son rôle reste malheureusement trop secondaire, au point de se retrouver parfois à suivre les aventures du premier joueur sans avoir grand-chose à faire. Le partage des rôles manque cruellement d’équilibre et, en voyant mon partenaire s’ennuyer de son côté, je n’avais franchement pas envie d’échanger nos places. J’ai dû le faire à chacune de mes morts — croyez-moi, il y en a eu pas mal —, non sans rechigner et réclamer encore une vie avant de céder la manette. Comme un grand frère qui ne veut pas donner la seule manette GameCube officielle de la maison à son petit frère, qui se coltine la manette d’une marque tierce qui colle. Mais ici, pensez plutôt au joueur 2 des Super Mario Galaxy, avec son rôle très limité à côté de celui qui vit pleinement l’aventure.
Un rôle plus calme peut être intéressant, à condition de solliciter suffisamment celui qui l’occupe. Ici, la coopération manque de complémentarité sur la durée. On joue bien à deux, mais on n’est pas toujours occupés à deux. Dans ces moments-là, si le joueur 1 ne voit pas l’écran du joueur 2, ce n’est pas parce que celui-ci a des choses à cacher, mais parce qu’il ne s’y passe rien.
Pensez à un joueur qui aurait joué à un Zelda à la manette et qui aurait confié une tablette avec la minimap à l’autre joueur. J’ai parfois eu cette impression : celle de fonctionnalités retirées au premier joueur pour donner une occupation au second. Avec une interface adaptée pour réunir ces outils, j’ai le sentiment que le jeu pourrait aussi bien fonctionner en solo. C’est justement ce qui me gêne dans une proposition dont la coopération devrait être la raison d’être.
Attrape-moi si tu peux
On se fait attraper et on recommence. Les documents récupérés restent disponibles et certains obstacles déjà retirés ne reviennent pas. On sait aussi un peu mieux quoi faire, un peu comme dans un knowledgevania, mais il faut tout de même refaire une partie du chemin déjà parcouru. Et résoudre une énigme dont on connaît déjà la réponse ne suscite évidemment plus les mêmes échanges.
Honnêtement, le jeu ne donne pas suffisamment envie d’y retourner pour supporter ces recommencements. Au fil des tentatives, nous avons surtout perdu l’envie de progresser. On finissait même par prendre davantage de plaisir à bourriner pour se faire attraper le plus vite possible. Difficile de ne pas y voir le signe que quelque chose ne fonctionne pas dans le rythme de l’aventure.
La réalisation visuelle est elle aussi décevante et aurait déjà peiné à impressionner sur la première Switch. Pour un petit premier jeu conçu en quelques mois, c’est excusable, mais pour une exclusivité sur la toute rutilante Nintendo Switch 2, ça l’est beaucoup moins.
Une ambiance et une histoire fonctionnelles
L’ambiance et l’histoire remplissent leur rôle. La maison inquiétante et la menace qui rôde donnent un cadre à l’exploration, tandis que le récit accompagne la découverte des lieux. L’ensemble reste fonctionnel, sans être particulièrement marquant. Cela suffit à soutenir le principe de l’escape game horrifique, mais pas à compenser les temps morts et la lassitude des recommencements.
Un petit parfum de Wii U
Le GameShare, lui, fonctionne du tonnerre. Pouvoir jouer avec une Switch 2 et une Switch de première génération, avec une seule copie du jeu, est une excellente idée. Cette façon de jouer entre téléviseur et écran portable me rappelle la Wii U, dont je garde un souvenir très ému.
Bon sang, cela fait plaisir de retrouver ce genre de proposition et d’avoir enfin une occasion pertinente d’utiliser le GameShare. J’espère vraiment que le studio persévérera dans cette direction, en donnant davantage de choses à faire au second joueur. Il faut néanmoins revoir intégralement la copie pour le prochain jeu et peut-être laisser le genre trop exploité de l’horreur de côté. À quand une aventure spatiale à plusieurs en GameShare ? Je vends l’idée si quelqu’un est intéressé !

