TRY AGAIN !

La nouvelle d’Algorab8040 pour

Nintendo-master.fr

 

 

 

            Avant de me lancer dans le récit à proprement parler, je tiens à signaler que cette histoire ne s’adresse pas au jeune public (violence, grossièreté du langage).

            Toute ressemblance avec des faits ayant réellement existés serait purement fortuite et indépendante de ma volonté.

            Sur ce, bonne lecture !

 

 

PROLOGUE,

 

 

EN RECONNAISSANCE

 

 

            Viêt-Nam, 11 septembre 1968. Le détachement de reconnaissance du 11ème bataillon d’infanterie de l’armée des Etats-Unis d’Amérique est posté sur la ligne imaginaire du 17ème parallèle, à quelques kilomètres des premières bases du Front National de Libération du Sud Viêt-Nam, le FNL, ou Viêt-cong. Les américains croient toujours en la « lumière au bout du tunnel ». Ils sont même persuadés que la victoire leur est acquise. En fait, les troupes vietnamiennes se rassemblent progressivement, et se préparent à lancer la terrible offensive du Têt, qui marquera le début de la fin pour l’engagement américain au Viêt-Nam.

 

            03h48.

            Le sergent Peter Barns est de garde. Plus que douze minutes et il sera remplacé par le 2ème classe Henry Fisher, probablement. Près d’une semaine sans le moindre échange de tirs. L’ennui commence à se faire sentir. Mais les hommes sont persuadés que la victoire finale est proche, et le moral est plutôt bon. Ils veulent tous retrouver leurs familles, leurs femmes, leurs enfants. Barns, lui, n’a personne. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il s’était porté volontaire. Il ne tient plus trop à la vie, sûrement parce qu’il ne sait pas ce que c’est, de vivre. Par contre, il sait qu’il ne doit pas mourir, et encore moins se tirer une balle dans le gras de la jambe en nettoyant son M-16. Le moral des hommes est bon, il doit le rester.

            Cette guerre, c’était pour Barns l’occasion de se prouver qu’il pouvait être utile à son pays, autrement qu’en tant qu’employé dans un des innombrables Mac Do’ de Philadelphie. Ce job l’abrutissait, et il voulait s’en débarrasser depuis plusieurs années déjà, mais la peur de se retrouver sans emploi l’avait fait hésiter à maintes reprises.

            Plus que cinq minutes, et il pourra aller se coucher. La garde de cinq à six heures doit être la plus dangereuse. Et comme Fisher à la fâcheuse tendance de s’assoupir pendant ses tours de garde, Barns ne réussira pas à s’endormir. Et le lieutenant Anderson avancera l’heure du réveil pour montrer qu’ici, c’est pas comme chez maman, c’est le Viêt-Nam, et que le Viêt-Nam, il sert pas des œufs-bacon au lit. Et Barns sera encore complètement épuisé toute la journée. En plus, il pleut…

- Hep, sergent ? C’est Fisher. Allez vous reposer un peu avant la fanfare en si bémol du lieutenant Anderson.

- Merci, répondit-il en souriant vaguement. Vous êtes en retard, soldat…

- Désole, sergent, demain je serais en avance ! assura Fisher, visiblement très gêné.

- Ca ira pour cette fois, reprit le sergent, en se rappelant que le soldat était un peu simple d’esprit, tâchez de ne pas ronfler trop fort.

- D’accord, sergent ! Merci, sergent ! s’exclama le simplet, apparemment sans avoir perçu l’ironie dans les propos de son supérieur. 

            Barns courra sous la pluie torrentielle jusqu’au petit bunker souterrain et gagna sa couchette le plus silencieusement possible. A peine ferma-t-il les yeux qu’il sombra dans un profond sommeil.

- Debout les gars, cinq heures du mat’ ! C’est l’heure de notre petite sortie quotidienne ! Vous avez trois minutes pour être dehors au garde-à-vous !

            La voix puissante et inflexible du lieutenant Robertson fit bondir les soldats arrivés depuis peu, autrement dits, les bleus. Le lieutenant prenait toujours un malin plaisir à réveiller ses troupes une heure plus tôt que prévu. « Un bon soldat doit toujours être sur le pied de guerre ! », proclamait-il à longueur de journée.

            Deux minutes et trente secondes plus tard, les vingt hommes du détachement de reconnaissance étaient en ligne devant leur tente, les pieds enfoncés dans quinze centimètres de boue, et le sergent Barns à leur tête. Tous étaient encore à demi perdus dans leurs songes, mais cela ne les empêcha pas de respecter la hiérarchie :

- Nous sommes prêts, lieutenant.

- Je l’espère pour vous, car les viets, eux, n’attendront pas que vous soyez prêts pour vous tirer dessus ! Ce matin nous jusqu’à leur avant-poste, à trois kilomètres d’ici !

            Les regards des nouveaux montraient clairement que si la balade devait se faire en hélicoptères, elle serait tout de suite bien plus agréable. C’est pourquoi Anderson ajouta :

- Nous y allons à pied, les hélicos, c’est pour les feignasses, compris, bande de larves ?

- Oui, mon lieutenant ! crièrent-ils en cœur, avec une déception à peine camouflée.

- Alors on y va au pas de course ! Une, deux, une deux ! Rippy on se bouge ! beugla-t-il en voyant qu’un de ses hommes était déjà à la traîne.

- Mais la radio, mon lieutenant…

- Veux pas le savoir ! Courrez !

- A vos ordres, mon lieutenant…

- Alors, Rippy, toujours le chouchou du chef, ah ah !

- Ta gueule, Grahams ! On reparlera de ça quand t’arrêteras de te lever la nuit pour lui…

- Calmez-vous, les gars, dit Barns en s’interposant, gardez votre souffle pour la promenade.

- Sergent, je vois pas pourquoi je laisserai un black m’insulter, continua le dénommé Grahams, un de ces quatre il va se prendre mon poing dans la gueule, ça…

- Ton poing dans ma gueule ? Je…

- Le prochain qui ouvre la bouche nous creusera une tranchée tout autour du campement à notre retour, déclama Barns, sans s’énerver. Et je peux vous assurer que sous la flotte, c’est pas ce qu’il y a de plus marrant.

            Grahams et Rippy jugèrent bon de ne pas vérifier si leur sergent iraient vraiment jusqu’au bout de ses menaces. Le flegme de Barns et l’autorité qu’il dégageait naturellement en faisait un chef parfait dans les situations tendues. Il avait cependant toujours refusé les promotions qu’on lui proposait. Il préférait rester avec ses hommes. Ce genre de discours convainquait facilement les hauts gradés, qui auraient ainsi une bonne histoire d’héroïsme à transmettre à la presse internationale, et ce sans même avoir besoin de mentir...

            Une petite voix nasillarde se fit entendre, en provenance du campement. Le détachement fit halte et Barns soupira : « c’est Fisher ». Un petit truc tout rachitique sortit en courant du bunker.

- Attendez-moi ! miaula-t-il avant de glisser et de s’étaler lamentablement dans le boue, ce qui provoqua immanquablement l’hilarité générale.

- Fisher, vous me ferez le plaisir de faire dix fois le tour de notre campement à notre retour, avec la radio de Rippy sur les épaules, et ses chaussettes autour du cou.

- A vos ordres, lieutenant, acquiesça Fisher, le visage couvert de terre.

            Puis il se tourna vers Barns, comme si il était le seul à pouvoir le comprendre :

- Je suis désolé, sergent, je retrouvais plus mes lunettes. J’étais pourtant sûr de les avoir laissées au pied de mon lit, dans mes chaussures…

            Quelques ricanements s’élevèrent, mais retombèrent immédiatement quand Barns tourna la tête pour voir d’où ils venaient. Il se contenta d’ajouter :

- A mon avis, Fisher, il faudrait voir ça avec Hawk.

- Vous croyez qu’il sait pourquoi elles sentaient l’excrément ? Il tendit ses lunettes vers le visage de Barns qui ne put qu’approuver.

- Hawk, tu sais pourquoi les lunettes de Fisher puent la merde ?

- Pas la moindre idée sergent. Vous savez ce qu’on dit ici : mieux vaut puer la merde que le moisi…

            Hawk était le chef spirituel de quelques hommes, parmi lesquels Rippy et Grahams. Barns avait du mal à l’admettre, mais si ce type ne le respectait pas, il aurait bien du mal à s’imposer devant le reste du détachement. Il décida donc de le laisser tranquille… pour le moment. Il n’était pas non plus recommandé d’humilier Hawk devant ses « élèves ».

            Et ils s’enfoncèrent dans la jungle vietnamienne, pataugeant dans des mares dont les exhalations donnaient des haut-le-cœur aux hommes. Certains, dont Fisher, se rendirent compte que ces odeurs provenaient de cadavres en putréfaction, mais cela ne les impressionnait plus. Au bout d’une heure au pas de course dans un silence religieux, le lieutenant leur fit signe de s’arrêter et de se mettre à couvert.

- Nous sommes arrivés, les gars. Il y a des bunkers de cachés un peu partout sur le flanc de cette colline. Rippy, donnez notre position au Q.G..

- Ici 1-1-0-7 en reconnaissance, commença Rippy, après avoir posé la radio sur un bout d’écorce, nous sommes actuellement en face d’un groupe de bunkers à la position suivante,…

- Je le sens pas ce coup-là, les mecs !, pressentit le deuxième classe MacHenry, qui n’avait pourtant l’habitude de se donner des conseils en se basant seulement sur ses impressions personnelles. Cependant tous les hommes semblèrent l’approuver, sauf Hawk, qui ne manqua l’occasion de faire sentir à ses camarades qu’il leur était bien supérieur.

- La ferme, MacHenry, tu vois bien qu’il n’y a personne ici !

- Justement, ça sent le piège à plein nez !

            Le sergent Barns sentait en effet que quelque chose ne tournait pas rond ici. Il mit alors un terme à l’altercation avant qu’elle ne s’envenime et ne mette en danger les vies des vingt hommes présents.

- Vos gueules, Hawk et MacHenry !

- C’est lui, sergent…

- Ta gueule, MacHenry !, trancha Barns.

            Puisque ni le sergent ni Hawk ne semblaient pouvoir réussir à se faire respecter, le lieutenant Anderson prit la parole, malgré son manque d’autorité maladif. Il voyait sur les visages qui se tournaient peu à peu vers lui le besoin de quelqu’un qui leur dise quoi faire. Mais comme il n’osait pas trop s’impliquer, il préféra rejeter la responsabilité d’une quelconque décision sur son sous-officier.

- Sergent, désignez un volontaire pour aller voir si ces bunkers sont occupés ou non.

- Oui, lieutenant. MacHenry, va jeter un œil, discrètement, et reviens vite fait.

            Malgré son expression de condamné à mort qu’on pousse vers la chaise électrique, le soldat obéit et fit quelques pas, accroupi, vers le bunker camouflé le plus proche. Puis il s’écroula violemment, tué d’une balle dans la tête et éclaboussant au passage le reste de la compagnie avec des morceaux de cervelle et des petits bouts d’os.

            Les hommes restèrent paralysés quelques secondes, ne réagissant pas aux ordres de repli du lieutenant, jusqu’à ce que ce dernier soit pulvérisé sur place par un obus de mortier. Les tirs se mirent alors à fuser dans toutes les directions, mais principalement vers les soldats américains qui se tombaient comme des mouches -sans pouvoir riposter. Il suffit d’un instant aux vietnamiens embusqués dans leurs bunkers pour anéantir les trois quarts des effectifs US.

            Barns, maintenant l’officier le plus gradé, ordonna le repli une nouvelle fois, et les quatre G.I.s encore en vie –ceux qui s’étaient assis contre un imposant rocher- lui obéirent avec le plus grand empressement.

- Courrez, vite, je vous couvre !

- Traînez pas sergent ! Ils vont tous nous avoir !, hurlait Hawk, dans un état de panique extrême.

- Courrez, putain de merde !

            Le sergent vida son chargeur à l’aveuglette et suivit ses hommes ventre à terre, les balles cinglant tout autour de lui. Devant lui, il pouvait apercevoir Rippy, ralenti par le poids de sa radio. Un peu plus loin galopaient Grahams, Hawk, et enfin, Fisher.

            Soudain, ils cessèrent de bouger. Plus rien ne bougea autour de Barns. Les balles s’arrêtèrent en pleine course, les feuilles ne tombèrent plus des arbres éventrés par les obus, les grosses gouttes de pluie semblaient suspendues en l’air, et les quatre survivants américains s’immobilisèrent sur place. Un silence écrasant s’empara du champ de bataille.

            Puis, un éclair -ou plutôt une onde lumineuse, à vrai dire, jamais Barns n’avait vu quelque chose de tel-, venu du sol illumina le corps paralysé de Fisher pendant une fraction de seconde. Il n’y eu pas de tonnerre. Le frêle soldat reprit alors sa course sur quelques mètres et s’immobilisa, dos au sergent. Ce dernier lui demanda alors :

 - Ca va Fisher ? Eh, Fisher ? T’as marché sur une mine ? C’était quoi ce truc ?

            Mais comme il ne bronchait pas :

- Si t’es encore vivant, je te laisse cinq secondes pour réagir, et après, je me casse, ils vont  recommencer à tirer !

            Barns cru qu’il réagit à cette dernière remarque, puisqu’il déclara :

- Transmission opérationnelle, début de l’opération.

            Instantanément, trois autres éclairs auréolèrent les trois autres GIs. A l’instar de Fisher, il se remirent à bouger, peu ou prou étonnés de ce qui venait de leur arriver. Ils se contentèrent d’échanger des onomatopées traduisant un certain enjouement.

            Tout en  revenant sur ses pas, vers Barns, Rippy s’observait méticuleusement, avec une expression de dégoût sur le visage. Hawk et Grahams faisaient de même, sauf qu’ils arboraient de larges sourires, comme si l’on venait de leur offrir un cadeau qu’ils espéraient depuis longtemps. Quant à Barns, qui ne perdait pas une miette de la scène, il sembla réaliser qu’il rêvait, mais en même temps, il savait qu’il s’agissait pas de ça. Son air hagard, empli d’incompréhension, interpella Grahams, qui était resté à côté de lui en attendant les autres. Une fois les cinq GIs rassemblés dans un rayon de cinq mètres autour de ce dernier, il dit :

- C’est bon, les gars, vous êtes tous là ?

 

To be continued…

 

 

Algorab 8040,

Le 11/09/05