Quand on teste des jeux vidéo, on a généralement 3 scénarios possibles : on fait le test d’un jeu que l’on a grandement apprécié, on a la chance de recevoir un jeu que l’on attend impatiemment en amont pour pouvoir proposer un test le jour J (et en profiter au passage), mais il arrive aussi de devoir tester des jeux que l’on aurait totalement ignorés, mais qu’on ne se voit pas laisser de côté car l’éditeur ou le développeur a pris le temps de nous faire parvenir une clé. Je ne vais pas vous mentir, 1000XRESIST était clairement dans la troisième catégorie me concernant, mais cela ne m’a pas empêché de prendre une baffe manette en main. Et pourtant, la rédaction de ce test s'est avéré particulièrement difficile compte tenu de la nature du jeu.
Il était une fois la Mère-de-Toutes
Développé par Sunset Visitor, 1000XRESIST nous plonge dans un futur dystopique où des envahisseurs sont arrivés sur Terre, éliminant les humains avec une étrange maladie faisant s’évaporer l’eau de leur corps. Après une introduction totalement chaotique, nous nous retrouvons à faire nos premiers pas dans la peau de Qui-Observe, dans ce qui semble être une école, voyageant dans le temps pour pouvoir faire avancer l’intrigue, tout en tentant de comprendre ce que l’on fait ici. Après quelques minutes de jeu, il s’avère que tout ce que nous avons vu jusqu’à présent était le résultat de notre première communion avec Iris, la Mère-de-Toutes.
Qui-Observe est ce qu’on appelle une Sœur, un des nombreux clones de la jeune Iris, la fameuse Mère-de-Toutes. Cette communauté de clones a élu domicile dans un lieu appelé Le Verger, où chaque clone se voit attribuer une couleur relative à une fonction. Chaque couleur est ainsi représentée par un clone spécifique. Principale, Qui-Sait, Qui-Répare, Qui-Soigne, Qui-Fait-Boum, et enfin Qui-Observe. En tant que Qui-Observe, notre fonction est de communier avec les souvenirs de la Mère-de-Toutes, d’interpréter ses souvenirs, et de pouvoir peut-être un jour passer de l’autre côté et enfin la rencontrer et de se voir accordé l'immunité. Car en plus d’être la seule immunisée à la pandémie arrivée avec les Occupants, Iris est également immortelle et chaque sœur ne vit que pour pouvoir retourner auprès d’Elle.
Une histoire aussi chaotique que la vie de la Mère-de-Toutes
La société que nous découvrons dans 1000XRESIST possède ses propres règles et son propre culte. Hekki TOUTEMÈRE pour l’éternité, Six pour une, taillées de la sphère au carré, rouge-au-bleu, d’un cheveu tressées. Si ces expressions semblent n’avoir aucune logique, elles sont pourtant le pilier de la civilisation actuellement en place. Le but du jeu sera de tenter de comprendre le monde qui vous entoure. Pourquoi ces femmes sont-elles toutes des clones ? Pourquoi chacune possède-t-elle une fonction ? Pourquoi sont-elles masquées ? Pourquoi ne sont-elles pas immunisées comme la Mère-de-Toutes alors qu’elles sont des clones ? Autant de questions que l’on pense comprendre le temps d’un chapitre, mais qui sont complètement remises en question deux chapitres plus tard.
Le scénario nous demandera ainsi de communier avec chacune de nos Sœurs, nous permettant ainsi de découvrir les souvenirs de la Mère-de-Toutes. Mais ce que l’on nous avait vendu comme une mémoire parfaite et inaltérable se transmettant depuis des siècles n’est peut-être pas aussi inaltérable que ce que l’on pensait… Plus qu’une Mère, on va surtout découvrir dans cet univers de science-fiction une histoire beaucoup plus humaine que ce que l’on ne pense. La famille, la solitude, l’amour, la transmission, la souffrance, le jeu aborde de manière parfois complètement chaotique de nombreux sujets, et arrive à transmettre de réelles émotions au fur et à mesure que l’on découvre l’histoire d’Iris. Mais ne cherchez pas pour autant La Réponse à la conclusion de votre aventure. 1000xRESIST ne vous apportera aucune réponse facile, seulement des interprétations, et votre seul ressenti en guise de conclusion.
Une mise en scène atypique
Le gameplay de 1000XRESIST est tout aussi surprenant que sa narration. Si l’on se retrouve à évoluer dans un monde à la troisième personne dans le Verger pour parler à nos Sœurs, les communions quant à elles nous permettent de découvrir le jeu sous divers angles… dans tous les sens du terme. Vue subjective, visual novel, ambiance apocalyptique voire horrifique, moments contemplatifs avec des airs de fin du monde, ces changements sont assez déstabilisants manette en main, mais pourtant, cela fonctionne bien. Si l’on se contente de déplacer Qui-Observe dans le Verger, nous « vivons » la vie d’Iris lors des Communions.
Ne nous mentons pas, le jeu est loin d’être une claque graphique, la modélisation des personnages et des décors est basique, mais la puissance de certains dialogues, les cadrages et les émotions en règle générale donnent au jeu une sorte d’âme qui rend cette histoire unique. Sorti initialement sur Nintendo Switch, les performances n’étaient pas spécialement au rendez-vous, mais la version Nintendo Switch 2 a permis au titre d’atteindre le même rendu que sur les versions des supports concurrents.
Une aventure qui divisera fatalement
Si j’ai jusqu’ici mis en avant tout ce qui fait la richesse du jeu, 1000XRESIST accuse tout de même une grosse faiblesse : son rythme. Le jeu est lent lorsque nous évoluons dans le Verger. L’exploration de la zone est laborieuse, les repères manquent de clarté, et dans les premiers chapitres, je me suis perdu plus d’une fois dans les couloirs de ce lieu, avec une carte pas spécialement claire non plus.
N
’espérez pas non plus trouver dans le jeu un gameplay spécialement travaillé, les plus grosses actions que vous réaliserez seront des séquences de plateformes où vous évoluerez dans le vide en vous « téléportant » d’une accroche à une autre. Ici, le gameplay proposé ne sert qu’à raconter l’histoire qui nous est proposée de manière plus dynamique qu’un simple Visual Novel. Et c’est un pari gagnant car, même après avoir atteint la conclusion du jeu, 1000XRESIST reste encore dans un coin de ma tête, au point où je me demande si je ne devrais pas me relancer dans une nouvelle run de 10 h afin de pouvoir revoir l’aventure sous un nouvel angle.
On pourrait penser que l’on retiendra principalement l’ambiance science-fiction, les costumes, le vocabulaire parfois grossier des personnages… mais non, ce sont clairement les personnages et leur humanité qui vont vous marquer. 1000XRESIST n’est pas un jeu parfait, il a ses défauts, ses faiblesses, comme chaque être humain. Son rythme et son scénario risqueront peut-être de vous donner envie de lâcher la manette en vous disant que vous ne comprenez pas là où le jeu essaye de vous emmener, mais si vous vous accrochez jusqu’à la conclusion, ce qui vous attend sera sûrement une profonde réflexion sur ce que vous venez de vivre le temps d’une dizaine d’heures de jeu.


