L’an dernier, CD Projekt RED faisait partie des premiers éditeurs à dégainer sur Switch 2 avec Cyberpunk 2077, un portage qui avait rapidement servi de démonstration technique des capacités de la machine, aussi bien sur le plan graphique que dans l’utilisation de ses nouvelles fonctionnalités. Cette fois, c’est au tour de The Witcher 3 de montrer ce qu’il a encore dans le ventre avec cette édition remasterisée, réservée aux consoles de dernière génération.
Une seconde jeunesse pour Geralt
En 2019, The Witcher 3 avait déjà fait le voyage jusqu’à la première Nintendo Switch. Pour un jeu qui se voulait être une énorme claque technique à sa sortie, quatre ans plus tôt, le résultat était forcément très en deçà des autres versions consoles. Mais réussir à faire tourner un jeu aussi gourmand sur la petite hybride de Nintendo relevait déjà de l’exploit. Aujourd’hui, l’écart avec les consoles modernes s’est nettement resserré, comme ont pu le montrer cette année les sorties de Pragmata ou d’Indiana Jones et le Cercle Ancien. L’occasion était donc toute trouvée pour remettre The Witcher 3 sous les projecteurs et montrer ce que le jeu peut donner avec un peu plus de puissance sous le capot.
Et plutôt que de se contenter d’une simple « Switch 2 Edition », CD Projekt RED nous propose un véritable remaster. Les possesseurs de la version Switch originale bénéficient d’ailleurs d’une mise à niveau gratuite et peuvent récupérer leur sauvegarde. Mieux encore, en liant son compte CD Projekt, il est possible de transférer sa progression depuis les autres versions du jeu. De quoi ressortir une vieille sauvegarde et, pourquoi pas, repartir pour un New Game Plus.
Des monstres, des cartes et des ennuis
The Witcher 3 nous raconte les pérégrinations de Geralt de Riv, sorceleur de métier, après l’invasion des Royaumes du Nord par Nilfgaard, que l’on pouvait déjà entrevoir dans la scène post-crédits de The Witcher 2. Alors que la guerre fait rage, Geralt reçoit une mission d’Emhyr var Emreis, empereur de Nilfgaard : retrouver sa fille Cirilla, pourchassée par la Chasse Sauvage. Le sorceleur va donc partir à sa recherche, épaulé notamment par Triss et Yennefer.
Le point de départ est finalement assez simple, et le jeu prend largement le temps de nous accompagner, que ce soit pour (re)découvrir ses personnages ou pour se familiariser avec ses mécaniques. Et c’est plutôt bienvenu, car RPG occidental oblige, The Witcher 3 regorge de possibilités, de systèmes de jeu et de façons de personnaliser son expérience.
Geralt étant un sorceleur, il dispose évidemment d’un arsenal conséquent. En combat, il peut compter sur ses deux épées, ses bombes, son arbalète et surtout ses signes, ces quelques sorts capables d’améliorer ses capacités, d’affaiblir ses adversaires ou de déclencher des attaques surpuissantes. Et entre deux esquives, notre sorceleur se fend de quelques pas de danse qui ne dépareraient presque pas dans une démonstration de capoeira. Un arsenal particulièrement appréciable face au bestiaire pléthorique du jeu.
Plus de dix ans après sa sortie, The Witcher 3 s’en sort toujours aussi bien sur ce terrain. Les combats sont nerveux et suffisamment techniques pour demander un minimum d’attention, sans pour autant devenir illisibles malgré la quantité d’options disponibles. L’épée d’acier s’occupe des ennemis humains, l’épée d’argent des monstres, tandis que les bombes, l’arbalète et les signes viennent compléter la panoplie. Il y a donc largement de quoi adapter son approche en fonction de la situation.
Le monde ouvert qui avait tout compris
Mais c’est surtout dans son monde ouvert que The Witcher 3 révèle toute sa splendeur. À sa sortie, le jeu avait marqué par la taille de son terrain de jeu, mais aussi par la diversité de ses environnements, des personnages qui les peuplent et des nombreuses scènes, souvent franchement morbides, que l’on peut y découvrir. À l’heure où l’« ubisoftisation » des mondes ouverts a fini par donner à certains d’entre eux des airs de gigantesques listes de courses, The Witcher 3 mérite pourtant d’être laissé en dehors de cette catégorie.
Sa carte se révèle étonnamment organique, grâce au soin apporté aux environnements comme à la narration intradiégétique. C'est llorsqu’on prend le temps de regarder au-delà de la quête principale que le monde dévoile toute sa richesse. The Witcher 3 adopte une narration progressive, qui nous fait découvrir son univers à travers des drames locaux, des relations complexes entre les personnages et quantité de sujets de société. Les quêtes secondaires permettent quant à elles d’explorer un lieu, de rencontrer un personnage ou de découvrir un nouveau pan de cet univers.
Au final, les quêtes secondaires n’ont de secondaire que le nom. Tout témoigne du soin apporté aux moindres détails, des PNJ croisés sur la route aux scènes qui témoignent de la guerre faisant rage dans les Royaumes du Nord, en passant par les activités annexes comme le fameux jeu de cartes et sa collection de cartes à compléter. La réputation de The Witcher 3 en matière de contenu n’est donc clairement pas usurpée.
The Witcher 3 est surtout un jeu qui se déguste à son rythme. Il n’hésite jamais à ralentir la cadence pour nous faire découvrir l’histoire tragique d’âmes meurtries par la guerre, le racisme ou encore une nature féroce qui entend bien rappeler à l’humanité qu’elle n’est pas chez elle partout. Les choix qui ponctuent régulièrement l’aventure ne sont d’ailleurs pas tous destinés à bouleverser le scénario. Ils participent néanmoins à cette ambiance et permettent de projeter notre propre vision de Geralt dans ses réponses et ses décisions.
La Switch 2 sort les muscles
Tout cela a déjà été dit et répété au fil des portages, des éditions Game of the Year et des extensions. Mais cette fois, il faut prendre en compte un élément particulier : The Witcher 3 revient sur une console hybride. Et son dernier passage sur une machine de ce genre remontait à la première Switch.
Le précédent portage était déjà impressionnant. Rappelons qu’à sa sortie, The Witcher 3 faisait partie des étalons graphiques de sa génération. Le voir tourner sur la Switch, avec certes de nombreuses concessions visuelles, mais surtout avec l’intégralité du jeu et de ses extensions, tenait presque du tour de force.
Sur Switch 2, le constat est évidemment très différent. Le jeu tourne en 1080p en mode docké et en 720p en portable, le tout à 30 ou 40 images par seconde. Le gain par rapport à la version originale saute immédiatement aux yeux, cette dernière souffrant, comme beaucoup de jeux Switch, d’une image floue.
En mode docké, le résultat est franchement magnifique et ne se contente pas d’appliquer un simple coup de polish à l’image. Le rendu gagne en netteté, les environnements respirent davantage et l’ensemble reste très stable. En portable, le résultat est également convaincant, même si l’image conserve une légère tendance au flou. Plusieurs options permettent de désactiver les effets de post-traitement, notamment le flou de mouvement, mais même en poussant tous les curseurs dans le bon sens, l’image manque encore un peu de netteté.
Cela reste néanmoins une très belle réussite. Le résultat se rapproche globalement des versions consoles de la génération précédente, mais cette fois dans le creux des mains. Évidemment, certains éléments ont pris un petit coup de vieux, notamment les visages ou certains modèles et textures qui étaient déjà un peu rugueux à l’époque. Mais The Witcher 3 reste étonnamment agréable à regarder plus de dix ans après sa sortie.
Et CD Projekt RED ne s’est pas contenté de dépoussiérer les graphismes. Cette version profite également des fonctionnalités propres à la Switch 2, à commencer par le contrôle à la souris. Une option plutôt logique pour une série qui a longtemps fait du clavier-souris son mode de contrôle de prédilection sur PC. On sent malgré tout que le jeu a été pensé avant tout autour de la manette, mais les contrôles à la souris fonctionnent parfaitement et ne donnent jamais l’impression de bricoler une solution de fortune.
Même constat pour les contrôles par mouvement. Ceux-ci permettent notamment d’accéder à quelques raccourcis bien pratiques, comme le lancement des signes, et leur intégration fonctionne à merveille. Un conseil : laissez-les activés dès le début de l’aventure. Ils complètent parfaitement les contrôles traditionnels et peuvent même se révéler particulièrement pratiques lorsqu’on commence à crouler sous les différentes commandes du jeu.
Mention spéciale, enfin, aux vibrations HD. Elles sont tellement bien intégrées qu’elles pourraient presque servir de vitrine technologique à elles seules. Chaque impact, chaque action et chaque situation (les clopinements des pas des chevaux, par exemple) bénéficient d’un retour suffisamment précis pour apporter un vrai petit supplément d’immersion.
Et évidemment, cette édition embarque déjà l’ensemble des extensions du jeu. De quoi faire grimper sans difficulté la durée de vie vers la centaine d’heures si vous prenez le temps de vous perdre dans les quêtes annexes. De quoi largement occuper les soirées avant de remettre le couvert avec la prochaine extension prévue pour l’année prochaine.

