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RESIDENT EVIL

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RESIDENT EVIL

Par rifraff - Il y a 4 heures

Les jeux vidéo et le cinéma, c'est désormais un duo gagnant; Sonic, Mario, Tetris, Minecraft... Et bientôt, The Legend of Zelda. Après des années d'adaptations foireuses, il semblerait qu'Hollywood ait trouvé le nouveau filon à exploiter avec de gros succcès à la clé (indépendamment de la qualité des films). Si la mode du moment est incontestablement aux adaptations vidéoludiques, ce n'est cependant pas vraiment une nouveauté, les jeux vidéo sont adaptés en films depuis des décénies. C'est le cas notamment de Resident Evil, la licence horrifique, de Capcom qui depuis 2002 a eu droit à sept films dont six, réalisés ou produits par Paul W. S. Anderson. Pour autant, même si on peut prendre un plaisir coupable à apprécier ces "nanars" totalement WTF, on ne peut pas dire qu'ils fassent honneur aux jeux originaux dont ils sont en définitive très éloignés malgré l'utilisation de personnages et la reprise de séquences provenant de certains jeux; Et ne parlons pas du film de 2021, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City, réalisé par Johannes Roberts, qui promettait un retour aux sources et qui est problement l'un des pires des sept. Mais peut-être que le nouveau film RESIDENT EVIL de Zack Cregger, actuellement en salles, va finalement réussir ce que les autres ont lamentablement raté ? 

Critique du film RESIDENT EVIL de Zach Cregger (2026)

NB : attention SPOILER ALERT ! Si cette critique va éviter de rentrer trop dans les détails, elle ne pourra éviter certains éléments que vous preferez peut-être découvrir en salle.  Enter at your own risk.

PAPA EST EN VOYAGE D'ENFER

Tout commence lorsque Bryan, un jeune coursier médical accepte de livrer, en urgence, un mystérieux paquet à l'hopîtal central de Raccoon City, une ville perdue dans les montagnes enneigées du Colorado. En chemin,alors qu'il discute au téléphone avec sa petite amie, enceinte, avec laquelle il a quelques soucis de couple, Bryan percute une femme qui se jette littéralement sous ses roues... C'est le début d'une nuit interminable ou les horreurs et les abominations vont se succéder, plongeant Bryan (et les spectateurs) dans un cauchemar qui pourrait bien acter la fin de l'humanité.

RESIDENT EVIL est le nouveau film de Zach Cregger, considéré, en seulement deux films, BARBARE et EVANOUIS, comme l'un des nouveaux maîtres incontestés de l'horreur. Tourné dans la foulée d'EVANOUIS (mais avant que le film ne sorte et ne devienne un phénomène mondial), ce nouveau RESIDENT EVIL est un "film tourbillon" qui enchaîne les scènes d'angoisse et d'horreur spectaculaires à un rythme effrené sans s'embarraser de longues scènes d'exposition. Extrement bien pensé et réalisé, avec une très belle photographie (due à Dariusz Wolski qui travaille généralement avec Ridley Scott), de beaux jeux de lumière, une musique discrète mais efficace et des effets spéciaux gores rappelant ceux (pratiques) de THE THING de John Carpenter, c'est un film très divertissant comme un grand huit ou un train fantôme d'un parc d'attraction. C'est aussi un film très surprenant, surtout pour un film RESIDENT EVIL.

Etre ou ne pas être Resident Evil ?

D'ailleurs, peu avant sa sortie, le film a eu droit à un "bad buzz" à cause de fans en colère ayant du mal à reconnaître "leur" RESIDENT EVIL. Le film ne s'inspire en effet d'aucun jeu précis de la licence et ne reprend aucun de ses héros. Quant à son esthétisme, il semble assez loin de l'idée que l'on se fait d'un film ou même d'un jeu RESIDENT EVIL. Idem pour son imaginaire et son bestiaire- en tout cas à première vue. Ainsi, certains fans tonitruants ont rejeté d'emblée la proposition de Zach CREGGER, la jugeant totalement hors de propos. En effet, à quoi bon faire un film RESIDENT EVIL, si c'est pour ne rien reprendre des jeux et faire totalement autre chose ? 

En même temps, il faut se rappeler que certains fans de la licence ont rejeté de la même façon, Resident Evil 4 lors de sa sortie en 1999, le jugeant trop orienté action. Et ça ne s'est pas arrangé avec l'épisode 5 et surtout le 6... Depuis, chaque nouvel épisode de la franchise fait débat, en étant différent du précédent et en proposant de nouveaux environnements, de nouveaux personnages et de nouvelles créatures parfois bien éloignées de ce qu'on trouvait dans le tout premier jeu qui a iconisé la lience et qui reste, encore aujourd'hui, l'image de marque de la franchise. Ainsi, la démarche de Zach Cregger n'est peut-être pas si différente de celle de Capcom après tout.

De plus, finalement, on retrouve bien dans le film certains éléments inhérents à la saga comme Umbrella Corporation et s'il n'y a pas à proprement parler de virus-T ni de zombies, il y a bien un virus et des infectés monstrueux mais c'est vrai qu'à part ça, tout est (très) original.  Même la façon dont l'intrigue se déroule, tranche avec la construction habituelle des jeux RESIDENT EVIL, souvent éclatée en plusieurs point de vue.

Cours, Bryan, cours

On aurait d'ailleurs pu craindre que Zach Cregger nous refasse le coup d'EVANOUIS en fragmentant son film en plusieurs récits parallèles... Mais contre toute attente, le film se concentre sur le périple d'un seul personnage, Bryan, qui se retrouve à l'écran dans quasiment toutes les scènes. Et c'est d'ailleurs probablement la meilleure idée du film, celle de nous laisser tout le temps (ou presque...) avec le point de vue de Bryan qui devient le nôtre, un peu comme... dans un jeu vidéo à la troisième personne. 

Dans RESIDENT EVIL, on ne quitte jamais Bryan et si Bryan parle avec quelqu'un au téléphone ou via un interphone, on ne voit pas l'autre personne mais on entend juste sa voix. Lorsqu'à un moment donné, Bryan, au volant de sa voiture, doit suivre un véhicule de police, on ne voit pas ce que fait le policier dans sa voiture, on reste, là encore, aux côtés de Bryan... Et lorsque subitement, le véhicule de police quitte la route pour faire trois tonneaux sur le bas côté, c'est le choc car on ne sait pas ce qu'il s'est passé (ou plutôt si, on le sait..) Et la tension monte encore lorsqu'il s'agit d'aller voir de plus près la cause de l'accident...

Un palimpseste du jeu vidéo

Zach Cregger a bien compris qu'un film n'était pas un jeu, que ce qui fonctionne bien dans un jeu, même dit "réaliste", ne fonctionne pas forcément dans un film. Donc plutôt que d'adapter bêtement un titre de la licence, en tentant de raccrocher les wagons et d'apporter un soupçon de cohérence aux différents éléments de la franchise, le réalisateur a préféré nous immerger dans l'univers de RESIDENT EVIL, en nous confrontant simplement à ses horreurs, à travers les yeux de Bryan.

Pour autant, Zach Cregger ne se pince pas le nez et ne cherche pas à cacher les origines du film. Alors que les jeux vidéo essaient de ressembler de plus en plus à des films, le film RESIDENT EVIL refuse de nous la jouer "RESIDENT EVIL, Le Film" et revient aux fondamentaux des jeux vidéo : les sensations et les émotions du joueur / spectateur.

Ce qui n'empêche pas de retrouver, de façon plus ou moins subtiles, certains schémas réguliers des jeux : les cadenas qui limitent les zones, les armes qu'il faut charger et les munitions qu'il faut chercher, en faisant attention au nombre de balles, la nécessité de devoir retourner dans un lieu déjà visité, la carte qu'il faut consulter pour trouver son chemin, etc. Par ailleurs, les fans retrouveront de nombreux clin d'oeil aux jeux comme le cadenas et la clé carreau (et dire qu'elle était juste cachée dans le pare-soleil), les herbes vertes, les sprays (posés bien en évidence dans un lieu improbable- comme souvent dans les jeux) ou encore la machine à écrire qui sert de point de sauvegarde dans les jeux et annonce forcément un gros problème en approche. Des références qui, même évidentes, n'écrasent jamais le récit.

Un précis d'écriture

RESIDENT EVIL est savament construit en escaliers avec des séquences miroirs qui ne sont pas simplement spectaculaires ou monstrueuses mais qui racontent toutes quelque chose : des infectés se jettent en cascade du haut d'un immeuble, et Bryan comprend qu'il peut les vaincre; une petite fille devient monstrueuse après s'être fait mordre le pied par sa mère et pas besoin de nous en dire plus pour comprendre ce qui arrivera à la personne qui se fera mordre à son tour, etc. Sous une apparente simplicité, RESIDENT EVIL est un film intelligent qu'on prendra probablement plaisir à revoir pour déceler ses subtilités et re-kiffer à ses séquences chocs.

Contrairement aux adaptations précédentes, RESIDENT EVIL est un vrai film d'horreur avec de grands moments d'épouvante et de nombreuses scènes de suspens. D'une certaine façon, le film s'apparente à une sorte de version horrifique d'After Hours, un classique des années 90 de Martin Scorsese dans lequel le héros vit une nuit mouvementée sans pouvoir rentrer chez lui et ou chacune de ses décisions ou de ses rencontres, se retournent immanquablement contre lui, agravant un peu plus sa situation. Ici Bryan doit livrer un paquet dont on ignore le contenu mais dont on devine évidemment l'importance. Ce "MacGuffin" est cependant assez vite désamorcé (au milieu du film) dans une séquence façon cinématique de jeu dans laquelle un personnage dévoile, subitement, son contenu, les tenants et les aboutissants de l'intrigue et même l'endroit ou le héros doit désormais se rendre ! 

Un passage qui peut apparaître comme lunaire mais qui est en adéquation avec le reste du film qui pourrait se résumer à une simple succcession de séquences de plus en plus terrifiantes et abominables comme une succession de niveaux de jeu vidéo avec la progression inexorable de son héros d'un point A vers un point B jusqu'à l'ultime séquence et le traditionnel boss de fin. 

RESIDENT EVIL DEAD 2

Par contre, là ou le film surprend vraiment, c'est avec son humour. RESIDENT EVIL est un film vraiment très drôle avec un ton décalé, limite cartoon, pour ne pas dire "EvilDeadesque", qui provient autant des situations énoooormes que le héros affronte ( en fait, plus c'est horrible et plus c'est drôle) que de l'attitude nonchalante des personnages rencontrés et plus spécifiquement de celle de Bryan, qui comme on le ferait probablement en pareille situation, ne cesse d'halluciner et de jurer, refusant de croire à ce qu'il voit. Alors, certes, il parle parfois un peu trop, contrebalançant et désamorçant de façon radicale une tension ou une scène choc, ce qui peut finir par agacer. Pour autant, Zach Cregger réussit un véritable tour de force en humanisant son héros avec très peu de dialogues et de scènes d'exposition. On rit, on tremble, on souffre avec Bryan et on se réjouit avec lui dès qu'il réussit quelque chose- car ça arrive. La performance d'Austin Abrams est d'ailleurs à saluer. Il est formidable et porte littéralement le film sur ses épaules.

Bryan a clairement été écrit comme "un personnage proxy des spectateurs", un mec "normal", naif et gaffeur qui a tendance à enchaîner les bourdes et les mauvaises décisions, provoquant catastrophes sur catastrophes, l'enfonçant toujours plus dans la mer... mouise. Un héros, loin des stéréotypes des héros traditionnels de films d'horreur, qui a un côté un peu "glandeur" avec tout de même une certaine noblesse puisqu'il a conscience de contribuer à sauver des vies avec ses courses; En même temps, Bryan est lâche, préférant fuire ses responsabilités et ses problèmes en faisant des heures supplémentaires plutôt que de rejoindre sa petite amie, pourtant dans la détresse, la laissant décider seule si elle doit garder l'enfant qu'elle porte ou avorter. Durant tout le film, Bryan ne cesse d'ailleurs de voir des signes le renvoyant à sa peur de la paternité comme un gros bonhomme qui accouche littéralement d'une centaine de rats enragés ou plus tard dans une pouponière avec la "naissance" d'un bébé pour le moins monstrueux. Finalement, les évenements vont le forcer à prendre ses responsabilités même si, à ce moment-là, il est sans doute trop tard.

KILL CAM

A la fois très différent et très proche des films précédents de Zach Cregger, RESIDENT EVIL est une réussite et quasiment un classique instantanné. C'est un film très divertissant qui fait honneur à la franchise de Capcom en proposant un opus original comme les gamers sont en droit d'attendre à chaque nouveau jeu RESIDENT EVIL. Alors, certes, certains effets spéciaux détonnent par rapport à d'autres. Idem pour certaines séquences qui appuient un peu trop sur le côté comique et décalé des personnages, notamment à la fin. Il est d'ailleurs dommage qu'à la toute fin, le point de vue bascule tout d'un coup, ce qui fait que la séquence est peut-être moins impactante qu'elle aurait pu l'être... Mais le film vient de sortir et il faudra probablement le revoir ou tout simplement du temps pour que tous les éléments se fixent et prennent tout leur sens. Et puis, c'est le genre de film qu'il faut prendre tel qu'il est et non, comme on aurait voulu qu'il soit. Et devant une tel maîtrise et un tel respect du matériel de base, on aurait vraiment tord de chercher la petite bête et de jouer les blasés (même si c'est devenu, semble-t-il, un sport mondial).

2026 est un bon cru pour les films d'horreur. On a eu BACKROOMS, Obsession et, aujourd'hui, RESIDENT EVIL.

 

RESIDENT EVIL de Zach Cregger à voir actuellement en salles.

 

9
RESIDENT EVIL est une nouvelle pépite de Zach Cregger et un futur film culte. A la fois drôlement monstreux et monstrueusement drôle, RESIDENT EVIL est une franche réussite qui aligne les séquences de plus en plus cauchemardesques comme les niveaux d'un jeu vidéo jusqu'à nous confronter à son surprenant et abominable boss final. Bénéficiant d'une réalisation de haute volée et d'un formidable numéro d'acteur, le film réussit brillament à retranscrire sur grand écran, la quintescence des jeux Resident Evil et à la fin, en sortant de la salle, vous n'aurez qu'une envie, celle de crier comme son héros : "vive les jeux vidéo" !

Points positifs

  • Réalisé de main de maître
  • Austin Abrams, formidable
  • De nombreuses séquences épouvantables...
  • Et de nombreuses séquences spectaculaires
  • Une photographie remarquable
  • La quintescence de RESIDENT EVIL en film
  • Un humour décalé surprenant

Points négatifs

  • Un ton humoristique qui peut malgré tout agacer
  • Des effets spéciaux moins réussis que d'autres

rifraff

Tous les goûts (et les dégoûts) sont dans la nature humaine
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