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Dead Cells

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Dead Cells

Par Mimir - Le 06 août 2018

L’histoire de Dead Cells, c’est avant tout celle de Motion Twin, car sans parents, il n’y a pas d’enfant (pensée du jour). Le studio français basé au pays des chocolatines pains au chocolat du sud n’est pas un petit nouveau. Fondé en 2001, il a eu tout le temps de se faire un nom, et de faire des jeux. S’il fallait en retenir un de manière totalement subjective, le jugement empreint de nostalgie, ce serait probablement Hordes, un jeu de survie jouable via navigateur auquel il faut avoir touché au moins une fois dans sa vie. Différent, mais finalement pas tant que ça tant la mort frappera souvent, Dead Cells est aussi à sa manière un jeu de survie qui mettra plus d’une fois vos réflexes, votre patience et votre persévérance à rude épreuve. Alors, avant de sauter le pas et de vous en allez cheminer dans les dédales de la mort, voici quelques lignes qui vous diront pourquoi Dead Cells est fait, ou non, pour vous.

La mort dans le pad

La vie tient parfois à peu de choses. Dead Cells nous l’enseigne dès les premières minutes et, cela va de soi, à nos dépens. De petite vie informe en quête d’un corps, vous rampez vers un corps en quête d’une vie. Quand l’un manque à l’autre, les deux peuvent faire bon ménage. Dans Dead Cells, vous êtes le malheureux sujet d’une expérience d’alchimie ratée. Après avoir pris possession de votre premier corps, et en toute logique vous devriez en utiliser un certain nombre, vous partez à la découverte de cette île pour le moins étrange et inhospitalière qui vous héberge. Toute une épreuve tant le monde en lui-même est tortueux, et surtout changeant.

Vous pensiez tout connaître après avoir arpenté une première fois les méandres de la prison ? Pas de bol, les niveaux sont générés aléatoirement. Autrement dit, à chaque fois que vous mourrez, la carte que vous pensiez connaître sur le bout des doigts ne sera plus qu’un lointain souvenir. Dommage pour le cartographe en herbe, tant mieux pour l’explorateur opiniâtre, d’autant plus qu’il faudra à chaque fois tout reprendre du début.

Et oui, la mort ne plaisante pas avec la vie. Elle la prend, elle la garde. Autrement dit, si vos vies atteignent le zéro pointé, une mort permanente s’en suivra. Et comme tout rogue-like qui se respecte, vous ne serez pas uniquement condamné à redémarrer au début du premier niveau. Vous repartirez aussi nu qu’un ver : vous perdez vos équipements, vos améliorations, votre or, bref, tout ce que vous auriez pu glaner ici et là au fil de votre exploration pour tenir bon face aux ennemis qui jalonneront votre route.

Encore que… vous ne recommencerez pas non plus avec le sentiment de ne rien avoir accompli. Dans Dead Cells, le rogue-like laisse aussi une place au Metroidvania, propulsant le jeu au rang de… Roguevania ! Et c’est probablement de ce choix que la frustration ressentie après l’échec n’est pas aussi cuisante qu’elle aurait pu l’être. Car si une bonne partie de ce que vous engrangez au cours d’une aventure n’est pas conservée à la suivante, tout n’est pas pour autant perdu…

Explorer pour faire ses armes

À force d’exploration et de massacres d’ennemis entre deux phases de plateformes, vous obtiendrez plusieurs items. Parmi les plus répandus, vous mettrez la main sur des cellules qui, pour la plupart, tombent des ennemis déchus. Alors certes, si vous perdez, elles disparaîtront aussi… À moins de ne les échanger entre temps auprès du Collecteur. Grâce à lui, vous pourrez caresser l’espoir d’aller à chaque fois un peu plus loin dans les niveaux : en échange de ces cellules, vous pourrez débloquer de manière permanente des améliorations. Par exemple, vous pourrez ainsi avoir accès à des potions qui vous permettront de vous soigner en cours de route, et dont le niveau est à améliorer afin de pouvoir en tirer parti à plusieurs reprises. Vous pourrez aussi recommencer votre partie avec une certaine quantité d’or gagnée précédemment. Ces avantages sont assez nombreux et constituent à la fois une bonne aide pour le joueur en peine, sans pour autant être un passe-droit absolu. Un bon équilibre en somme.

Au rayon des autres objets à collecter au cours de vos pérégrinations, qui devrait d’ailleurs faire plaisir aux complétionnistes, vous trouverez de nombreux schémas (qui vous permettront de débloquer un véritable arsenal (moyennant des cellules)), et des mutations pour votre personnage. Des mutations que vous pourrez choisir à chacune de vos parties et qui ne sont pas à négliger : augmentation de vos points de vie, récupération de point de vie à la mort d’un ennemi, accroissement des dégâts… Elles sont nombreuses, variées, et pour ainsi dire toutes utiles, aussi, le choix sera compliqué et pas anodin, même si certaines apparaissent vite essentielles.

Roguevania oblige, les routes sont nombreuses, mais toutes ne mènent pas à Rome. Vous arriverez régulièrement dans des culs-de-sac avec le sentiment d’avoir usé vos vies pour rien. Mais en y regardant de plus près, vous verrez peut-être des choses intéressantes, comme des parchemins de puissance qui vous permettent d’améliorer non seulement vos vies, ce qui n’est pas anecdotique tant chaque coup reçu coûte cher, mais aussi la puissance de votre armement suivant un code couleur propre à chacune d’elle. Peut-être tomberez-vous aussi sur des zones secrètes (vraiment trop secrètes pour le coup). Une chose est sûre, où que vous arriviez, vous ne serez jamais perdu grâce à une carte clarinette (claire et nette).

Alors demi-tour, vous vous mettrez en quête d’un nouveau chemin ou vous vous téléporterez via un des nombreux portails que vous activez sur votre passage et qui vous feront gagner un temps précieux. Un temps d’autant plus important que certains objectifs nécessiteront de visiter les lieux en vitesse. Il n’est pas rare que des portes donnant accès à des cellules, des schémas et de l’argent se verrouillent après un certain temps. En soi ce n’est pas néfaste, mais vous perdez quelques précieux items. C’est une manière de récompenser ceux qui vont le plus vite, et surtout, ceux qui sont suffisamment à l’aise pour enchaîner les niveaux sans trop se soucier d’obtenir toutes les améliorations en chemin.

Au début toutefois, l’exploration sera essentielle, ne serait-ce que pour obtenir des runes et révéler la réelle composante Roguevania du titre. Ces runes sont capitales étant donné qu’elles font partie des éléments que vous conservez après la mort, et vous donnent accès à des zones inaccessibles lors de vos premiers passages. Des passages qui peuvent vous conduire à de nouveaux niveaux, si bien que, à l’issue d’un seul, plusieurs routes vous sont souvent proposées. À vous de choisir laquelle vous convient le mieux. Sachez juste que vous n’y ferez pas les mêmes rencontres, boss compris, et que certaines sont plus périlleuses que d’autres…

La réussite par l’échec

Évidemment, s’il est possible de faire de notre avatar une redoutable machine à tuer, ce n’est pas pour jouer aux cartes. Les ennemis sont nombreux, variés, peu coopératifs et agressifs. Autant dire que s’ils aperçoivent vos pixels, deux solutions s’offrent à vous selon le gabarit de votre ennemi et votre santé : la fuite ou le combat. Mais tôt ou tard, il faudra brandir les armes, à la fois pour gagner les cellules précédemment mentionnées, de l’or, qui vous permet d’acheter de l’équipement en cours de route, ou tout simplement ouvrir la voie. Des voies plus ou moins évidentes à dégager selon les ennemis que vous rencontrez, et autant dire que le bestiaire est bien chargé.

Entre ceux qui vous bondissent dessus, ceux qui volent, ceux qui vous lancent des bombes ou des flèches, ceux qui manient les lames pour vous réduire à l’état de sashimi, sans compter ceux qui se téléportent sur vous pour vous enchaîner sans aucune gêne, et tous ceux que nous ne nommerons pas car la liste est trop longue, vous aurez fort à faire. Le jeu fait la part belle à l’action en proposant à la fois des combats nerveux qui feront appel à votre réactivité, et, l’air de rien, un poil tactiques. Certains ennemis seront à éliminer en priorité, d’autres pourront attendre. L’environnement peut aussi être un atout. En enfonçant une porte, les ennemis derrière seront étourdis et donc vulnérables. En prenant de la hauteur, vous pourrez leur tomber dessus. Mais quel que soit celui sur lequel vous jetterez votre dévolu, vous pourrez toujours compter sur votre roulade pour esquiver les assauts.

Car finalement, c’est bien de cela qu’il s’agit. Les ennemis font mal. Une mauvaise décision et quelques instants d’hésitation suffisent à voir fondre votre belle barre toute verte, seul rempart entre la réussite et l’échec. Mais des échecs formateurs. Le jeu offre une réelle marge de progression, et pas uniquement parce qu’il permet de conserver certains bonus dument acquis. Au fil du temps et des essais, vous prendrez vos marques. Vous cernerez davantage la logique derrière les niveaux, vous anticiperez bien mieux les attaques, et vous arriverez beaucoup plus facilement à éliminer les gêneurs sans même subir de dégâts. C’est un gouffre qui séparera donc votre première heure de jeu et les dizaines suivantes. Car assurément, si vous n’êtes pas refroidi par l’échec, vous reviendrez. C’est donc votre persévérance et votre apprentissage qui feront de vous un joueur aguerri.

Et au-delà de votre habileté et de vos réflexes pour éviter de sombrer, c’est bien dans le maniement des armes que vous apprendrez à exceller. Vous avez à votre disposition tout un panel d’armes qu’il faudra apprendre à employer au mieux, et surtout, ne pas hésiter à employer. Rien ne sert d’être frileux quand il fait chaud. L’une des clés du succès réside dans votre capacité à envoyer la sauce au moment opportun. Entre les armes principales, bien souvent des épées ou des arcs (mais pas que), et les secondaires comme les grenades, les bombes qui gèlent, celles qui brûlent, les scies en mode automatique et bien plus encore, il y a de quoi faire, mais surtout de quoi faire un choix.

Parmi toute cette panoplie du parfait survivant, vous devrez choisir quatre armes que vous jugerez les plus pratiques pour vous, et si possible, qui s’accordent les unes aux autres. La recherche de synergie entre les armes est une composante essentielle de la réussite. Une arme qui brûle les ennemis, oui. Mais une seconde arme qui inflige 100 % de dégâts supplémentaires aux ennemis en feu… De quoi réduire rapidement les indésirables au rang de charpies, et montrer aux boss qui est le vrai boss. À vous de trouver les meilleurs combos pour aller le plus loin possible. Des combos livrés aléatoirement avec les armes, mais qui, moyennant finance et après avoir un peu avancé dans le jeu, pourront être modifiés plus ou moins à votre guise pour une efficacité optimale.

Quand le glauque devient (dangereusement) attrayant

Et au rayon de ce qui est optimal, la direction artistique loge en bonne place. Tout en pixels, comme bien souvent pour les jeux indépendants il faut l’admettre, Dead Cells emprunte un chemin qui le distingue de la masse et lui confère une réelle personnalité et du cachet. Parmi des murs un peu sombres, des couloirs un peu glauques et la mort, la vie et la couleur trouvent leurs places, donnant à chacun des niveaux une atmosphère différente et unique.

Les nombreux jeux de lumière viennent parfaire cette atmosphère si particulière, gommant, sans s’en soustraire pour autant, le caractère peu hospitalier des lieux que l’on visite, que ce soit le Charnier ou la Promenade des condamnés, des noms suffisamment évocateurs. Ils apportent aussi une petite touche de modernité visuelle qui flatte aussi bien les yeux sur la télé que sur l’écran de la Switch qui affiche le jeu avec finesse et sans saccade. Du moins, sans saccade imputable a priori à un rafraichissement à la peine. C’est davantage, dans de très rares occasions, la caméra qui va hoqueter pour tenter de se recentrer. Un comportement étrange mais guère pénalisant, qui tranche avec la fluidité de l'animation de notre personnage : Aucun à-coup malgré la nervosité du titre, tout s’opère avec la plus grande facilité. On ne parlera pas de grâce, mais tout de même…

La vie est aussi parmi les détails. Les rats ou les corbeaux qui filent font leur petit effet et viennent renforcer l’ambiance, de même que d’autres éléments du décor comme les fillettes (non, pas celles-ci, ils n’ont pas osé, mais les cages suspendues), ou encore des cloches qui s’animent et tintent sur votre route. Rien de nouveau, certes, mais le résultat est là. Quelques interactions avec votre environnement sont d’ailleurs possibles. Régulièrement, vous trouverez ici et là des éléments avec lesquels interagir, comme quelques cadavres, des statues, un laboratoire… Ils sont prétextes à plusieurs choses, comme nous en apprendre plus sur l’univers du jeu et accessoirement sur notre personnage. Plus simplement, ils permettent (assez rarement) de mettre la main sur des objets, généralement un peu d’or ou quelques vies, mais dispensent aussi des petites touches d’humour. Car, même si le jeu se veut assez lugubre, notre chère expérience ratée n’est pas avare en commentaire railleur, souvent avec cynisme.

En revanche, à cela vient se greffer une petite limite : attendez-vous à relire souvent la même chose. Les lieux étant générés aléatoirement, il est difficile, arrivé à un endroit précis, de savoir si oui ou non ce qui devait être lu l’a été. Autre point à noter, de nombreuses portes closes fleurissent sur le chemin. À défaut de les ouvrir, malgré la commande qui le permet, on est souvent condamné à y frapper pour n’obtenir qu’un silence. Dommage. L’idée aurait mérité d’être plus poussée.

Enfin, il est à noter que la bande-son n’a pas à rougir face aux pixels qu’elle habille astucieusement. Présente en permanence et jamais lassante, voici un exploit que bon nombre ne parviennent pas à accomplir : Motion Twin l’a fait. La mélodie est à la fois discrète et entraînante et constitue l’une des nombreuses bonnes surprises.

 

8
En bref, Dead Cells est un titre qui vous ferait presque aimer la mort. Évidemment pénalisante de par son aspect « permanent », elle n’est jamais frustrante, car à aucun moment le jeu ne peut-être mis en défaut. Si vous vous retrouvez à devoir tout recommencer, vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-même tant tout est parfaitement calibré. Et alors vous enchaînerez les parties sans voir le temps passer. Vous progresserez à travers des niveaux qui, sans vous émerveiller, ne vous laisseront pas indifférents de par leur atmosphère réussie, et ce n’est qu’après maints et maints essais que vous constaterez, sans vous en être rendu compte avant, combien vous avez progressé. Et c’est finalement ça que Dead Cells réussit le mieux. S’il offre du challenge et des défis à part entière, il permet aussi au joueur de progresser avec, pour ainsi dire, les mêmes outils qu’au commencement, en apprenant de ses erreurs et de ses ennemis. La réussite par l’échec, on vous dit.

  • Gameplay calibré, nerveux et efficace
  • Le parfait équilibre : la mort sans trop de frustration
  • Le choix étendu de son arsenal
  • La direction artistique, à la fois sombre et lumineuse
  • La bande-son qu’il fallait
  • Des petites touches d’humour dans un univers glauque
  • La caméra qui hoquette de temps en temps
  • L’interaction avec le décor, intéressante mais limitée
  • Deux petits freezes
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