TRY AGAIN !

La nouvelle d’Algorab8040 pour

Nintendo-master.fr

 

 

CHAPITRE PREMIER,

 

FISHER

 

 

- Ca va les gars, vous êtes tous là ?

- Pour moi, tout est OK, assura Hawk.

- Et merde ! Non seulement je dois me trimbaler la radio, mais en plus je suis black !

- T’es raciste, Dany ? demanda Hawk à Rippy, le sourire aux lèvres.

- Non, mais c’est vrai que maintenant que tout le monde est blanc, c’est pas plus mal !

- Et toi, Bob, c’est bon ? T’as pas l’air dans ton assiette ?

- Pourquoi tu m’appelles Bob, Grahams ? Je te rappelle qu’on est sous le feu ennemi et que tes blagues à deux balles,…

- Et merde, c’est pas Bob. Y’a vraiment quelque chose qui cloche. T’as vu comment ce décor  est réaliste? Bob n’a jamais créé un truc pareil !

- Bah tu sais, Phil, ce serait pas la première fois qu’il nous ferait une bonne ‘tite farce…

- Ouais. Ca expliquerait pourquoi il serait pas là, et pourquoi on aurait ce type à la place.

- Ce type ? C’est de moi que tu parles, Rippy ? demanda Barns, de plus en plus perplexe.

- Bon, écoute, mec, je suis pas Rippy, et celui que t’appelles Grahams, c’est pas Grahams. Moi, c’est Dany, et lui, c’est Phil. Et l’autre con, là, c’est Budd.

- Hawk ? Budd ? C’est quoi ces conneries ? Pourquoi vous parlez de moi bizarrement ?

- C’est Bob qui t’as fait rentrer dans la partie ? C’est super marrant de sa part.

- Bob ? C’est qui, Bob ? Mais qu’est-ce que vous racontez ? Pourquoi le temps s’est-il arrêté ? C’étaient quoi, ces éclairs ?

- Merde, il a l’air de vraiment pas être au courant, soupira Rippy. Tu viens d’où ? Comment tu t’appelles ?

- Mais c’est moi Rippy ! Ca doit être cette arme viet qui vous a fait perdre la raison…

- A moins que t’aies tué Bob pour prendre sa place, c’est ça, connard ?

- Hein ? Connard ? Mais qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce qui vous prend, tous ? Je t’ai déjà dit que je ne connais pas ce Bob !

- Ca tourne pas rond tout ça, Phil, dit Hawk à Grahams.

- Moi j’y connais rien, je peux pas dire, mais, ouais, j’ai comme un pressentiment, ajouta Rippy.

- Pareil que Dany, dit simplement Hawk.

- On va voir ça avec l’unité centrale, dit Grahams en se tournant vers Fisher, qui n’avait pas bougé d’un pouce pendant toute la conversation. Alors, pourquoi Bob n’a pas réussi à se connecter ?

            Fisher se tourna lentement vers Grahams. Il le regarda quelques instants, droit dans les yeux, mais le regard vide. Puis, il répondit :

- Transmission avec le centre interrompue.

- Interrompue ? C’est quoi ce bordel ?

- Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ? demanda Barns.

- Bon, OK on se casse, ça pue trop. Unité centrale ! Déconnection !

- Demande rejetée.

- Demande rejetée ? Quelqu’un de l’autre côté nous aurait bloqués ici …? On est vraiment dans la merde, les mecs.

- C’est forcément Bob, non ?

- Ce n’est pas vraiment son genre. Il aurait loupé le premier essai pour rien au monde. On va essayer de finir le jeu, et alors on sortira, normalement… Enfin, je crois, c’est Bob le programmeur dans l’histoire.

- Oui, t’as juste écrit le scénario, c’est ça ? Alors, on est censés faire quoi ? demanda Hawk.

- Unité centrale, quels sont nos objectifs ?

            A ces mots, Fisher eut comme un frisson, il ouvrit grand la bouche puis se lança dans un monologue,  sans jamais reprendre sa respiration. Il n’hésita pas un seul instant :

- Nous sommes le 11 septembre 1968, les forces armées du Nord Vietnam préparent l’offensive du Têt, qui sera fatale aux troupes des Etats-Unis d’Amérique. Voilà vos identités pour le jeu : Philip Anderson vous incarnez le soldat de troisième classe John Grahams ; Dany Glover vous incarnez le soldat-radio de troisième classe Rippy Ford ; Budd Thurman, vous incarnez le soldat de deuxième classe Anthony Hawk.

»Vos objectifs sont les suivants : petit un, repousser la vingtaine de soldats vietnamiens qui vous attaque en ce moment même, si vous perdez deux hommes ou plus, la mission sera considérée comme un échec ; petit deux, retrouver vos alliés de la 15ème compagnie héliportée, le plus discrètement possible, et sans subir aucune perte ; petit trois, aider vos alliés à mener une contre-offensive victorieuse ; petit quatre, une fois la bataille gagnée, rejoindre le point de rendez-vous, ici-même, et ce, dans moins de vingt-quatre heures. L’un d’entre vous au moins devra être présent dans vingt-quatre heures, sinon la mission sera considérée comme un échec.

»Avez-vous compris vos objectifs ?

- Oui, bien compris. Vingt-quatre heures, ça a l’air un peu court, mais je suppose qu’on n’a pas le choix…

- Début de l’épreuve dans soixante secondes.

- Bon…

- Mais merde je ne comprends rien ! Qu’est-ce qu’il se passe ici ? Vous allez m’expliquer un peu ? Fisher, à quoi ça rime tout ça ?

- Nous sommes le 11 septembre 1968, les forces… reprit Fisher.

- Oui, c’est bon, la ferme ! trancha Grahams. Je ne sais pas qui tu es, je ne sais pas pourquoi tu es là, mais tu vas nous accompagner. J’avoue que je suis aussi un peu perdu dans tout ça, mais ça sert à rien de s’énerver comme ça, OK ? Comment tu t’appelles ? D’où tu viens ?

- Peter Barns, de Philadelphie. Moi je ne suis pas « un peu perdu » je suis complètement largué ! Je n’ai rien à voir avec tout ce que vous racontez ! Je suis un soldat normal ! Comment vous êtes entrés dans les corps de mes hommes ? Pourquoi ?

- Si tu dis vrai, Pete, ça voudrait dire que…

- Début de l’épreuve dans trente secondes.

- Que quoi ?

- Qu’on nous aurait envoyés… dans le passé. Donc, tu dis pas la vérité.

            Un silence s’installa, partagé entre l’incompréhension, le scepticisme et… la peur. Mais Fisher coupa net les réflexions de chacun en annonçant :

- Début de l’épreuve dans dix secondes.

- Attention, d’après ce que j’ai compris, ça devrait reprendre très vite. Il va falloir être prêt immédiatement.

- D’accord, Phil. C’est pratique d’avoir un vétéran à ses côtés, ah ah !

- C’est sympa pour le vétéran…

- Trois secondes.

- Prêts ?

- Il faut bien…

- Début de l’épreuve, rendez-vous ici-même dans vingt-quatre heures maximum.

            Après le long silence qui avait suivi la possession du corps de Fisher par l’«unité centrale», ce fut le retour du crépitement des explosions, du sifflement des balles et des cris de guerre des vietnamiens.

            Budd, dans le corps de Hawk, s’était caché derrière un imposant bloc de grès à une dizaine de mètres du bunker le plus proche. Légèrement derrière, sur la droite, était Dany, dans le corps de Rippy, planqué dans un trou d’obus. Quant à Phil, dans le corps de Grahams, il se plaquait contre les racines d’un énorme fromager, en compagnie du sergent Barns. A sa gauche, Fisher se tenait debout, raide comme un piquet, ne se préoccupant aucunement de l’extrême danger de mort qui les menaçait tous, et lui en premier.

            Ils s’amusaient bien. Barns reconnaissait qu’ils étaient même d’excellents tireurs. Ils repoussaient à eux trois le détachement entier qui bloquait les troupes US dans ce secteur depuis près d’un mois. Pourtant, malgré les précautions qu’ils prenaient pour éviter de se faire abattre, Barns avait la très nette impression qu’ils ne tenaient pas vraiment à la vie. Il sentait bien que ces hommes prenaient du plaisir à tuer, et qu’il ne s’agissait pas d’un plaisir purement sadique. Il n’avait pour le moment aucune hypothèse qui tienne la route à se sujet.

            Grahams n’a jamais su recharger son fusil mitrailleur M-16 en moins de cinq minutes, et là il jonglait avec les chargeurs, un peu comme le président Johnson avait jonglé avec les mots pour leur demander de partir combattre une cause qu’ils ne pouvaient comprendre. Et Rippy. Il louperait un cachalot à bout portant. Il ne s’agissait donc plus des amis du sergent, des mecs sympas qui détalaient aux premiers échanges un peu trop violents. Et là, le combat était d’une rare intensité. C’était l’hécatombe du côté viet, surpris d’un tel retournement de situation. Certains d’entre eux avaient cru voir les GIs en fuite disparaître soudainement, puis tirer de derrière les amas de rochers. Ils étaient effrayés.

            Pendant que Barns méditait sur tous ces points parfaitement inexplicables pour lui, adossé aux racines géantes du fromager, un tireur d’élite vietnamien prenait position dans le bunker le plus éloigné du groupe d’américains. Le hasard, ou plutôt un miracle, avait voulu que Fisher n’aient pas encore été touché. Mais le sniper n’eut aucune difficulté à coller une balle dans le bras de celui qui semblait le défier, debout et à découvert alors que le combat faisait rage. Fisher ne broncha pas, mais Phil paru très troublé.

- A couvert, unité centrale !

- Que se passe-t-il, Phil ? demanda Budd, inquiet.

- Je ne comprends pas, normalement… A couvert j’ai dit ! Vite ! Allez, obéis !

- C’est quoi le problème ?

- T’inquiète, Budd, c’est Phil qui s’énerve dans le vide…

- Pas dans le vide, Dany ! L’unité centrale ne doit pas pouvoir être touchée pendant ces vingt-quatre heures ! C’est pas possible !

- Quoi ? Alors c’est quoi, ça ? Un bug ?

- J’en sais rien, mais s’il ne bouge pas, il va se faire allumer ! Je comprends pas ! 

- Moi non plus…

            Phil était maintenant dans un état de panique total. Tout semblait échapper à son contrôle. Il fallait rétablir la situation, et protéger l’unité centrale. Courir, se jeter sur elle… sur lui et rejoindre Dany dans le cratère. Plus le temps de réfléchir. En un instant, Phil se leva, Dany reçut une balle dans l’épaule, et Budd s’aperçut qu’il était à cours de munitions.

- J’y vais ! Couvrez-moi !

- Non, attends Phil ! hurla Budd.

            Phil sauta sur Fisher et ils s’écrasèrent lourdement sur le tapis de feuilles, sans couverture. Dans un réflexe qui lui sauva la vie, Phil se retourna, dos au sol, avec Fisher sur le ventre. Ce dernier fut criblé de balles, sous les hurlements de terreur des GIs. Le corps de Grahams dégoulinait de sang, et celui de Fisher allait bientôt être transpercé par les tirs ininterrompus des vietnamiens. Phil le comprit très vite. Il se releva en soulevant les restes de Fisher pour s’en servir de bouclier, mais ils tombèrent immédiatement en petits morceaux. Le sniper n’eut qu’à enfoncer la gâchette pour faire retomber Phil. La balle l’avait atteint en pleine cage thoracique.

            Un viet un peu trop sûr de lui profita de la panique générale pour se lancer dans une action d’éclat suicidaire.